Suite aux résolutions du dialogue politique: Une révision de la Constitution pour sortir de l’impasse

Par Paul AMOUSSOU,

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La mise en œuvre des recommandations consensuelles du dialogue politique induit une révision de la Constitution en certains de ses points. Farouche d’ordinaire contre cette éventualité, le peuple béninois n’est pas sans noter les nombreux gages donnés, pour une révision raisonnable qui s’impose en vue de régler bien des problèmes et mener le pays de l’avant.

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La révision de la Constitution est inéluctable. Du moins, si les recommandations issues du dialogue politique doivent être mises en œuvre, se traduire en actes concrets. Mais l’on sait combien le peuple béninois tient à sa Constitution et s’est révélé plus que réservé sur toute révision constitutionnelle. En dépit de sa bonne foi et des gages qu’il a pu donner, l’initiative du président Patrice Talon qui ne s’est jamais inscrite dans une révision opportuniste comme on en voit sur le continent et même ailleurs, n’a pu aboutir. Aussi, celui-ci se montre-t-il tatillon à l’évocation de ce sujet. Pour preuve, recevant le rapport du comité des experts qui a statué sur les actes du dialogue politique, a-t-il déclaré : « J’ai noté et entendu dans les propos du coordonnateur, un ou deux mots relatifs à la Constitution. Pour être bien précis, à une retouche éventuelle de certaines dispositions de la Constitution. Vous savez, messieurs les membres du comité, que désormais j’ai une certaine aversion pour cette question ». Ajoutant pour être bien compris : « Je l’ai dit à plusieurs occasions que je ne souhaiterais plus, durant mon mandat, revenir sur cette question qui soulève beaucoup de polémiques, même si parfois le bien-fondé n’est plus à démontrer ».

Les enjeux

Cela étant, qu’il s’agisse d’une meilleure représentation du peuple par les femmes ou de l’alignement des mandats nécessitant de revoir la durée du mandat des députés en vue d’organiser des élections générales, il faut nécessairement réviser la Constitution. Et à moins d’un miracle, il n’existe aucune autre formule de manière à atteindre les objectifs fixés par le dialogue politique. Or, il s’avère que ce sont autant de mesures préconisées par ledit dialogue et de nature à décrisper l’atmosphère devenue tendue dans le microcosme politique du fait de quiproquos qu’il faut aplanir. Que faire ? Rester crispés sur l’atmosphère actuelle et laisser tomber les résolutions du dialogue politique en faisant fi de la débauche d’énergie consentie par les délégués pour trouver des solutions consensuelles ? Ou aller de l’avant en opérant les choix judicieux qui s’imposent, quand bien même cela requiert d’aller à une révision constitutionnelle ?

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Révision raisonnable

Il semble que le réalisme, la realpolitik, la recherche de solutions pour la paix sociale et un climat politique moins délétère, imposent la deuxième option, à savoir réviser les points nécessaires de la Constitution, pour le bien de tous. C’est le choix raisonnable fait par un groupe de députés qui ont choisi d’initier une loi portant révision de la Constitution. Evidemment, en raison de la pusillanimité qui est attachée à la question, et du fait de la polémique qui est inhérente à cette initiative, il faut craindre une levée de boucliers et des lancées de bois vert des ‘’ayatollah’’ de la Constitution, entendu les gardiens et ardents défenseurs, y compris de façon aveugle et obstinée, de cette forme d’idéologie passionnelle qui veut qu’il ne faut pas toucher à la Constitution, peu importe si elle recèle des goulots d’étranglement et constitue un obstacle pour aller de l’avant. Encore que, objectivement, cette Constitution, trente ans après, a montré à bien des égards ses limites.

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Le peuple a ses raisons fondées

Ce qui est en cause, c’est non pas l’attachement du peuple béninois, compréhensible, car une telle veille citoyenne est nécessaire pour ne pas laisser les politiques en faire à leur tête. Un attachement auquel le président Talon tient aussi, car assure-t-il, « Je suis également conditionné par ce risque » évoquant l’hypothèse de révision opportuniste dont il ne veut : « Nous avons aussi l’obligation de prévenir toute pulsion qui pourrait venir de l’un quelconque d’entre nous demain. Peut-être même de personne qui, même si elle n’est pas encore connue aujourd’hui, serait tentée d’utiliser de telles modifications à des fins personnelles. ». En ce qui le concerne, avance le chef de l’Etat, « Je n’ai pas de doute quant à mes pulsions personnelles éventuelles sur ce que mon esprit est capable de faire ou de devenir », assure-t-il pour indiquer qu’il faisait chorus avec le peuple béninois : « Vous savez qu’un acquis important auquel nous sommes attachés unanimement dans le pays, c’est que nul ne peut exercer plus de deux mandats présidentiels au Bénin quelles que soient les circonstances », fixe-t-il. Il n’est pas question pour lui de « l’instauration d’une nouvelle République, pour remettre les compteurs à zéro », adjure-t-il. Et pour être précis, il invite la classe politique à faire en sorte « …que les uns et les autres, aient cela comme boussole afin que si on doit formuler une quelconque modification…il faut impérativement trouver une formulation qui rassure tout le monde, et qui empêcherait dans tous les cas, en toute circonstance, une quelconque interprétation de ces modifications pour remettre en cause ce pilier fondamental de notre Constitution qui est la limitation des mandats présidentiels ».
Les résolutions des délégués au dialogue politique ne sont d’ailleurs pas allées dans le sens de remettre en cause ces fondamentaux de la Constitution béninoise. Les résultats des travaux des experts commis afin de proposer les ressorts de leur mise en œuvre sont demeurés également fermes sur ces balises qui constituent le socle de la démocratie béninoise. Ainsi, ils recommandent que l’article 42 actuel soit renforcé par une disposition qui disposerait que « en aucun cas nul ne peut effectuer plus de deux mandats présidentiels de sa vie » et une autre pour dire que la révision, si elle intervenait, n’entraînerait ni l’instauration d’une nouvelle Constitution, ni celle d’une nouvelle République. Quoi qu’il en soit, le président Patrice Talon s’est montré ferme : « je ne promulguerai jamais une modification de Constitution qui pourrait demain nous créer des histoires. C’est vrai, nous voulons progresser mais nous devons tenir compte de qui nous sommes.» De quoi apaiser les Béninois qui savent qu’ils ont à travers la personne du chef de l’Etat un ardent défenseur des fondamentaux auxquels ils tiennent dans la Constitution actuelle. De quoi calmer aussi toutes velléités de révision constitutionnelle qui fragiliserait l’édifice démocratique béninois. Les apprentis sorciers et autres opportunistes, qu’on ne soupçonne pas pour l’heure et qui ne sont pas toujours du côté où on les croit, savent à quoi s’en tenir. Le Bénin doit progresser, mais pas à n’importe quel prix.