Théâtre avec la compagnie Agbo-N’Koko: Ousmane Alédji redonne vie à la reine Tassi Hangbé

Par Josué F. MEHOUENOU,

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Ousmane Alédji

« Tassi Hangbé, la reine interdite» de l’auteur béninois Florent Couao-Zotti est mise en scène par le dramaturge Ousmane Alédji à travers une création intitulée « Tassi Hangbé, la reine amazone ». Une pièce de grande facture que conduit la compagnie Agbo-N’Koko pour des représentations dans les semaines et mois à venir.

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La compagnie Agbo-N’Koko et son légendaire metteur en scène Ousmane Alédji annoncent leur retour sur les planches avec une production de grande facture qui rend hommage à un personnage et pas des moindres. La pièce est intitulée «Tassi Hangbé, la reine amazone». Inspirée de l’ouvrage « Tassi Hangbé, la reine interdite» de l’auteur béninois Florent Couao-Zotti, elle s’attelle à faire œuvre d’histoire et de mémoire et à restituer l’épopée tragique d’une figure emblématique du royaume de Danxomè. Cette reine est considérée en effet, comme la première et unique femme de la dynastie royale d’Abomey. On lui attribue la création du premier régiment des amazones, appelées les «Agodjié», redoutables guerrières qui ont durablement marqué les imaginaires.
Cette mise en scène est annoncée comme une œuvre de grande facture. L’intérêt du public qui attend avec impatience cette pièce se justifie aussi bien par la qualité de la mise en scène que par les comédiens et l’histoire qu’ils y relatent. Le metteur en scène de la pièce indique que l’écriture de Florent Couao-Zotti lui a inspiré deux approches. D’une part, le creusement des ambiguïtés et la désacralisation de l’érotisme féminin. « Il ne livre pas à ses lecteurs des scènes détaillées et ficelées d’un bout à l’autre, il ouvre des parenthèses et nous laisse les remplir. Et c’est justement là que l’imaginaire du metteur en scène vient féconder celui de l’auteur», indique Ousmane Alédji. Il faut dire que l’œuvre de Florent Couao-Zotti est avant tout « la traduction d’une histoire vraie, le récit d’un héritage renié, ensuite le témoignage d’une révolte contenue, d’un combat existentiel, puis, enfin, une leçon politique ». Comment restituer à l’histoire du royaume de Danxomê l’une de ses plus illustres guerrières effacée de la dynastie officielle des douze rois masculins de la monarchie, dans une démarche artistique résolument contemporaine sans déconstruire une légende ou alimenter une mythologie ? C’est là le challenge que s’impose le théâtre Agbo-N’Koko avec sa nouvelle création.

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Théâtre-opéra contemporain africain

A Danxômè, Hangbé, la sœur jumelle de Akaba hérite du trône laissé vacant par ce dernier, décédé dans des circonstances non élucidées. Elle réalise qu’elle fait vite l’objet des commérages et intrigues de quelques notables influents de la cour dont son frère cadet, Gnansounou. Elle crée une unité d’élite composée que de jeunes femmes féroces et en fait sa garde rapprochée, les ‘’Agodjié’’, mais, cela suffira-t-il ?
En tout cas, 75 minutes suffiront aux comédiens pour susciter encore plus d’interrogations et peut-être moins de réponses. Les rôles sont assurés par Rachelle Agbossou, danseuse, chorégraphe et professeure de danse, fondatrice et directrice de la Compagnie de danse « Walô », Carine Ahissou et sa sœur Tatiana Ahissou, plus connues sous le nom d’artistes, les Teriba, toutes deux chanteuses, auteures-compositrices, interprètes et percussionnistes. On y retrouve aussi Nathalie Hounvo Yèkpè, comédienne et metteur en scène au théâtre ainsi qu’au cinéma, ancienne étudiante de l’Ecole internationale de théâtre du Bénin (Eitb) où elle a étudié le jeu d’acteur et la mise en scène. Fidèle Gbègnon vient fermer la case féminine de la mise en scène. Elle est interprète de théâtre et de cinéma et styliste de formation. Depuis 1995, elle a abandonné ce métier pour se consacrer uniquement au théâtre et au cinéma. Elle a déjà eu la chance de travailler avec les plus grands metteurs en scène du pays.
Parlant de metteurs en scène, on en retrouve deux sur cette création. Nicolas Houénou de Dravo est l’assistant du metteur en scène sur cette production. Cela n’a rien de nouveau. Les deux hommes ont souvent partagé une complicité et une complémentarité sur la plupart des créations de la compagnie. Enfin, Raphaël Hounto qui, depuis 1979, écume les scènes d’ici et d’ailleurs avec passion et professionnalisme. Les décors et la scénographie sont assurés par le plasticien de renom Dominique Zinkpè et le metteur en scène. Les costumes portent la griffe de Pamela Samè Houénoudé.
Le metteur en scène est si connu du monde culturel et littéraire du Bénin et d’ailleurs. Ousmane Alédji à qui l’on doit le théâtre Agbo-N’Koko créé en 1993, est auteur de plusieurs textes de poèmes, de nouvelles et de théâtre. Il est le fondateur du centre culturel Artisttik Afrika. Expert pour l’Afrique de l’Ouest de la Commission internationale de théâtre francophone pendant huit ans, il a aussi dirigé le Festival international de théâtre du Bénin (Fitheb). Ousmane Alédji est récipiendaire de plusieurs prix et distinctions notamment, en 1995, le Premier prix de la Francophonie, en 2001 le Grand prix du théâtre du Burkina Faso, en 2000, le 1er Prix de la radio France Culture et de nombreux autres aussi bien au Bénin qu’ailleurs en Afrique.
« J’ai écrit dans l’écriture de Florent et j’ai recréé les personnages de sa pièce pour les rendre actuels, dans une transposition contemporaine. Le corps de l’amazone est mis à nu, symboliquement et formellement. Le chant aide le corps à dévoiler toute sa puissance, à se livrer mais aussi à terrifier, l’art vocal endosse une fonction dramaturgique et évocatrice », explique-t-il. Le «Tassi Hangbé, la reine amazone que je propose en un théâtre-opéra contemporain africain, met en scène une femme puissante à la sensualité émancipée, une reine engagée dans l’adversité, et enfin, une amazone, une «Agodjié», jusque dans la mort», soutient Ousmane Alédji.

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