Sport féminin au Bénin: Regard d’une ancienne joueuse

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Sport féminin au Bénin: Regard d’une ancienne joueuse


Antoinette Moreira, entraîneuse de football féminin, garde toute sa passion pour l’émergence du sport féminin au Bénin et consent des efforts pour relever ce défi. Ayant fait ses premières armes avec les Tigresses Fc à Gbégamey, elle rêve de voir ses jeunes sœurs évoluer plus qu’elle. Le chemin, semble-t-il, est encore parsemé d’embûches.

LIRE AUSSI:  Reconnu coupable d’empoisonnement sur Evelyne Houndédako (17e dossier): Wassiou Adeni condamné à 8 ans de travaux forcés est libre de ses mouvements

La Nation : Quel regard portez-vous sur le sport féminin au Bénin ?

Antoinette Moreira : Le sport féminin est en train de prendre son envol. Les femmes ont toujours fait du sport au Bénin. Ce n’est pas seulement en étant sur un terrain de foot qu’une femme pratique une activité sportive. Dans le quotidien, elles sont en activité sportive à travers les travaux domestique qui exigent des efforts considérables. Le sport féminin n’est pas dans notre quotidien. Il n’est pas aussi évident de voir les femmes sur un terrain de foot en raison des stéréotypes. Selon les mentalités africaines, les femmes doivent être à la maison pour entretenir le foyer. Je note des efforts depuis quelques années à travers la présence des jeunes filles sur le terrain. Il faudra qu’on essaye de changer les mentalités et permettre aux filles de faire d’autres expériences. En pratiquant le sport, on rencontre du monde et ça aide à développer son leadership. La pratique du sport est à la fois une source de motivation pour aller de l’avant et de prévention de plusieurs maladies.

Le phénomène du harcèlement sexuel n’est-il pas l’une des raisons qui démotivent les filles à aller vers les disciplines sportives ?

Il faut pouvoir inculquer aux filles dès le bas-âge les pièges auxquels elles sont exposées et briser le tabou en matière de sexualité afin de les aider à prendre des précautions. Elles manquent d’armes pour se défendre. Ça fait d’ailleurs partie de mon combat. Il faut savoir faire la part des choses en fonction de la position que l’on occupe. Que l’on soit coach ou parent, tout le monde doit s’intéresser à l’éducation des filles. On doit sensibiliser les entraîneurs pour qu’ils permettent aux filles de s’ouvrir aux différentes disciplines dans lesquelles elles souhaiteraient émerger. Le phénomène du harcèlement sexuel est récurrent et n’existe pas seulement au Bénin. Beaucoup de gens s’activent aujourd’hui pour lutter contre.

LIRE AUSSI:  Célébration du ramadan à Bohicon: La communauté Ahmaddiyya appelle à plus de solidarité

De votre position de coach, avez-vous déjà reçu des plaintes de filles ?

Cela ne manque pas. J’en ai connu quand j’étais en activité. On travaille à le réduire pour permettre aux filles de se sentir mieux. On ne peut pas contrôler son corps, mais on peut contrôler ses fréquentations.
Ces facteurs entravent beaucoup l’épanouissement des femmes. Il y en a qui se laissent faire, parce qu’elles n’ont pas l’information, parce qu’elles reçoivent des pressions, ou reçoivent des promesses qui malheureusement ne sont pas tenues. Elles s’abstiennent de dénoncer parce qu’elles ont peur d’être lynchées. Il faut sensibiliser les dirigeants et encadreurs à ce sujet.

Au regard des difficultés que vous soulevez, pensez-vous que les femmes peuvent effectivement s’épanouir à travers le sport ?

On s’épanouit toujours en faisant du sport. C’est un remède contre le stress, les ennuis, le souci et la fatigue. On est plus actif et performant dans ses diverses activités. La pratique du sport favorise des relations et des ouvertures.

Le sport féminin tarde à se développer au Bénin. Que faut-il faire selon vous pour sa prise en compte effective dans les programmes et budgets de développement ?

LIRE AUSSI:  Promotion de la filière cunicole au Bénin: Tiémoko Yo au Centre de l’ONG BOUGE à Sékou

Les Béninois sont très attachés et respectueux de leur culture et de leurs valeurs. Ce qui fait que les parents ont des difficultés à laisser les filles aller vers des disciplines sportives. La société elle-même ne les accepte pas facilement. Le travail à faire doit commencer à la base avec l’organisation des activités mixtes. Les éducateurs doivent apprendre aux garçons à encourager les filles même lorsqu’elles commettent des erreurs. S’ils arrivent à l’intégrer, beaucoup de choses changeront d’ici à cinq ans. On pourra noter de bonnes performances scolaires dans le rang des filles.

Que faites-vous en faveur du sport féminin ?

Les gens pensent qu’en s’intéressant au sport, leurs filles deviendront des garçons ou recevront une mauvaise éducation. Nous entendons souvent dire qu’ « à force de laisser les filles s’intéresser au sport, elles ne sauront plus faire la cuisine ou qu’elles seront gâtées ». Archi faux ! Aujourd’hui, j’essaye de partager mes connaissances et des valeurs avec les filles qui s’intéressent au sport afin de les encourager. En 2015, j’ai créé l’Association pour le développement du sport et des arts au Bénin afin d’accompagner les jeunes filles.

Comment percevez-vous les impacts de vos activités sur les filles?

La promotion du sport féminin est un gros chantier. Il est difficile pour moi d’affirmer que j’ai déjà fait des pas. Nous sommes encore loin de la réalité.
Quand on a un objectif à long terme, il est difficile de l’évaluer globalement à court terme. Chaque jour est un challenge. Même si l’on note de l’engouement, les résultats s’enregistrent progressivement. Les filles adhèrent aux initiatives sportives. Moi aussi, j’ai participé à des compétitions au Bénin. Depuis un moment, il n’y a plus rien. Il est difficile d’évaluer le progrès lorsque des gens doivent s’entraîner sans compétitions. Les trois dernières compétitions que j’ai organisées m’ont permis d’apprécier le niveau mental, scolaire et sportif afin de voir comment faire décoller les choses. Le développement des activités sportives nécessite également l’accompagnement des parents. Le sport ne nourrit pas tout le temps encore moins en Afrique. Une carrière sportive peut se résumer à une journée. Il faut se préparer aux risques et à l’après carrière pour ne pas être à la charge des parents. Nous mettons l’accent sur ces points avec les filles.

LIRE AUSSI:  Suspension des médias en ligne: La Haac et l’Upmb s’accordent sur la réglementation du secteur

Comment la femme peut-elle gérer sa carrière sportive et sa vie affective et familiale ?

Ce n’est pas une chose aisée. C’est encore plus compliqué lorsqu’elle a des enfants. Il faut avoir la chance d’avoir un mari compréhensif. Mais c’est aussi important d’avoir une activité, étant en couple. Je demande aux hommes de permettre à leurs femmes de faire le sport. Cela aide beaucoup dans les prises de décision, pour l’équilibre du foyer, le contrôle de soi, le partage. Le sport, c’est la santé et plusieurs facteurs positifs.