Sylvie Chacran, l’une des rares femmes coaches au Bénin: Quand l’activité sportive devient une passion de démonstration

Par Maryse ASSOGBADJO,

  Rubrique(s): Société |   Commentaires: Commentaires fermés sur Sylvie Chacran, l’une des rares femmes coaches au Bénin: Quand l’activité sportive devient une passion de démonstration


Qui a dit que la femme n’est pas dotée des mêmes capacités que l’homme ? Sylvie Chacran, l’une des rares femmes à s’adonner au coaching au Bénin, est un témoignage vivant. C’est une véritable amazone dans le milieu des sports d’entretien réputé masculin. Le travail, la rigueur et la discipline sont les trois valeurs sur lesquelles elle a bâti sa réputation.

LIRE AUSSI:  Daniel Lonmadon: Success-story d’un exploitant agricole devenu maire

« Les mains aux hanches!», «à gauche, à droite!», «on passe aux pédales!», «allez, on bouge!», «plus fort, plus vite, accélérez!»,…. Ne vous y méprenez pas ! Nous sommes à la Place de l’Etoile rouge à Cotonou. C’est dimanche, entre 6h30 et 8h. ‘’Une icône’’, la seule, au milieu d’une foule. Sylvie Chacran, la trentaine, taille moyenne, teint bronzé, force l’admiration par ses capacités techniques à diriger des sportifs de tous rangs. C’est la seule femme coach de cet espace et semble-t-il «du Bénin», selon l’intéressée elle-même. Avec ses mouvements bien rythmés, elle conduit une équipe d’une cinquantaine de personnes.
Dans cet univers de sportifs, elle rivalise d’ardeur, d’endurance pour guider sa troupe. En témoigne d’ailleurs le nom de son club, ‘’Puissance club sportif’’. De la puissance, elle en a vraiment à revendre, tant elle déborde d’énergie pour faire passer son message. ‘’Puissance club sportif’’, explique-t-elle, a deux sens. Il relève non seulement de la puissance divine, mais aussi de l’efficacité et de la détermination qui caractérise le club. En son sein, la discipline et la rigueur sont de mise.
La santé n’ayant pas de prix, Sylvie Chacran n’entend pas apporter d’autres remèdes au corps si ce n’est l’activité sportive. Autour d’elle, s’exercent enfants, jeunes, femmes, hommes. Même les femmes enceintes n’hésitent pas à solliciter ses compétences. L’une d’elle qui, malgré le poids de la grossesse, a pu résister et faire face aux épreuves pendant toute la durée de l’exercice auquel notre Coach l’a soumis en ce dimanche matin.

Preuve de fermeté

LIRE AUSSI:  Daniel Lonmadon: Success-story d’un exploitant agricole devenu maire

De loin, l’on pouvait aisément entendre les ordres et autres rappels de notre Coach. S’il lui faut faire preuve de fermeté pour discipliner ses éléments, elle n’hésitait pas à le faire.
Dans cet environnement plutôt masculin de sportifs de la Place de l’Etoile rouge, où place est aussi laissée aux distractions et à une ambiance bien particulière et où résonnent tam-tams et autres instruments qui éveillent les sens par leur tonalité, la voix de Sylvie Chacran émerge et s’impose. Il faut afficher une indifférence notoire pour ne pas la remarquer au milieu des différentes associations sportives prenant d’assaut l’espace. Bien que n’étant pas de grande taille, elle force l’admiration. Elle émerveille et retient l’attention de plus d’un. Les uns pour marquer une courte pause pour l’observer et l’imiter, les autres pour monter les escaliers du monument afin de saluer ses performances. Il faut la voir en situation pour bien l’apprécier. Elle dit avoir adopté la Place de l’Etoile rouge depuis son enfance. Son talent, elle le doit à son feu père Timothée Chacran, ex militaire des Forces armées béninoises, sportif et boxeur de la catégorie poids lourd.
«Pour nous exercer, il a très tôt transformé notre salon en terrain d’entraînement, où il nous enseignait, avec d’autres personnes non membres de notre famille, la boxe et des exercices physiques et sportifs». Sylvie Chacran a donc dû maintenir la même rigueur et la même discipline en reconnaissance à cet héritage paternel. Ce sont les valeurs qu’elle incarne qui ont poussé les gens à se joindre à elle pour donner vie plus tard à son club, ‘’Puissance club sportif’’. « C’est la conjugaison de plusieurs éléments qui m’a permise d’arriver à ce niveau », a-t-elle confié. Par la suite, elle a reçu d’autres formations, afin de rendre plus passionnant son savoir-faire.

LIRE AUSSI:  Tenue de Cotonou Policy Hackathon: Les organisateurs sollicitent l’appui de la ministre Aurélie Adam Soulé Zoumarou

Eduquer à la manière des militaires

Fait de hasard ou destin? Qu’elle soit de sexe féminin n’a en rien influencé les décisions de son feu père, se souvient-elle. « Tout comme mes frères, j’ai été éduquée à la manière des militaires. Dans la famille, j’étais soumise aux mêmes exercices que les hommes et on ne me faisait pas de faveur », a-t-elle avoué.
C’est l’application de ces principes qui lui a valu ce caractère et a brisé en elle le complexe d’infériorité. Rien que par ses performances, explique-t-elle, elle a réussi à faire adhérer plusieurs autorités à sa cause.
Pour elle, le coaching n’a rien à voir avec le genre. Autant, il est un métier d’homme, autant, il l’est aussi pour les femmes, se convainc-t-elle.
Mais tout ne se passe pas sur des roulettes pour notre ‘’coach nationale’’. Son parcours est aussi jalonné de quelques difficultés, qu’elle minimise pour avoir toujours raison des faits. Face aux difficultés inhérentes à tout métier, « j’arrive à dominer certaines considérations à travers le mental du sportif », dit-elle. «J’ai été forgée à la manière d’un homme, d’un gentleman», rassure Sylvie Chacran. C’est ce mental associé à sa détermination qui feront d’elle, une brave femme, euh… un vrai homme.
Selon Sylvie Chacran, les femmes doivent se libérer du complexe d’infériorité pour gravir des échelons. Que pense-t-elle alors du concept genre et de l’égalité homme et femme? Si elle soutient que sur les plans intellectuel et professionnel, l’homme et la femme sont égaux, cela ne saurait s’étendre à tous les domaines de la vie, rectifie-t-elle. Tout en reconnaissant l’égalité des deux sexes devant la loi, elle nuance que sur le plan matrimonial par exemple, la femme doit obéissance et soumission à son mari. Aussi, l’égalité des sexes ne peut-elle être une réalité sur le plan physique, car développe-t-elle, l’homme bénéficie de plus d’atouts naturels dans la réalisation des exercices physiques que la femme en ce sens que du point de vue constitution physique, la maternité réduit le dynamisme et les capacités de cette dernière.

LIRE AUSSI:  Abolition de la peine de mort: Coup de chapeau pour le Bénin

La femme coach a de l’avenir

A l’en croire, la femme coach a de l’avenir au Bénin et en Afrique. Seuls le sacrifice et la ténacité payent, a-t-elle indiqué, s’adressant à ses sœurs. Ce qui est sûr, elle compte passer le témoin à une autre femme, membre de sa famille, proche d’elle : sa fille ou sa nièce, selon les capacités techniques et physiques qui rendront l’élue la plus apte à reprendre le flambeau.
Elle envisage à l’avenir, la création d’un centre de gymnastique au Bénin pour l’essor du sport. Pour cela, elle appelle les bonnes volontés à l’aider à concrétiser ce vœu, de par leurs gestes de quelque nature que ce soit.