Violences en milieu sanitaire: Le calvaire des femmes

Par Maryse ASSOGBADJO,

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Dans certaines formations sanitaires, des femmes sont exposées à des violences de la part des accoucheuses. Plusieurs gestantes, parturientes ou accouchées vivent ce calvaire, mais très peu d’entre elles arrivent à briser la loi de l’omerta, par peur d’être stigmatisées ou de subir les remontrances de femmes en blouse rose qui se rendent coupables de ce genre de pratiques. Les violences en milieu sanitaire frisent parfois la méchanceté et trahissent le serment prêté par les sages-femmes.

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Novembre 2018. Un corps sans vie abandonné à même le sol au petit matin du mercredi dans un Centre hospitalier de Cotonou. Gisèle (nom d’emprunt), alors âgée de 18 ans attendait son premier enfant. Elle et son bébé se sont débattus contre la mort de 6 h du matin à 11 h, dans l’espoir d’un secours au sein de l’hôpital. En vain. Trop tard pour les ramener à la vie. Car, elle a été confrontée au refus d’admission à la maternité par la responsable de garde. La scène est insoutenable aux yeux des usagers. Difficile de consoler le mari de Gisèle. Mais l’irréparable est déjà fait.
Deuxième semestre de 2018. Marlène (nom d’emprunt), une gestante, la trentaine, est terrifiée par une scène de violence d’une sage-femme sur une parturiente en salle d’accouchement. Déconcertée par l’incident dont elle a été témoin, elle a dû courir vers la surveillante générale de l’hôpital d’alors, pour s’en plaindre, car craignant aussi pour sa vie.
Ces faits ne sont pas isolés. Le niveau d’humanisation des soins et de respect des droits des patients laisse encore à désirer dans certains hôpitaux de la place. Mercredi 30 juin 2021. Flore S., en état de grossesse de quatre mois, s’est rendue au centre de santé d’Akassato aux environs de 9 h dans l’intention d’obtenir rapidement soulagement aux maux de ventre qui l’ont torturée toute la nuit. Une fois à l’hôpital, commence pour elle un autre calvaire: elle doit prendre son mal en patience pour supporter les caprices d’une sage-femme qui n’en faisait qu’à sa tête.
« J’ai beaucoup insisté, j’ai dû la supplier pour qu’elle m’examine ce jour-là. J’ai été très choquée d’entendre la sage-femme me répondre que les maux de ventre d’une femme enceinte sont récurrents et qu’elle ne pouvait pas m’examiner immédiatement. Pourtant, si je pouvais résister à la maison, je ne me serais pas rendue à l’hôpital », raconte-t-elle, l’air hébété.
Même si cette expérience l’a convaincue de changer d’hôpital pour ses soins, elle en garde encore l’amer souvenir. « La sage-femme a semblé banaliser mes douleurs, arguant que mon malaise ne pourra pas me tuer. Pour me faire l’injection intramusculaire et intraveineuse, elle ne m’a même pas fait coucher. Je suis restée assise sur un banc en lui tendant mon bras. Je n’ai même pas eu droit à un lit sur lequel je pouvais m’allonger lors de la mise en observation», s’offusque Flore S.
Les témoignages sur les violences en milieu sanitaire sont légion dans les centres de santé publics. Accouchées, gestantes et parturientes sont souvent soumises au diktat des agents à la maternité dans des hôpitaux pourtant dits de référence. Les plus sensibles parmi les patientes cèdent au rançonnement des brebis galeuses tapies dans les rangs des femmes en blouse rose dans l’optique de bénéficier d’une meilleure prise en charge.
Le phénomène est souvent décrié, mais peu de femmes l’exposent publiquement, par peur de subir la ‘’foudre’’ de sages-femmes lors des prochaines consultations. Les plus aisées se réfèrent aux cliniques pour être à l’abri du mal.

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Une profession pourtant noble

Selon l’Oms, « l’Afrique subsaharienne enregistre chaque année deux cent mille décès maternels ainsi qu’un million de décès de bébés au cours des quatre premières semaines de la vie ». Ces données confirment le rôle primordial des sages-femmes dans la vie des gestantes et des nouveau-nés.
Les sages-femmes sont en amont et en aval de toute naissance, mais c’est sans compter avec les dérives de certaines d’entre elles qui ternissent l’image de la corporation.
« Une couverture de 95 % des soins dispensés par des sages-femmes permettrait d’éviter 67 % des décès maternels, 65 % des fausses couches, 64 % des décès néonatals et sauverait 4,3 millions de vies par an d’ici à 2025», indique l’Oms à l’occasion de la Journée internationale des sages-femmes, édition 2021. C’est dire que la survie des gestantes, des accouchées et des nouveau-nés dépend en grande partie des sages-femmes.
La liste des missions de ces professionnelles de la santé n’est pas limitative : diagnostic, déclaration et suivi de la grossesse, préparation à la naissance et à la parentalité, diagnostic et suivi du travail par la mère, accouchement, visite post-natale, échographies obstétricales et gynécologiques, pose et retrait des Diu et implants dans le cadre de la planification familiale, …
Certaines personnes n’hésitent pas à les qualifier de ‘’demi-dieu’’, au regard de la noblesse de leur mission. Un privilège dont certaines femmes en blouse rose abusent.
Annick Nonohou, sage-femme diplômée d’Etat, présidente du Réseau des soignants amis des patients, a décidé de jouer sa partition en criant haro sur ces pratiques. Depuis quelques années, elle travaille à faire reculer les limites de la violence en milieu sanitaire à travers l’écoute, les sensibilisations, les conseils à ses collègues et consœurs ainsi qu’aux usagers, en vue de la promotion de l’humanisation des soins au Bénin.
« Les violences obstétricales sont une réalité au Bénin. Elles ont des conséquences négatives sur la gestante, la parturiente, l’accouchée, le nouveau-né, le couple et la famille », relève-t-elle.
L’Etat gagnerait à assurer la veille permanente sur la qualité de la prise en charge des patients en vue d’enrayer ce phénomène. La vulgarisation des droits et devoirs aussi bien des usagers des maternités que des personnels sanitaires, revêt aussi un grand intérêt.

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