Terrorisme djihadiste : le Bénin et les pays du golfe de Guinée en ligne de mire

Par La Redaction,

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Jean-Pierre-A.-EDONJean-Pierre-A.-EDON

Dans nos précédentes réflexions sur le terrorisme au Sahel dans la presse, nous avions attiré l’attention sur les risques d’invasion djihadiste des pays du golfe de Guinée. Par une autre analyse publiée le vendredi 7 août 2020, nous avions de nouveau évoqué la question, avec des propositions d’actions en vue de contrer ce danger déjà proche de nos portes.

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Les évènements de ces derniers jours dont a rendu compte le porte-parole de l’armée à la télévision nationale, le 2 décembre 2021, viennent confirmer nos analyses. Que s’est-il passé au Bénin et dans les autres pays côtiers et quelles sont les perspectives d’avenir ?
De sources militaires dignes de foi, on a appris que deux attaques des positions de l’armée de terre ont eu lieu le 30 novembre et dans la nuit du 1er au 2 décembre 2021 dans la partie septentrionale du pays, précisément à Porga et Kérémou non loin de la frontière avec le Burkina Faso. Elles ont causé deux morts parmi les djihadistes, deux dans les rangs de l’armée béninoise et des blessés dans les deux camps. Ces attaques viennent s’ajouter aux précédentes dont notamment :
– Celle d’un poste de police au Nord dans la nuit du 8 au 9 février 2020 dans le parc W, une réserve de biosphère que le Bénin partage avec le Burkina Faso et le Niger. Elle a causé la mort d’un policier béninois.
– L’enlèvement par les djihadistes de deux touristes français et de leur guide béninois dans le parc de Pendjari en Mai 2019. Au cours de cette tragique opération, le guide béninois a été assassiné.
Le Bénin n’est pas la seule victime de ces actions meurtrières. La Côte d’Ivoire avait été frappée une première fois en Mars 2016 dans la station balnéaire de Grand-Bassam. Par la suite, ces attaques ont été concentrées au Nord-Est du pays au niveau des frontières avec le Burkina Faso. De 2020 à ce jour, cinq attaques terroristes ont eu lieu dans le Nord, avec des pertes en vie humaine, des blessés tant au sein des militaires ivoiriens que du côté des djihadistes.
Au Nord du Togo, les activités djihadistes se sont intensifiées au cours de cette année 2021. C’est le cas de l’attaque de la nuit du 9 au 10 novembre 2021 dans le Kpendjal. Deux jours après, il y en a eu une autre que les forces armées togolaises ont réussi à repousser. De façon générale, la pression djihadiste s’intensifie dans le nord togolais.
Dans la partie septentrionale du Ghana et plus précisément près de la frontière burkinabè, les djihadistes exercent aussi beaucoup de pressions que l’armée arrive à contenir.
Comme l’a si bien dit le chef d’état-major de l’armée de terre béninois « cette nouvelle épreuve de feu nous rappelle que le danger est réel sur le terrain ». La brève présentation qui vient d’être faite des attaques dans les autres pays, prouve que le danger est réel aussi dans nombre de pays côtiers du golfe de Guinée.
Cette situation d’invasion djihadiste des pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest, avait été révélée l’année dernière par un groupe d’agents de renseignements français, allemands et américains à la suite d’un court séjour au Bénin. L’information avait été donnée par Radio France Internationale.
Dans le même ordre d’idées, des experts et des sources de sécurité, ont souligné au cours de cette année que « le Nord des pays côtiers de l’Afrique de l’Ouest comme le Togo et le Benin, est devenu vulnérable ces derniers mois, face à la stratégie d’expansion et de multiplication des fronts, adoptée par les groupes islamistes armés qui prolifèrent au Mali, au Niger et au Burkina Faso voisins ». Ce qui se passe aujourd’hui est donc la mise en œuvre d’une stratégie bien planifiée.
Aussi, les ambitions d’Al Qaida ne se limitent plus à la zone dite des trois frontières. Son nouveau champ d’action est bien désormais le golfe de Guinée, une zone stratégique importante pour les terroristes qui veulent marquer leur présence en Afrique de l’Ouest. Ils sont particulièrement intéressés par l’accès à la mer et aussi par les énormes ressources dont regorge cette zone.
