Théophile Yarou à propos du parti La Nouvelle Alliance : « Nous n’avons aucune aversion vis-à-vis du pouvoir, ni de l’opposition »

Par Arnaud DOUMANHOUN,

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Théophile Yarou

Un nouveau parti politique, La Nouvelle Alliance, va enrichir l’arène politique sous peu. L’un des leaders de ce parti en gestation, l’ancien ministre Théophile Yarou, dissident Fcbe, évoque dans cet entretien exclusif, la vision et la posture de ce parti qui s’inscrit dans « le social-libéralisme ».

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La Nation : Quels sont les objectifs que vous poursuivez à travers l’initiative de la création d’un nouveau parti politique ?

Théophile Yarou : La conquête et l’exercice du pouvoir, c’est le seul objectif visé quand on prend l’initiative de la création d’un parti politique. C’est le même à notre niveau, et ceci dans le cadre légal tracé.

Les élections législatives se tiendront en 2023. Est-ce dans cette perspective que le parti La Nouvelle Alliance verra le jour ?

Notre objectif ne se limite pas fondamentalement à ce rendez-vous électoral. Mais je reconnais que des objectifs à moyen ou à court terme, nous avons les élections législatives de 2023. Nous voulons y prendre part afin d’apporter notre petite pierre à l’édification de notre pays, de notre démocratie.

En termes de fief, votre parti politique partagera la même aire géographique que certaines formations existantes ayant déjà fait leur preuve. Ne craignez-vous pas une bataille perdue d’avance ?

Notre parti est étendu à l’ensemble du territoire national. Ce n’est pas parce que je suis d’une région donnée que le parti se limite à cette région. Nous n’avons pas de chasse gardée mais nous allons à la conquête de toutes les chasses gardées. Il y a des gens qui pensent qu’ils ont des chasses gardées, que c’est peut-être leur fief. Mais nous, nous allons à la conquête de toutes les régions du Bénin. Et je ne suis pas le seul à être à l’origine de cette initiative. Nous sommes un certain nombre.
Je puis vous dire que ce sont des gens de grande valeur, de grande capacité, qui peuvent valablement mobiliser des militants chez eux. Personnellement, je peux mobiliser dans l’Atlantique. Je vis à Abomey-Calavi depuis plus de 20 ans. Je peux être candidat et valablement me faire élire à Abomey-Calavi. C’est-à-dire que je peux être candidat dans n’importe quelle région. Il suffit que politiquement je m’y mette et que je puisse faire passer le message. Ce qui est important ici, c’est le projet de société que nous proposons à la population.

Vous étiez dans le parti Force cauris pour un Bénin émergent (Fcbe), qui est un parti d’opposition, garderez-vous la même ligne politique ?

Dans le parti en création, La Nouvelle Alliance, nous sommes tous d’un même courant politique. Je pense que, plus que par le passé, nous avons une homogénéité aujourd’hui. Nous nous sommes retrouvés entre des gens d’une même conviction politique. Alors qu’au sein des Fcbe, il y avait certains qui sont communistes, d’autres de l’ex Parti social démocratique (Psd). On avait des gens de toutes sortes de tendances et de courants. Peut-être, à quelque chose malheur est bon. Aujourd’hui, je trouve que cette mutation que nous avons connue, nous a permis d’avoir une homogénéité dans la pensée politique de notre parti. Ça va mieux fonctionner que par le passé.

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Une homogénéité, et peut-on en déduire, toujours, une opposition au régime en place ?

Nous avons transcendé les clivages, carcans et stéréotypes, dans lesquels les gens nous ont mis. Nous voulons créer un parti d’idéologie. Cette idéologie a des valeurs qu’elle promeut. Nous optons pour le libéralisme politique c’est-à-dire la reconnaissance des droits fondamentaux attachés à l’individu, le pluralisme, la limitation de l’Etat et du pouvoir. Nous avons choisi le libéralisme culturel qui reconnait les droits aux minorités ethnique, sexuelle, à l’égalité homme femme, et puis le libéralisme économique qui intègre les vertus du marché à savoir, la liberté d’entreprendre, la concurrence et la légalité des chances.
Nous entendons promouvoir ces valeurs-là. Dans tous les cas, nous ne sommes dans aucune position en fonction des intérêts du moment. C’est-à-dire qu’aujourd’hui, on crée un parti politique pour aller à la mouvance pour jouir du pouvoir, ou on va à l’opposition parce qu’on ne trouve pas son compte de l’autre côté. Il faut changer cette approche, cette manière d’organiser la vie politique chez nous. Le parti La Nouvelle Alliance pourra travailler avec n’importe quel courant, une fois que la ligne politique est en adéquation avec ce que nous faisons. Mais à l’heure actuelle, nous gardons la même ligne.
C’est-à-dire que nous ne nous retrouvons pas dans la gouvernance que ce soit politique, culturelle ou économique du régime en place. C’est ce qui nous différencie. Ce n’est pas une opposition haineuse, ou sur fond de méchanceté. Nous sommes prêts à être demain avec le pouvoir en place. Pour l’instant, nous ne nous retrouvons pas dans ce qui se passe. Mais c’est leur manière de penser la gestion du pays, leur stratégie pour l’atteinte des objectifs qu’ils se sont fixés. Nous n’avons pas à juger de ce qu’ils font, mais nous pouvons critiquer les insuffisances liées à leur ligne de conduite. Il revient à la population, aux électeurs, d’apprécier entre ce que nous proposons et ce qui est en cours. C’est cette liberté que nous gardons comme ligne.

