Suivi des mesures contre le Covid-19 au Bénin: Entre crainte, doute et banalisation

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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La lutte contre la propagation du Covid-19 impose certaines précautions individuelles et collectives. Lesquelles mesures ont été vivement recommandées par le gouvernement béninois. D’aucuns les ont déjà intégrées dans leur quotidien avec la conviction que leur bien-être en dépend, mais d’autres, restent incrédules, perplexes, superficiels…

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« Depuis que j’ai suivi aux informations les premiers désastres causés par le coronavirus, moi j’étais déjà dans la crainte. Je me suis demandée ce qu’il en serait du Bénin si des pays économiquement et technologiquement puissants n’arrivent pas à gérer l’épidémie. C’est pour cela que j’ai aussitôt pris aux sérieux les mesures de précaution conseillées par les organisations internationales et le gouvernement béninois. Et avec la confirmation du premier cas au Bénin, je suis devenue plus assidue dans le respect de ces mesures.

Plus de salutations ou d’embrassades ici et là, distance minimale de sécurité observée et surtout lavages réguliers des mains : c’est mon quotidien et j’essaie de l’enseigner aussi », affirme Ghislaine Doménou. Pour cette institutrice, à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles et il ne saurait en être autrement. Mais elle confie que la tâche n’est pas aisée. « Se prémunir n’est pas toujours facile à cause du regard de certaines personnes qui pensent que vous exagérez ou que vous les méprisez. Il y en a qui sont même frustrés quand on refuse de les saluer. Et ça finit parfois par des mines ou des rancunes », relève-t-elle. Effectivement, l’application des mesures fait face à des considérations individualistes.

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« Vous savez, malgré toute ma bonne volonté, je dois reconnaître que certaines mesures sont difficiles du fait des pesanteurs sociales. Par exemple, si un aîné, un supérieur hiérarchique, un oncle, ou une tante, me tend la main, même si j’hésite, s’il maintient sa main tendue, je ne peux que le saluer malgré moi. Cette situation, beaucoup de personnes la vivent. Quand un aîné qui pourrait être votre parent vous tend la main alors qu’il sait que le coronavirus menace, que doit-on faire ? Entre amis et personnes de la même génération, il n’y a pas de problème. Il suffit de dire non. On se fiche pas mal de savoir s’il est fâché. Mais quand c’est un supérieur ou aîné de la famille, ça devient compliqué », souligne Fanick Fabiyi, comptable dans une école. Mais Lionel Montcho, jeune écrivain tranche : « La vie est sacrée et s’il faut pour la préserver, frustrer des gens, qu’il en soit ainsi. C’est ce que je pense. Sincèrement moi je ne comprends pas ceux qui se fâchent parce qu’on ne veut pas les saluer. On dit que le mal est contagieux et peut tuer. Normalement chacun devrait instinctivement respecter les mesures. Celui qui ne te salue pas, il le fait pour son bien et le bien-être de son entourage. Moi je respecte les mesures. Si ça cause des rancunes, ce n’est pas bien grave ; on va se réconcilier à la fin de Coronavirus », soutient-il.

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La peau dure

Au milieu de toutes ces hésitations et craintes, il y a ceux qui continuent de banaliser la pandémie, de prendre le coronavirus comme un mal propre aux occidentaux. « Franchement moi, je fais comme si de rien n’était. C’est quand on est obsédé par quelque chose que cela finit par vous arriver. Et puis les gens disent que le virus ne supporte pas la chaleur. Or moi je passe beaucoup de temps sous le soleil. Par ailleurs ce sont les blancs qui en souffrent le plus. En Afrique, nous sommes plus résistants. Je ne suis pas contre les mesures de protection. Ceux qui veulent les appliquer peuvent le faire. Ils peuvent mettre des gangs, des masques, et tout ce qu’ils veulent. Mais je pense pour ma part, qu’il ne faut pas en faire trop. Ça ne va pas nous tuer », commente Déo-Gratias Adjaclo, agent d’une structure de télé-conseil.

Heureusement, ce n’est pas l’avis de tout le monde. Il y a des gens qui prennent toutes les précautions pour se protéger et protéger ceux qui sont sous leur responsabilité. « Dans mon école, nous avons renforcé la sensibilisation à l’égard des enseignants et des apprenants sur le lavage spontané et régulier des mains à l’eau et au savon. Nous veillons davantage au suivi des règles d’hygiène par les apprenants. Les parents aussi nous accompagnent. Certains enfants viennent avec un cache-nez et nous nous assurons qu’ils les gardent sans pour autant s’étouffer », fait savoir Mathilde Hounkpatin, directrice du complexe scolaire “La cité des Amazones”.

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