Transformation du Fcfa en Eco, actée par la France: Supplique aux neuf chefs d’Etat de l’Uemoa et de la France

Par Collaboration extérieure,

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Oui, en ma seule qualité de citoyen d’un des pays concernés, je viens par cet écrit dont je souhaite la large diffusion, supplier leurs Excellences, chefs d’Etat de l’Uemoa et de la France, avec tout le respect qui leur est dû, de bien vouloir reconsidérer leur décision, en prêtant une attention toute particulière à ce que j’expose ci-après, issu d’une réflexion profonde. En effet, lorsque j’ai eu connaissance de leur décision relative à une réforme du Franc Cfa, je n’en croyais pas mes méninges et j’en ai perdu mon latin ! Lisez plutôt ce qui suit pour savoir pourquoi.

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1. Le Parlement français vient d’adopter, le 21 mai 2020, un projet de loi qui décide de la transformation du F Cfa (originellement, Franc des Colonies Françaises
d’ Afrique, devenu après les indépendances, Franc de la Communauté financière africaine), en Eco pour les 8 pays de l’Uemoa (Union économique et monétaire ouest-africaine) devant être effective avant la fin de cette année 2020, conformément à un Accord conclu le 21 décembre 2019 à Abidjan entre la France (représentée par son président, Emmanuel Macron) et les huit pays de l’Uemoa, représentés par son président en exercice, Alassane Ouattara.
Convenez avec moi que cette décision constitue un très grand événement de l’Histoire de l’Afrique, qui ne saurait être banalisé à tout le moins, décidé qu’il a été par un simple décret du gouvernement français. Cela ne doit-il pas nous interpeler tous, citoyens des neuf pays concernés, pas forcément experts en Sciences économiques et financières, spécialistes des questions monétaires ?
2. En effet, ladite transformation consiste essentiellement en :
– la dénomination Eco au lieu de F Cfa,
– la fin de la centralisation de
50 % des réserves de change de la Bceao (Banque centrale des
Etats de l’Afrique de l’Ouest) auprès du Trésor français (à la Banque de France),
– le maintien de la garantie de la France pour cette monnaie,
– Le retrait de la France (en les personnes de ses représentants) des instances de gouvernance de
l’Uemoa, notamment de la Bceao,
– le maintien cependant de la parité fixe du Franc Cfa avec l’Euro (1 € = 655,957 FCfa).
Or, concernant cette fixité de la parité du F Cfa avec l’Euro, tout expert vous affirmera que c’est la caractéristique principale du F Cfa, mais qui n’a pas été touchée par cette réforme. On peut se demander pourquoi.
3. On peut également se demander pourquoi, curieusement, les autres pays de la zone F Cfa en Afrique francophone (les cinq pays de l’Afrique centrale) n’ont pas été concernés par la réforme. Vont-ils continuer d’utiliser leur F Cfa, avec tous les problèmes qui se poseraient, à coup sûr, dans les échanges commerciaux intra Afrique francophone, par exemple? Jusqu’à quand durera cette situation de deux poids deux mesures ? Rien n’en a été dit !
4. Plus étonnante encore est la décision de dénommer Eco le F Cfa réaménagé pour les 8 pays de l’Uemoa, cependant que cette même dénomination avait déjà été celle adoptée pour le projet de monnaie commune des 15 pays de la Cedeao, laquelle remplacera, vers fin 2020, les 8 devises qui y sont utilisées, y compris le F Cfa. C’était une décision prise le 29 juin 2019 à Abuja (au Nigeria) au sommet des chefs d’Etat ou de gouvernement de la Cedeao, les huit chefs d’Etat de l’Uemoa compris. Ces derniers ont-ils oublié cette décision, six mois plus tard à Abidjan ? C’est à se le demander! Ou bien, l’ont-ils fait en pleine connaissance de cause? Quelle explication peuvent-ils nous en donner?
