Utilisation des services financiers: Un marché dynamique face aux défis d’inclusion

Par Claude Urbain PLAGBETO,

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La situation de l’inclusion financière dans la zone Uemoa en général et au Bénin en particulier s’est globalement améliorée au cours de l’année 2018. Toutefois, des efforts restent à fournir pour améliorer l’utilisation des services financiers, selon un rapport de la Bceao.

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Avec 74,5 % (contre 71,7 % en 2017), le Bénin a enregistré le taux d’inclusion financière le plus élevé de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) en 2018, suivi du Togo (71,9%), de la Côte d’Ivoire (70,4%), du Burkina (68,4%), du Sénégal (67,0 %) et du Niger (13,9%).  Le pays enregistre l’indice synthétique d’inclusion financière (Iif) (calculé à partir de tous les indicateurs) le plus élevé de la zone avec 0,60 devant la Côte d’Ivoire (0,52), le Burkina (0,51), le Sénégal (0,50), le Togo (0,45), le Mali (0,38), le Niger (0,26) et la Guinée-Bissau (0,19), selon le Rapport sur la situation de l’inclusion financière dans la zone Uemoa au cours de l’année 2018.
Cette performance du Bénin s’explique notamment par une progression du taux de pénétration démographique des services financiers décentralisés (Tgpsfd) chiffré à 115 points de services pour 10 000 adultes. Il est suivi du Burkina (62 points), de la Côte d’Ivoire (60), du Mali (56), du Sénégal (53). Le rapport publié en octobre dernier par la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) indique que le taux global dans l’Union a connu une hausse de 16 points, passant de 40 points de services pour 10 000 adultes en 2017 à 56 points de services pour 10 000 adultes en 2018. Une hausse qui, précise le document, se justifie par l’augmentation des infrastructures de distribution des services de monnaie électronique. En effet, les boutiques et kiosques proposant des services «Mobile money » se multiplient aux coins de la rue dans les villes et campagnes, avec l’appui des réseaux de téléphonie mobile (Gsm). Ces établissements utilisent un réseau de distribution de proximité pour offrir leurs services et ne nécessitent pas un investissement lourd. En la matière, le Bénin a enregistré la plus grande progression entre 2017 et 2018 en gagnant +46 points, suivi de la Côte d’Ivoire (+25 points) et du Burkina (+19 points) alors que des pays ont plutôt enregistré une baisse sur la même période comme le Togo (-2 points).
En termes de taux global de pénétration géographique des services financiers (Tgpsfg), le Bénin est également devant avec 645 points de services sur 1000 km2 en 2018, suivi de la Côte d’Ivoire (293) et du Togo (259). La moyenne de la répartition géographique des points d’accès dans la sous-région est 111 points de services sur 1000 km2 en 2018 contre 76 en 2017.
Le taux d’inclusion financière ou taux global d’utilisation des services financiers (Tgusf) dans
l’Uemoa est estimé à 57,1 % en 2018 contre 53,6 % en 2017, soit une augmentation  de 3,5 %. Nonobstant cette évolution, de nombreux défis restent à relever pour une meilleure utilisation des services financiers par les populations.

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Chantiers

La Bceao compte déployer un programme régional d’éducation financière, avec l’appui de la Coopération Suisse, afin de mettre à la disposition des populations et des petites et moyennes entreprises, des modules appropriés pour non seulement améliorer leur culture financière mais aussi leur permettre d’opérer les choix qui conviennent à leurs besoins. Un laboratoire d’innovations financières est envisagé pour accompagner et stimuler, à travers des politiques et réglementations adaptées, les évolutions dans la conception et la distribution de produits et services financiers.
Au niveau des Etats, un accent particulier devra être mis sur l’élaboration de la stratégie nationale et la coordination des initiatives en matière d’inclusion financière et la mise en place d’un dispositif statistique de suivi des progrès réalisés en la matière, selon le rapport publié par la Bceao. En fait, un problème récurrent d’indisponibilité à temps des données fiables sur la demande et l’offre financière se pose encore avec acuité dans tous les Etats de l’Union.
Au Bénin comme ailleurs, les performances en matière de bancarisation sont apparues relativement faibles au cours de l’année 2018. L’innovation et l’introduction du numérique dans la conception et la commercialisation des offres de ces institutions, réputées plus proches des populations, surtout en zone rurale, contribueront à renforcer davantage l’utilisation des services de la microfinance. Car, les chiffres cachent un certain décalage avec la réalité, en ce sens que plusieurs comptes sont détenus par une et même personne, dans une ou plusieurs institutions financières. Un problème de « multibancarité » qu’entend résoudre la Banque centrale à travers la mise en place d’un système d’identification unique des usagers des services financiers, dans le cadre de la mise en œuvre de la stratégie régionale d’inclusion financière de l’Uemoa. Cet outil devrait favoriser un meilleur ciblage des utilisateurs et améliorer le suivi de la situation de l’inclusion financière.
Les performances en termes de répartition géographique des points des services financiers pourraient être également améliorées avec la géolocalisation des points de services appuyée par une stratégie de développement. A ce propos, la Bceao envisage un système qui permettra de réduire l’asymétrie d’information sur la disponibilité des services financiers et d’assurer un maillage exhaustif de la zone Uemoa.
Pour l’assainissement et le renforcement du secteur de la microfinance qui constitue un des vecteurs de l’inclusion financière dans l’Union, les efforts devront être poursuivis en termes de digitalisation des paiements des administrations financières. Cela contribuera à la modernisation des circuits de paiement et à la numérisation des services des administrations publiques (pensions de retraite, programmes d’aide sociale, paiement des obligations fiscales et sociales). Une étude est en cours, en collaboration avec la Banque mondiale, pour aboutir à l’élaboration d’un rapport sur la digitalisation des paiements des Etats de l’Union et d’un guide de bonnes pratiques.
Par ailleurs, la révision de la loi portant réglementation des systèmes financiers décentralisés et de celle portant réglementation bancaire dans l’Union monétaire ouest-africaine (Umoa) est envisagée dans le but de consolider les acquis du secteur de la microfinance dans l’Union et de maîtriser les risques d’une part, et de finaliser les réformes réglementaires et opérationnelles mises en œuvre par la Banque centrale depuis 2010 d’autre part.