Transformation du Soja: Une plus-value pour les petites bourses

Par Fulbert Adjimehossou,

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Au centre songhaï à Porto-Novo, rien ne se perd, tout se transforme. Ce principe vaut également pour le soja. Dans la matinée de ce jeudi 6 octobre 2022, cette légumineuse concentre toutes les énergies dans l’une des unités de transformation. « Nous transformons ici la variété Jupiter qui renferme assez d’huile. Une fois pressée, l’huile est récupérée pour être filtrée pour l’alimentation », confie Amour Kokou Allossoukpo, chargé des visites dans ce centre créé par le prêtre dominicain Godfrey Nzamujo en 1985 et qui s’étend aujourd’hui sur plus de 22 hectares. Notre guide se saisit d’une bouteille d’huile qu’il brandit. « Cette huile est extraite directement de la graine sans additif. Les tourteaux de soja que vous voyez là, entrent dans l’alimentation des volailles et des porcs », martèle-t-il.

Un boom !

Mais il n’y a pas que dans cette école de fermiers-entrepreneurs que le soja suscite de l’engouement. La ferveur est nationale, sur toute la chaîne. En effet, le soja représente actuellement plus de 40 % de la production totale de légumineuses et constitue la 4e source de devises du secteur agricole derrière le coton, l’anacarde et le karité. La surface cultivée est passée de 64 000 ha en 2009 à 200 000 ha en 2019, et le rendement, de 890 kg/ha à 1100 kg/ha. De 110 000 tonnes en 2016, la production pour la campagne 2018-2019 avoisine les 257 000 tonnes. D’ici à 2030, la production annuelle pourrait atteindre 400 000 tonnes, soit plus de six fois qu’en 2009. Le Bénin redouble ainsi d’ardeur pour faire partie des exportateurs du soja, notamment vers les pays de l’Asie, de l’Europe et de l’Amérique.
Cependant, les émules sont tout aussi locales, avec un regain de transformation sur place. Le soja est devenu la première légumineuse au Bénin par son importance dans la réduction de la malnutrition observée surtout en milieu rural. Sa demande de plus en plus importante devient difficile à satisfaire. « En plus de sa contribution à la résolution des problèmes d’alimentation et de nutrition des populations, le soja permet d’améliorer les revenus des producteurs, surtout ceux des femmes qui s’adonnent à sa transformation »,
a reconnu Shadiya Alimatou Assouman, lors du lancement de la campagne 2020-2021 de commercialisation du soja à Djougou.

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Du fromage local

C’est possible d’entreprendre et de réussir grâce au soja. Rencontrée dans son atelier à Bohicon en juin 2021, Eugénie Zinzindohoué épouse Agounkpléto en est la preuve. Elle a commencé la transformation du soja en 2014 avec un groupement de femmes de la Croix-Rouge. « Les autres femmes de l’atelier n’étaient pas intéressées, car le travail est trop pénible. Mais je voyais plutôt un marché à conquérir. J’ai donc foncé », avoue-t-elle. En effet, le soja a un profil nutritionnel et d’aliment fonctionnel exceptionnel. Le fromage est un des produits dérivés de la transformation du soja par les femmes. C’est un aliment de grande valeur nutritionnelle de par sa teneur élevée en protéines, riche en vitamines et en sels minéraux et qui peut valablement remplacer le lait ou la viande. Il est aussi considéré comme un aliment diététique.
Pourtant, les populations ont toujours considéré le soja comme un produit impropre à la consommation. Ange Guédénon, responsable opérationnel à Sens Bénin, tente de déconstruire cette image. « Personne ne connaissait le fromage de soja frais, malléable et de couleur blanche. Pour les gens, le soja tue. Nous avons misé sur l’information, l’éducation pour le changement de comportement. Nous essayons de déconstruire l’a priori. Que ce soit à la radio ou directement en face des consommateurs, nous faisons comprendre que pour faire le fromage, le soja a été démuni des facteurs anti nutritionnels », souligne-t-il. Avec le réseau Bénin Entreprendre Solidaire avec son Territoire (B’est), Eugénie Zinzindohoué Agounkpléto a acquis le process de fabrication de fromage de qualité et porte aujourd’hui le label soja dans sa communauté. Elle est capable de transformer jusqu’à 300 kg. « Le soja est débarrassé de sa pellicule. Ainsi, le produit final se présente comme le fromage peul. Grâce à ce que je fais, j’arrive à joindre les deux bouts avec mes enfants. Il en est de même de mes employées », souligne-t-elle. Avec le certificat de conformité de l’Agence nationale de Normalisation, de Métrologie et du Contrôle de qualité, Eugénie nourrit le rêve d’avoir un fleuron de la fromagerie au Bénin.

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De la matière pour les Pme

Le fromage soja amélioré entre ainsi dans les habitudes. Félix Bignossè en est un ravitailleur. Ce chauffeur est habitué à ramener à Cotonou des commandes de fromage amélioré. « C’est apprécié parce que c’est exactement comme le fromage peul », affirme-t-il. Revendeuse, Emilienne Aboko chante le même refrain. « J’ai mené cette activité pendant 10 ans. Mais, j’ai eu des ennuis de santé. Je viens chercher par quarantaine pour revendre et trouver de bénéfice », explique-t-elle. Le marché existe. Les consommateurs en raffolent. Et de nombreuses entreprises, notamment portées par des femmes, s’investissent dans la transformation. En 2018, l’Institut national des recherches agricoles du Bénin (Inrab) a procédé à l’évaluation technologique et financière des technologies traditionnelle et améliorée de production de fromage à base de soja à petite échelle au Bénin.
« L’évaluation des perceptions des consommateurs a révélé que le fromage de soja produit par la technologie améliorée est plus apprécié que le fromage produit par la technologie traditionnelle notamment sur les attributs de qualité, odeur, couleur, goût et texture. Sur le plan financier, la production du fromage de soja par la technologie améliorée est plus rentable avec une marge nette de 680 F Cfa contre 602 F Cfa pour la technologie traditionnelle pour 5 kg de soja transformé », renseigne l’étude.

Soja

Selon les chercheurs, le taux de rentabilité est de 31 % pour la transformation améliorée avec utilisation de moulin. Cela traduit une variabilité du niveau de rendement compte tenu de la zone de production mais aussi des techniques de production. Au-delà de la success-story technique qu’il est important de rappeler, il faut s’attarder sur le contexte économique, tant local que mondial. La Chine n’en est pas arrivée à être une pionnière par hasard. Elle a misé sur la consommation, transformant le pays en premier importateur de soja dans le monde. Aujourd’hui, avec l’amélioration des technologies, la valeur ajoutée est renforcée. Il y a donc de la matière pour les Pme et du potentiel pour l’économie locale.