5. Ainsi donc, nos chefs d’Etat de l’Uemoa représentés par leur pair de la Côte d’Ivoire, président en exercice de l’institution, en entente avec le président français, se sont attribué, à Abidjan, la liberté de dénommer Eco le nouveau F Cfa, cependant qu’ils étaient dans un cadre institutionnel et juridique inapproprié pour ce faire, dès lors que les sept autres chefs d’Etat de la Cedeao n’y étaient pas parties prenantes. Les premiers ne se sont nullement souciés de leurs avis et accord ! Un tel acte me paraît bien incongru, car, il crée une situation confuse, qui compromet, à coup sûr, le très louable projet de monnaie unique Eco entre les 15 pays de la Cedeao, à fin 2020 ou au delà.
6. De tout ce qui précède, qui ne constitue que des faits réels que je rapporte, qu’il me soit permis, avec l’indulgence de tous, d’avancer que nos huit chefs d’Etat de l’Uemoa et le président français ont visiblement manqué d’inspiration ou de réflexion profonde, de même que leurs collaborateurs, experts en matière financière et monétaire, ont tous manqué de courage, sûrement, pour remplir leur devoir auprès de leurs chefs et, partant, auprès de leur peuple! Aussi, ai-je du mal à comprendre que nos hautes autorités n’aient pas réalisé qu’un tel système monétaire, construit par eux, posera de vrais problèmes sur tous les plans. Quid, d’ailleurs, des autres francs en Afrique qui ne sont pas des Cfa tels que : franc guinéen, franc malgache et franc comorien? En plus de tout ça, je voudrais faire constater, sur le plan des curiosités, que le vocable franc se rapporte à la France, qui elle-même, a abandonné depuis son Franc Français (Ff) au profit de l’Euro !
Somme toute, sans vouloir me prendre pour un conseiller de l’un de ces chefs d’Etat, je me permets, très modestement, de leur faire la proposition suivante: Revoir leur décision en ce qui concerne la dénomination Eco pour adopter celle de « Nouveau F Cfa » (Nfcfa), ou « Nouveau Cfa » plus simplement. La raison simple en est que la parité fixe du F Cfa avec l’Euro est maintenue cependant qu’il constitue l’élément fondamental du F Cfa. C’est pourquoi, je propose « Nouveau FCfa», à l’image de ce qu’il y a eu en France en 1959 où la loi Antoine Pinay a institué le « Nouveau Franc» suite à une dévaluation. Ainsi, la dénomination Eco sera restituée à la Cedeao, ce qui aura l’avantage de faire taire les réactions de désapprobation vives et gênantes, mais compréhensives, qu’on a enregistrées, venant de certains pays de la Cedeao comme le Nigeria et le Ghana, reconnus comme de vrais poids lourds en matière d’économie et finances au sein de la sous-région.
J’estime qu’il n’est pas trop tard de revenir sur la décision et adopter cette proposition. Cela sera tout à leur honneur d’avoir ainsi écouté la voix d’un simple citoyen. Bien entendu, quand le projet Cedeao de monnaie commune Eco aura, par la suite, pris corps, le « Nouveau FCfa » des huit pays de l’Uemoa deviendra alors Eco tout comme les sept autres devises circulant actuellement au sein de la Cedeao. Et cela calmera définitivement les récriminations qu’il y a eues au sein de la Communauté. Une autre proposition, d’ailleurs, serait de garder, le temps intermédiaire, la dénomination F Cfa au F Cfa réaménagé, ce qui simplifierait tout. Pourquoi pas?
A présent, je termine mon propos en demandant à leurs Excellences, chefs d’Etat à qui s’adresse essentiellement mon écrit, de bien vouloir y accorder une très bienveillante attention, pour les fins utiles que j’ai développées.
Telle est ma supplique, seul objet du présent écrit, adressée très respectueusement à leurs Excellences, chefs d’Etat de l’Uemoa et de France, en leur demandant de bien vouloir m’accorder toute leur indulgence pour tous mots, expressions ou opinions qui y seraient relevés et perçus comme inconvenants à leur égard, en les en remerciant vivement.

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Par Philippe HOUNKPATIN (Coll. extérieur)

Dr.-Ing. en Génie électrique à la retraite