Le constat a été fait qu’au cours de cette année et particulièrement durant le deuxième semestre de 2021, les attaques djihadistes se sont intensifiées au Burkina Faso, faisant beaucoup de morts parmi les militaires et les civils dans les villages ciblés. Ne sachant plus à quel saint se vouer, la population a organisé la semaine dernière, des marches géantes de protestation et a demandé par la même occasion, la démission du Président de la République, ce qui n’est pas la solution au problème du terrorisme.
La raison de la prolifération des actes terroristes au Burkina Faso est la suivante : les djihadistes pensent qu’en le maitrisant, ils pourront facilement avoir accès aux pays du golfe de Guinée tels que le Bénin, le Togo, le Ghana, et la Côte d’Ivoire ayant des frontières avec le Burkina Faso. Pour eux, le goulot d’étranglement qu’il faut affaiblir à défaut de le détruire, c’est le pays de Rock Marc Kaboré. Tout est alors mis en œuvre par ces hors-la-loi pour y parvenir. Par la grâce de Dieu, ils n’y parviendront jamais, parce qu’ils tuent des êtres humains, ce que le Tout-Puissant a interdit et qui constitue une offense contre lui, voire un péché.
Révélant l’un des éléments de leur stratégie, le journaliste et analyste de l’actualité africaine, Monsieur Seidik Abba déclarait :
« Au Burkina Faso, le groupe djihadiste Ansarul Islam recrute des Burkinabés pour l’endogénéisation du terrorisme au Sahel. Ainsi, du chef aux exécutants, les acteurs sont des locaux ». Ceci explique le succès des attaques perpétrées dans les villages par des gens du milieu connaissant bien le terrain.
Ailleurs au Mali et au Niger, les djihadistes se sont appuyés sur des composantes musulmanes bien plus importantes que dans les pays de la côte. Ils exploitent profondément ce terreau islamique et procèdent aussi au lavage des cerveaux propre aux islamistes extrémistes.
Selon certains agents de renseignements étrangers, ces terroristes seraient particulièrement intéressés par la Côte d’Ivoire et le Bénin pour des raisons encore inconnues. Le moins qu’on puisse dire, est que les multiples agressions terroristes connues par ces deux pays ces derniers temps, accréditent cette thèse. Face à cette situation préoccupante, que peuvent être les perspectives d’avenir et les dispositions à prendre ?
Chaque pays de la côte poursuivra en la renforçant, son organisation pour repousser et combattre efficacement ces ennemis. La riposte, scientifiquement préparée, s’impose car la menace est réelle et s’installe déjà aux portes des pays côtiers. Il conviendra d’empêcher sa progression et son endogénéisation qui se fait à grands frais. La pauvreté de nos populations est cyniquement exploitée, car avec peu d’argent, par exemple 100 euros, il est facile de recruter un innocent dans les villages et hameaux.
Ce combat est collectif, un pays côtier pris isolement ne pourra pas tout seul vaincre ces hors-la-loi. Une bonne coopération s’impose entre les pays sahéliens et ceux de la côte. Le G5 Sahel ne doit pas être le seul acteur de la lutte contre le terrorisme dans la région. Les pays du golfe de Guinée ont intérêt à s’impliquer davantage.
Dans ce cadre, nous avions proposé dans nos articles sus-mentionnés datant de l’année dernière que le Bénin, par exemple, à défaut d’être membre du G5 Sahel pour des raisons d’ordre géographique, pouvait au moins négocier le statut d’observateur. Dans le même ordre d’idées, nous avions suggéré la création, à l’instar du G5 Sahel, d’une autre structure regroupant les pays côtiers qu’on pourrait nommer G10 Océan, en raison de ce que les Etats concernés sont au nombre de 10 ou moins, selon le critère de classification retenu. Les deux structures devant évidemment coopérer étroitement, le combat étant le même.
Ces Etats pourraient mutualiser leurs moyens, ressources humaines et financières pour combattre ce fléau du siècle. Dans son émission du mercredi 1er décembre dernier, Radio France Internationale a fait état d’une opération commune menée aux frontières par la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Togo et le Burkina Faso au cours de la dernière semaine de Novembre 2021. Elle a permis de saisir 53 fusils de guerre, beaucoup de munitions, des dynamites et l’arrestation de 300 personnes suspectes. Ce genre d’initiatives communes est vivement recommandé pour efficacement faire face au terrorisme djihadiste. Le redoublement de vigilance devient une nécessité absolue.
