Trois questions à Maryse Assogbadjo sur la Jif : « La question de l’égalité est aujourd’hui non négociable »

Par Fulbert Adjimehossou,

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Maryse Assogbadjo

Le monde prend de plus en plus conscience que sans égalité des sexes aujourd’hui, un avenir durable sera hors de portée. Mais faudrait-il encore que les médias, un secteur où l’on dénombre peu de femmes, puisse mieux porter le message. Journaliste au quotidien La Nation, spécialiste des questions liées au genre, Maryse Assogbadjo parle de son combat et des défis à relever.

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La Nation: En tant que femme journaliste, comment arrivez-vous à vous démarquer des hommes, dans un secteur visiblement machiste ?

Maryse Assogbadjo : Au fond, je ne sais pas si j’ai un mérite particulier. Dès que j’ai fait mes premiers pas dans ce milieu professionnel, tout de suite, j’ai saisi l’ampleur des défis. J’ai compris que je devrais fournir assez d’efforts pour évoluer au même titre que les hommes. Il est vrai que ce n’est pas toujours évident lorsqu’on se retrouve à être pratiquement la seule femme dans un milieu. Personnellement, j’ai essayé de vite m’adapter aux situations et au contexte. J’ai réalisé que je suis moi-même l’outil efficace pour ma propre visibilité et ma promotion dans le milieu de la presse. Un milieu que beaucoup de femmes fuient d’ailleurs en raison des contraintes qu’il impose. Mon défi, c’est de me faire confiance, d’essayer de m’adapter aux situations et de me faire valoir au plan professionnel. C’est aussi et surtout m’armer de courage afin d’engranger beaucoup de points sur le terrain professionnel. Je sais que déjà entre les hommes, la concurrence est dure. Donc, ce n’est pas à cause de mon sexe que quelqu’un me fera une faveur particulière. Contrairement à ceux qui pensent que les femmes sont le sexe faible, je pense que c’est une erreur. C’est tout à fait faux. Prises dans le même contexte ou dans la même situation que les hommes, les femmes font preuve de beaucoup d’intelligence, d’imagination et d’audace pour pouvoir elles-mêmes s’affirmer.

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L’édition 2022 de la Journée internationale de la Femme porte sur le thème : « L’égalité des sexes aujourd’hui pour un avenir durable ». Sommes-nous sur le droit chemin ?

Je pense qu’à travers ce thème, les Nations Unies sont conscientes qu’il faut absolument intégrer l’égalité des sexes dans tous les processus de développement. D’abord, pour permettre aux femmes d’atteindre leur potentiel, de se sentir dignes d’être femmes contributrices au développement. Aujourd’hui, tout le monde s’accorde à reconnaître la grande contribution des femmes au développement. Les Objectifs de développement durable (Odd) constituent un idéal qui ne saurait être réalisé sans l’apport des femmes. Que nous le voulions ou non, le pourcentage des femmes pèse beaucoup dans la balance démographique au Bénin et partout ailleurs dans le monde.
La question de l’égalité est aujourd’hui indiscutable, car le monde a besoin de cette complémentarité des femmes pour évoluer. L’avenir durable dont il est question, de mon point de vue, tient compte de plusieurs facteurs tels que les changements climatiques, l’accès à l’eau, à l’énergie, aux soins de santé, à la lutte contre la pauvreté, etc. Les femmes sont en amont et en aval de cette marche vers le développement. Si nous sommes convaincus de l’avenir du monde et de ce que l’horizon est porteur d’espoir et de prospérité, il nous faut aussi reconnaître qu’à la source de cette prospérité en devenir se trouvent de nombreuses femmes très actives, qui travaillent sans relâche. Le monde aujourd’hui sans les femmes ne l’est point. L’enjeu pour les femmes, quel que soit leur statut, a été toujours d’aider les décideurs, les dirigeants à changer de paradigme, à dégager une vision, à faire évoluer les mentalités, pour construire un monde durable pour tous.

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Revenons à votre secteur d’activité. Quelle est l’importance de cette égalité dans ce milieu où les femmes sont très peu présentes ?

L’un des secteurs les plus pauvres en effectif de femmes, c’est bien entendu celui des médias, notamment la presse écrite. Beaucoup de femmes préfèrent ne pas tenter cette aventure, car, bien souvent, elles la jugent assez contraignante. La presse dans son ensemble est déjà assez contraignante pour la femme, compte tenu de certains aléas. À tort ou à raison, les femmes sont traitées de tous les noms parce qu’elles exercent dans le secteur des médias. Le thème de la Jif 2022 doit porter plus son écho en direction du secteur des médias, pour rappeler aux femmes l’intérêt d’embrasser cette carrière, mais aussi rappeler aux promoteurs d’organes de faire davantage de place aux femmes professionnelles des médias. Le concept de sexe faible prévaut parfois au sein de certains organes. Il revient aux patrons de presse de s’approprier plus le concept d’égalité des chances afin de permettre aux femmes de libérer leur plein potentiel. Comme cela, nous aurons davantage de femmes qui exercent dans ces milieux. Autrement, si ça doit continuer à l’allure où les choses évoluent, nous risquons de ne plus avoir des femmes au sein des rédactions, notamment dans la presse écrite où les femmes se comptent du bout des doigts.