Valorisation des déchets au Bénin: De grands enjeux pour l’assainissement

Par Fulbert Adjimehossou,

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Dispositif pour transformer les déchets au Benin

Bien que considérés comme de l’or, les déchets constituent encore un casse-tête en milieu urbain au Bénin. Mais les initiatives se multiplient pour donner de la valeur à ces matières et relever le défi de l’assainissement.

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D’une fosse septique à une microturbine, il n’y a qu’un pas. A Akassato, dans la commune d’Abomey-Calavi, Hénock Gnanga a mis en place un dispositif pour produire de l’énergie à partir des excréments. « Il suffit de tirer la chasse d’eau pour que les déjections parviennent au biodigesteur. Le biogaz produit alimente le groupe électrogène. C’est si simple que ça », explique cet expert en énergies renouvelables. En effet, au Bénin, le gaz domestique est cédé à environ 600 F Cfa le kilogramme. Il n’est pas accessible à toutes les couches, du fait du pouvoir d’achat limité. Beaucoup continuent de faire usage du charbon de bois, principale cause de la déforestation. Pendant ce temps, les boues de vidange peuvent être valorisées. Formé au centre Songhaï, Hénock Gnanga a mis en œuvre le système et le promeut à Cotonou et ses périphéries. D’autres déchets sont aussi sollicités pour produire le méthane. Beaucoup de ménages et d’unités de production se sont approprié le dispositif pour se mettre à l’abri des factures d’électricité. « Au départ, j’ai pensé que le biodigesteur me reviendra très cher. Mais avec le temps, surtout que j’ai associé le solaire, je ne paye plus de facture. Il n’y a que les frais de maintenance », confie Eustache F., un utilisateur.
Les bénéfices sont surtout attendus dans le sous-secteur de l’assainissement. Les boues de vidange sont envoyées vers la station de traitement de Sèmè-Podji, en attendant la finalisation d’une station plus moderne. Mais, les ménages prennent parfois du temps pour décider enfin de vider leurs fosses. « Ils vous disent qu’ils n’ont pas les moyens. Ils attendent des mois, le temps de polluer suffisamment. Parfois, ils prennent des briques pour fermer d’abord », renseigne Atachi Gnacadja, vidangeur depuis une décennie. Cette situation, dit-il, est souvent expliquée par des difficultés économiques, surtout au regard de l’insistance des ménages à négocier les tarifs qui sont de 70 000 F Cfa pour une fosse de 12 m3 et de 35 000 F pour les fosses de 6 m3.
Pourtant, ces matières valent de l’or et peuvent être bénéfiques de manière insoupçonnable.
« Nous avons accompagné une expérience de compostage des déchets de boues de vidange au Ghana dans les années 2010. Les résultats sont hallucinants. Je ne sais pas pourquoi on n’est pas passé à l’échelle depuis », déplore Félix Adégnika, expert en hygiène et assainissement.

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Penser aux déchets ménagers

Avec les tonnes de déchets générés au Bénin par les villes, une partie peut servir à apporter de la lumière et une autre pour doper l’agriculture. « Les déchets permettent aujourd’hui de produire, non seulement de l’électricité, mais aussi de l’engrais organique pour la fertilisation des sols. Selon les types de déchets, nous avons la possibilité d’avoir la gazéification, c’est-à-dire la mise sous forme de pyrolyse pour en tirer le gaz. Cependant, la valorisation la plus simple et disponible dans le monde, c’est le biogaz. C’est-à-dire, la transformation en gaz et en engrais organique », démontre Hénock Gnanga.
Mais pour en arriver à des transformations à grande échelle, il y a des contraintes à prendre en compte, en raison des caractéristiques des déchets produits au Bénin. « Nos déchets ménagers n’ont pas un bilan calorifique intéressant par leur composition :
près de 50 % de matières putrescibles, près de 30 % de matières fines (sable de balayage), 3 % de métalliques sans aucun pouvoir calorifique dans l’état. Comparés aux déchets des pays occidentaux, c’est plus de 60 % de cartons et de papiers d’emballage », fait remarquer Félix Adégnika.
Ainsi, c’est possible de transformer les déchets ménagers en énergies. Mais il y a un coût environnemental à payer. « Ce n’est pas compliqué. Si on va produire de l’énergie, ce sera pour des enjeux environnementaux et non pour l’économie. Le coût de production va être largement supérieur au coût de production des autres sources d’énergie. En revanche, la valeur sûre pour la valorisation des ordures ménagères au Bénin, c’est la transformation en amendement agricole, en compost ».
Au Bénin, les émissions totales des gaz à effet de serre s’établissent à environ 14,1 Méga tonne Equivalent-CO2 avec une grande contribution du secteur de l’énergie. Si rien n’est fait, le total des émissions globales cumulées sur la période 2021-2030 pourrait avoisiner 306,1 Mt E-CO2. Transformer les déchets devrait favoriser l’assainissement, mais aussi réduire la présence de ces gaz dans l’atmosphère. « Aujourd’hui, il nous faut absolument limiter notre empreinte carbone », martèle Christian Hounkannou, représentant de l’organisation 350 en Afrique. C’est donc une piste prometteuse.

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