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Le parti est en gestation mais pour d’aucuns, sa survie sera problématique au regard des dispositions législatives en vigueur. Qu’en dites-vous ?

(Rires). Nous sommes déjà à une vingtaine de partis politiques. Pourquoi les gens pensent que c’est notre parti qui ne pourra pas tirer son épingle du jeu ? Il y a derrière ces commentaires, une méchanceté gratuite. Nous ne nous occupons pas de cela. Nous allons nous rencontrer sur le terrain et on verra qui est qui. Je pense que nous donnons une opportunité au chef de l’Etat de mesurer la capacité de certains de ses partenaires politiques sur le terrain. C’est pourquoi notre parti reste ouvert, c’est-à-dire que nous ne sommes pas d’accord avec la gouvernance actuelle mais si cela change, on pourra bel et bien travailler avec ceux qui sont là.
Le pouvoir fait des efforts sur le plan de la décrispation du climat politique. Dans ce cadre, si le parti La Nouvelle Alliance arrivait à prendre part aux élections législatives en 2023, on appréciera la force de chacun. Je ne comprends pas toutes ces agitations autour de la création de notre parti. Il y en a qui disent qu’il faut que le président arrête la création des partis politiques. Ça nous amuse, c’est la peur. Nous, nous sommes capables de soutenir les réformes du pouvoir en place, lorsque ces réformes vont dans le sens du développement de notre pays. Mais nous ne sommes pas de leur ligne politique. C’est peut-être cela qui fait certainement peur à ceux à qui on a fait une place à l’ombre, et qui mangent. Je pense que le président Patrice Talon est le président de tous les Béninois. Ce qui nous différencie, c’est notre manière de voir les choses.

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Ceux qui parlent de la survie du parti n’ont-ils pas raison quand on sait que les membres sont pour la plupart des dissidents Fcbe ?

Nous ne pouvons pas créer un parti politique et nous limiter seulement aux dissidents du parti Fcbe. Ça va au-delà. Mais quand vous êtes dans une maison et ça ne va pas, vous changez de maison. Pourquoi les gens s’offusquent qu’on aille créer un autre parti politique ?
Nous sommes des citoyens avec nos droits et la création de notre parti devrait les réjouir. Et s’ils sont forts, ils devraient dire, attendons-les sur le terrain et on verra comment ils vont émerger. De toutes façons, nous, nous sommes prêts à les accueillir.

Votre mot pour conclure

J’aimerais dire aux Béninois que notre parti veut proposer un modèle de gouvernance qui est fondé sur une idéologie. C’est ce que nous défendons. Nous ne sommes pas ennemis ou adversaires ni de l’opposition dite radicale, ni de la mouvance, mais nous avons une autre manière de penser. C’est notre droit le plus absolu. Donc, nous n’avons aucune aversion vis-à-vis du pouvoir, ni de l’opposition modérée ou radicale. Mais qu’on nous donne notre liberté philosophique, de proposer autre chose à notre pays. Et nous pensons que le peuple va apprécier le modèle de société que nous lui miroitons.
Si elle l’adopte, elle votera pour des députés qui, du point de vue politique, psychique, seront autonomes, capables de dire oui, nous sommes d’accord, ou non, mais si vous modifiez, ça ira. C’est de cette liberté que nous avons besoin. Notre pays a besoin de paix, de créer un environnement politique sain, où chacun peut librement exprimer sa philosophie politique, défendre son projet de société et permettre à notre peuple de choisir ses dirigeants. Ce n’est pas la violence qui va régler les problèmes de notre pays, c’est le dialogue. C’est pour cela que nous voulons nous mettre dans une position de dialogue, avec toutes les couches sociales de notre pays, avec la mouvance et l’opposition, parce que nous sommes tous des Béninois. Voilà ce que nous voulons introduire dans la façon de faire la politique dans notre pays.