Traite négrière : Ouidah n’oublie pas les ancêtres déportés

Par Ariel GBAGUIDI,

  Rubrique(s): Culture |   Commentaires: Commentaires fermés sur Traite négrière : Ouidah n’oublie pas les ancêtres déportés

Ouidah au rythme de la Jistna 2022 après une pause de deux ans due à la Covid-19

Les filles et fils de la ville de Ouidah et environs ainsi que des Afro descendants venus d’horizons divers ont encore honoré, hier mardi, la mémoire de leurs ancêtres déportés lors de la traite négrière. C’est à l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (Jistna), commémorée le 23 août de chaque année.

LIRE AUSSI:  « Pim-Pim Tché » de Jean Odoutan: Un succès cinématographique revisité

Ouidah n’oubliera pas l’esclavage et ses conséquences. A l’occasion de la Journée internationale du souvenir de la traite négrière et de son abolition (Jistna), mardi dernier, la ville a rendu hommage aux victimes de cette tragédie. Réunis sur la plage de Ouidah, l’un des lieux mémoriels de la traire des noirs, les fils et filles de la ville historique, soutenus par les maires de communes sœurs, des Béninois de la diaspora et des Afro descendants venus de la Martinique, de l’Île de la Réunion et de Haïti, se sont inclinés devant la mémoire des Africains déportés et autres personnes ayant subi l’esclavage. « C’est l’un des objectifs de la Jistna que nous célébrons ce jour. Nous rendons hommage à ces combattants dont les luttes ont permis la liberté dont nous jouissons encore aujourd’hui. Cette lutte dont la plus significative a eu lieu le 23 août 1791 à Saint-Domingue actuel Haïti. Ils ont résisté à l’oppresseur et organisé toutes formes de résistance. C’est à tous ces combattants, ces insurgés, ces rebelles, ces mutins de toutes les époques que nous pensons aujourd’hui… », a expliqué Christophe Chodaton, président du Comité de commémoration du 23 août (Cccom 23), l’association ayant à charge l’organisation de l’événement.
L’un des objectifs du Cccom 23, rappelle-t-il, est de rassembler les Béninois, les Afro descendants et tous ceux qui sont acquis à cette cause, sur les lieux de mémoire à Ouidah pour communier ensemble.
La Jistna rappelle aussi un autre devoir de mémoire qui ne peut se faire que dans un climat apaisé où Ouidaniens, Béninois et Africains assument leurs responsabilités en s’ouvrant aux Afro descendants, affirme le maire de Ouidah, Christian Houétchénou. « Ce devoir de mémoire qui nous incombe doit être transmis aux générations actuelle et montante par toutes les manières afin que cette tragédie ne tombe point dans l’oubli… Cette lutte contre l’oubli ne doit pas être évoquée le 23 août seulement dans les discours. Elle a besoin d’actes, de lieux et d’institutions », préconise le maire. Il rappelle à l’occasion les actions qu’il a menées et continue de mettre en œuvre pour transmettre cette histoire à la jeunesse. Christian Houétchénou renouvelle l’engagement du Conseil communal à accompagner toute action ayant pour « but d’honorer et de se souvenir des captifs et déportés afin que notre reconnaissance soit éternelle… ».

LIRE AUSSI:  Vernissage de photos au Centre culturel chinois: Souvenirs de 40 ans de la mission médicale chinoise au Bénin

Parole aux Afro descendants

Au cours de la commémoration, Jean Louis Maslet, président de l’association ‘‘ Tanbou bô kannal’’, venue de la Martinique, Marie Lyne Champigneuil, présidente de l’association ‘‘ Kartyé Lib Mémoire et Patrimoine ’’ de l’Ile de la Réunion et l’activiste de la mémoire négrière Karfa Diallo, se sont succédé au pupitre pour rendre également hommage aux personnes déportées et victimes de la traite.
Pour la commémoration de la Jistna 2022, les membres du Cccom 23 ont, entre autres, poursuivi leurs actions pour la transmission du devoir de mémoire à la jeunesse avec la visite de sites touristes et des ateliers de sensibilisation et conscientisation à l’endroit de la jeunesse. Mais il y a encore des défis à relever, fait noter Christophe Chodaton qui plaide, en effet, pour le vote d’une loi par le Bénin, qui reconnaitra la traite négrière et l’esclavage comme un crime contre l’humanité, à l’instar du Sénégal. Des actions ont été engagées dans ce sens, dit-il, mais elles ne portent pas encore le fruit attendu. Néanmoins, le Ccom 23 à travers la voix de son président compte poursuivre ses actions de sensibilisation à l’endroit des autorités compétentes afin que cette loi soit une réalité.
Outre les discours et déclarations émouvants, la commémoration de la Jistna 2022 a été marquée par des performances artistiques qui rappellent l’histoire sombre et douloureuse de l’esclavage ainsi que son abolition. ‘‘ Tanbou bô kannal ’’ repart aussi avec un assin, une œuvre d’art contemporain qui leur a été offerte par Adjos Togbé, artiste et acteur culturel béninois?