Sylvie Fanou Gbaguidi au sujet du mariage précoce dans le Mono-Couffo: « Deux filles sur dix vont en mariage avant l’âge de 18 ans »

Par Désiré C. VIGAN A/R Mono Couffo,

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Phénomène de société, le mariage forcé des filles fait l’objet d’une campagne « Tolérance zéro » visant son éradication. Dans le Mono et le Couffo, le phénomène connaît une ampleur, non seulement du fait de la faible propension à dénoncer les auteurs, mais surtout de son ancrage culturel. Dans cette interview, Sylvie Fanou Gbaguidi en charge de la Cellule des Affaires sociales et de la Famille pour les deux départements nous en parle.

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La Nation : Le Mono et le Couffo sont souvent stigmatisés comme des départements à forte prévalence de mariages forcés ou précoces. Cette appréciation ne relève-t-elle pas d’un simple préjugé ?

Sylvie Fanou Gbaguidi : Ce n’est pas un préjugé.C’est bien une réalité. Dans le Couffo, par exemple, la pratique du mariage des enfants est même culturelle, selon des informations reçues auprès des chefs traditionnels. Sous la coupole de la culture, les gens pensent qu’il faut échanger les enfants, donner les filles en mariage très tôt pour se libérer de la crainte de les voir se prostituer. Car, ils conçoivent mal qu’une fille tombe enceinte sans qu’on ne connaisse l’auteur de la grossesse, sans une paternité responsable. Pour eux, c’est donc tout naturel quand on dit qu’on a enlevé une fille pour l’amener en mariage. Et cette pratique devient une norme au mépris des conséquences psychologique, physique et sanitaire sur la victime.
La manière la plus simple par laquelle ce mariage précoce se réalise est l’enlèvement. Les filles sont enlevées, de connivence avec leurs parents, quand elles vont à l’école, au marché ou au puits.
Par contre dans le Mono, le développement du mariage précoce est lié aux raisons économiques et à la mobilité des parents. Partis en aventure, à la recherche d’un mieux-être, l’absence des parents ne garantit pas une bonne éducation aux enfants et entraîne les filles, en manque de moyens financiers, dans le piège des hommes qui leur viennent en aide.
Une forme déguisée du phénomène apparaît de nos jours compte tenu de la timide dénonciation de certains acteurs de la Société civile. En effet, de plus en plus, on entend la fille victime de mariage forcé dire délibérément que c’est elle-même qui a choisi d’épouser tel homme. De même, pour certains enlèvements, les filles tentent de faire croire que cela a été fait avec leur consentement. A ce sujet, la loi est très claire, l’enfant de moins de 18 ans n’a pas de volonté, pas de consentement pour aller au mariage. Donc, cette responsabilité incombe toujours aux parents.
Que disent les chiffres sur la propension à la pratique du mariage forcé des filles dans le Mono et le Couffo ?

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De façon générale, deux filles sur dix vont en mariage avant l’âge de 18 ans contre la moyenne nationale de trois filles mariées sur dix.
Pour le compte de l’année 2016, les cas qui ont le plus retenu l’attention sont ceux de Dogbo et de Lalo, deux communes du Couffo. A Dogbo, on a enregistré dix viols et 25 cas d’enlèvement et séquestration. Dans la commune de Lalo, 100 filles apprenties ont été engrossées, selon le recensement des responsables des associations des artisans de la commune.
Au cours de cette année 2017, Djakotomey a totalisé, au deuxième trimestre, douze cas d’enlèvement et séquestration puis douze mariages forcés et un cas de viol. Dans le mois de septembre à Klouékanmè, on a dénombré quatre mariages forcés, deux grossesses précoces, trois cas de détournement de mineures et quatre cas d’enlèvement.
Dans le Mono, le centre de promotion social de Bopa a enregistré deux mariages forcés puis deux cas d’enlèvement et un viol. A Athiémé, c’est deux cas d’enlèvement et séquestration qui sont signalés.
Cependant, ces statistiques ne reflètent pas l’ampleur réelle du phénomène. Car, le vrai obstacle, tant pour le combattre que pour la collecte des données, reste la dénonciation. Si tous les cas de mariage forcé ou précoce étaient dénoncés, on aurait des statistiques phares pour avoir des projets et programmes en vue de contrer efficacement le phénomène.

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Face à ce constat de complicité de la communauté, votre administration chargée de mettre en œuvre la politique d’éradication du mariage forcé dispose-t-elle encore des marges de manœuvre ?

Oui. La loi n°2015-08 du 8 décembre 2015 portant Code de l’enfant en République du Bénin qui fait obligation aux parents d’envoyer leurs enfants à l’école et de les y maintenir jusqu’à l’âge de 16 ans. Il faut maintenant responsabiliser les parents. La campagne « Tolérance zéro » qui va durer trois ans, permettra d’insister davantage sur cette lourde responsabilité qui incombe aux parents. Si le Code de l’enfant est respecté, aucun Béninois ne peut être à l’apprentissage avant l’âge de 16 ans et par conséquent, on peut briser les liens entre la pauvreté et les différents abus.
Par ailleurs, il faudra instaurer une synergie d’action entre tous les acteurs de la protection des enfants. Il s’agit notamment des membres des commissions communales présidées par les maires et la même instance du niveau départemental présidée par le préfet?

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Propos recueillis par Désiré C VIGAN /R Mono-Couffo