Sur les traces de l’artiste Marius Dansou : un singulier manieur du fer à béton

Par Anselme Pascal AGUEHOUNDE,

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Marius DansouPour Marius Dansou, le fer à béton est un matériau de prédilection et les cheveux une source d'inspiration

Marius Dansou est un artiste plasticien aux goûts et techniques exceptionnels. Sculpteur, il manie le fer à béton comme du fil à tisser pour reproduire des tresses. C’est un performeur qui allie originalité et identité. L’artiste a partagé des traits de son art avec le public lors d’une rencontre-discussion qui a eu lieu, mercredi 30 mars dernier, à l’espace culturel Le Centre.

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Rien qu’à la vue de ses œuvres, des barres de fer à béton tordues avec soin et finesse sous forme de tignasses sur une tête ou un crâne en bois ou en glace, l’on se fait une idée de l’univers singulier de l’artiste plasticien Marius Dansou dont la réputation a franchi les frontières béninoises.
Originaire du Mono, Marius Dansou a vu son art se révéler à lui depuis sa tendre enfance où il bidouillait des objets, se servant de planches et d’outils rudimentaires. Sous le clairvoyant mentorat de l’artiste Dominique Zinkpè, le jeune gribouilleur talentueux va affiner son art et trouver sa voie. Marius Dansou s’illustre aujourd’hui dans la sculpture et l’art visuel. C’est un performeur. Il se sert de différentes matières pour leur insuffler une certaine vie. Ses œuvres arborent des têtes minutieusement coiffées au fer à béton, son matériau de prédilection. L’on se demande comment il arrive à manier une matière aussi rigide que le fer.
« J’utilise le fer à béton de 6. C’est un matériau de construction mais c’est mon matériau de prédilection. C’est vrai que le fer est cher mais l’art a besoin de moyens… Alors qu’il ne savait pas encore ce que je fais avec autant de barres de fer, mon livreur en est même arrivé à me demander si la maison que je construis n’est pas achevée… Mais quand il a vu mes œuvres, il est tombé en admiration », confie l’artiste. Les cheveux restent le cœur de l’art de Marius Dansou. « Les cheveux, c’est ce qui m’inspire. Quand on parle de cheveux, on parle de personnalité, de communication. Et la tresse africaine a une histoire. Dans une cour royale par exemple, les esclaves ne peuvent pas faire les mêmes tresses que la reine », a-t-il indiqué. D’aucuns se demandent aussi pourquoi le crâne humain est de plus en plus présent dans ses œuvres et dans son modus vivendi. L’artiste répond : « J’ai des bagues en crâne, des tee-shirts avec des crânes. Artistiquement, j’aime la forme du crâne. C’est tout ! J’ai toujours trouvé très joli le crâne. Les gens n’imaginent pas des cheveux sur un crâne… J’ai décidé de faire pousser des cheveux à un crâne. Entre l’irréel et la réalité, l’artiste exprime ce qu’il a au fond de lui ». Marius Dansou ne s’accommode pas de la peur que de nombreuses personnes éprouvent en face du crâne. Dans ses œuvres, il n’hésite pas à toucher des réalités qui choquent. « Je suis performeur et la plupart de mes performances incitent à la réaction. Parce que j’exprime quelque chose qui dérange », explique Maruis Dansou faisant référence au vernissage de sa performance « Le Tapis rouge humain » à l’Institut français de Cotonou. Une performance qui a suscité une vive polémique, sur fond de néocolonialisme et d’avilissement de l’homme noir.

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