En 2019, à la suite d’une réunion à Dakar, la Cedeao avait décidé de mobiliser un milliard de dollars à consacrer à la lutte antiterrorisme dans son espace. L’Uemoa aussi avait envisagé la mobilisation de 500 millions de dollar à cette fin. C’est le moment pour ces organisations régionales de venir au secours de leurs pays-membres.
En ce qui concerne le Bénin, il doit dorénavant se comporter comme un pays en guerre contre le terrorisme islamique, et s’organiser en conséquence. Il s’agit ici d’un problème qui concerne tous les Béninois, sans considération d’opinion politique. L’unité nationale doit se manifester pour constituer une force solide contre ce danger. Ceci est d’autant plus nécessaire que l’ennemi frappe le peuple sans discernement. C’est ici que l’expression « l’union fait la force » trouve tout son sens.
La vigilance sera d’une permanence absolue et les patrouilles aux frontières avec le Burkina Faso devront être régulières. On tiendra compte des méthodes de guérilla des ennemis qui se déplacent à moto, lourdement armés, et attaquent par surprise, surtout la nuit.
Le contrôle des mouvements humains dans la zone de Porga, Kérémou, des parcs nationaux W et Pendjari, de même qu’au Nord-Est à la frontière avec le Nigéria, doit s’intensifier. La vigilance doit être particulièrement de mise avec les islamistes qui font preuve de grande charité en faveur des populations. En effet, les djihadistes se servent des aumônes fortement recommandées par l’Islam, pour recruter les autochtones, souvent séduits par l’argent, du fait de la pauvreté ambiante. C’est ainsi que commence le processus d’endogénéisation de la lutte terroriste. La contribution et la vigilance des chefs de villages et de quartiers de ville seront utiles dans ce combat.
Une attention particulière sera accordée aux renseignements qui permettent de savoir à temps et de prévenir les intentions et les actions en préparation de l’ennemi. Une coopération soutenue sera établie avec les services de renseignements des autres pays. Compte tenu de la complexité et des moyens énormes que nécessite ce service important, le Bénin n’hésitera pas à solliciter l’assistance technique, matérielle et financière des pays très avancés dans le domaine et susceptibles de mettre à sa disposition, leurs expériences et expertises.
En plus de ces précautions, deux autres mesures pourraient être prises : il s’agit de l’envoi sans délai en formation complémentaire et de recyclage, des militaires et policiers béninois à l’école de lutte anti-terroriste récemment créée en Côte d’Ivoire avec le concours de la France.
La deuxième mesure serait la mise sur pied d’une structure stratégique de réflexions et d’actions sur la lutte contre le terrorisme pratiqué par les extrémistes violents. Ses membres, dont le nombre reste à déterminer, pourraient être des militaires et policiers, des sociologues, des diplomates, des imams et chrétiens. Ils se réuniront à intervalles réguliers pour réfléchir sur l’évolution de la situation et faire des propositions d’actions nécessaires et opportunes etc…
Il importe que tous les acteurs impliqués dans ce combat, y compris tout le peuple béninois, agissent avec la conviction que la lutte sera longue, voire périlleuse, mais la victoire est certaine. Face à la détermination du peuple béninois réputé pacifique, mais prompt à réagir pour se défendre en cas d’agression, et dressé comme un seul homme derrière ses dirigeants et son armée, l’ennemi n’y pourra rien et finira par reculer. Venu par un chemin, il fuira par sept chemins. C’est le moment de féliciter nos hommes de sécurité et de défense qui, malgré l’attaque-surprise du 30 novembre et du 1er – 2 décembre 2021, ont su bien se défendre et faire fuir les attaquants, surpris par la riposte et la résistance béninoises. Comme on avait l’habitude de le dire dans un passé récent, « la lutte continue ».

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*Ambassadeur, spécialiste des questions internationales

Par Jean-Pierre A. EDON*