Une grève paradoxale

Par Paul AMOUSSOU,

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Des démocrates, des légalistes et des défenseurs des libertés publiques et de la Constitution béninoise, parlons-en, au regard de la paralysie des services publics orchestrée par les syndicats, en réponse au retrait de grève envisagé par une nouvelle disposition prise récemment par les députés et visant certains corps professionnels. 

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Retrait, de la possibilité de débrayage, envisagé, car en l’étape actuelle des choses, on ne saurait dire que cette nouvelle disposition est en vigueur, qu’elle fait partie du corpus législatif béninois. Et pour cause, la Cour constitutionnelle, seule habilitée à lui donner cette force, n’a pas encore validé la loi querellée. Elle ne fait, par conséquent, pas encore partie du droit positif béninois. Ce qui soulève donc la problématique des mesures de grève, on ne peut plus extrêmes, prises par les syndicats, celui des magistrats en premier.

Fins limiers de la traduction et de l’interprétation de la loi, ces derniers savent pourtant mieux que quiconque que le principe de précaution, en la matière, ne vaut pas des mesures aussi extrêmes de débrayage, car, procéder tel que les syndicats le font actuellement, c’est déjuger des sages de la Cour, sur qui pression est ainsi subrepticement exercée afin qu’ils ne rendent pas exécutoire la loi en cause. Pourquoi pas, si la loi répond au critère de constitutionnalité ? Auquel cas, force devra rester à la Constitution et… à la loi…querellée.  

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Ce procédé, la grève a priori, est d’autant plus paradoxal que les détracteurs de la loi qui redéfinit le statut de certains agents, s’en remettent à la Constitution en son article 31 qui donne, jurent-ils, droit intégral à la  grève. Aussi, soutiennent-ils, à raison sur le principe, ce que la loi fondamentale consacre, une loi secondaire ne peut passer outre ! Mais alors, pourquoi n’attendent-ils pas, en raison de cette incommensurable foi en la Constitution ainsi sacrée à juste titre, pourquoi donc ne prennent-ils pas leur mal en patience, sous réserve de la suite que donnera à cette disposition le seul organe, la Cour constitutionnelle en l’occurrence, tel que prévu par la Constitution en qui nous avons tous si foi ?

Biaisé le débat

Même vêtu opportunément du manteau du légaliste, lorsqu’on préfère porter, pour lire la Constitution, comme c’est le cas des détracteurs de la disposition dite de ‘’retrait de grève’’, des lunettes partiellement en bois et mi en verre, on pourra échapper difficilement au procès d’intention ou faire valoir sa bonne foi, car le débat est ainsi biaisé.

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Des raisons justes ?

Dans le cas d’espèce, dire que les motivations des ‘’grévistes’’ sont autres que la sauvegarde des ‘’libertés publiques’’ comme eux-mêmes l’allèguent, n’est pas aussi exagéré que déclencher un mouvement de débrayage qui défie le bon sens, 5 jours sur 5 comme à la justice. Ce qui d’ailleurs, de fait, met en relief la principale raison qui a conduit le Parlement à légiférer, à savoir contenir la propension, de certaines corporations dites justement ‘’sensibles’’, à prendre en otage les usagers pour satisfaire leurs intérêts basiquement corporatistes !

Il est un principe, dans toute République digne du nom, qu’aucune corporation ne doit s’imposer à l’Etat qui incarne l’intérêt général. Et à l’analyse, il est difficile de ne pas convenir de ce que les agents des secteurs de la santé, de la justice et de l’éducation, constituent de ces corporations qui tendent à s’imposer à l’Etat, en puissants lobbies qu’elles sont du fait de la sensibilité, c’est un secret de polichinelle, des domaines dans lesquels ces agents officient. Il est tout aussi difficile, de ne pas convenir aussi, que conscients de  leur toute puissance, ceux-ci en abusent quelque peu pour avoir gain de cause, obtenir satisfaction de leurs revendications. Revendications, dont la justesse n’est pas ici en cause, mais les procédés pour les satisfaire qui frisent l’abus voire un certain ‘’chantage’’, subtil mais chantage quand même, qui se veut puissamment coercitif. Y compris au péril de la vie humaine comme c’est  souvent le cas dans le secteur de la santé. 

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