Wenceslas Adjognon-Monnon à propos des ambitions du gouvernement pour le vodoun : « Il y a un engagement fort pour en faire un produit touristique phare »

Par La Redaction,

  Rubrique(s): Culture |   Commentaires: Commentaires fermés sur Wenceslas Adjognon-Monnon à propos des ambitions du gouvernement pour le vodoun : « Il y a un engagement fort pour en faire un produit touristique phare »

« Il y a un engagement fort pour en faire un produit touristique phare »Wenceslas Adjognon-Monnon

Le gouvernement béninois a opté pour la valorisation du patrimoine immatériel du pays à travers un vaste programme et de nombreux investissements. Le Vodoun se trouve en pole position de cette initiative qui veut proposer au reste du monde l’une des particularités du Bénin. Wenceslas Adjognon-Monnon, directeur du programme Tourisme de l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme, évoque à travers cet entretien, l’engagement et les actions du gouvernement, de même que la dimension culturelle et touristique du Vodoun.

LIRE AUSSI:  Après sa nomination en Conseil des ministres : Eric Hector Hounkpè prend fonction au FITHEB ce jour


La Nation : Le Bénin a célébré ce 10 janvier, la fête des religions endogènes Selon vous, une telle célébration a-t-elle encore sa raison d’être ?

Wenceslas AdjognonMonnon : C’est une fête qui nous honore parce qu’elle est appréciée de tous les Béninois, pas forcément à cause de la dimension touristique et culturelle qu’elle revêt. C’est une fierté et c’est quelque chose dont nous devrions savoir tirer les profits nécessaires pour en faire une journée de découverte sur le plan national afin que les gens puissent découvrir. les richesses culturelles et cultuelles de leur pays. Nous autres à l’Agence nationale de promotion des patrimoines et de développement du tourisme (Anpt), nous n’avons pas vocation à entrer dans le culte. Par contre, le volet culturel nous intéresse au plus haut point et c’est cela que nous nous évertuons à faire connaître d’abord à nos concitoyens puis après à la sous-région et sur le plan international.

Depuis plus de cinq ans déjà que le gouvernement a entrepris des réformes dans les secteurs de la culture et du tourisme, quel bilan peut-on faire aujourd’hui ?

Il faut savoir que nous sommes une destination en cours de programmation. Nous sommes structurés. Le chef de l’Etat a une vision claire et cette vision est de faire du Bénin un pays à haute valeur touristique, un pays où nous deviendrons incontournables dans le dispositif touristique de l’Afrique. Pour cela, nous avons plusieurs richesses. On peut faire toutes les activités touristiques qu’on veut au Bénin en dehors de la neige. Nous avons aussi quelque chose de particulier que personne n’a, qui est le Vodoun qui nous caractérise. Aujourd’hui, tout le monde en a peur parce que quand vous êtes au Cameroun ou ailleurs dans le monde et que vous dites ‘’Vodoun’’, on pense plutôt à la poupée sur laquelle on met des aiguilles pour faire du mal alors qu’il n’en est rien.
Pour que l’individu lambda comprenne qu’il n’en est rien, il faut le promouvoir. Cette promotion passe par la culture du Vodoun et non le culte Vodoun. Dans cette culture, ce gouvernement est le seul à avoir mis sur la table les moyens pour faire du Vodoun un produit touristique. C’est depuis 2016 qu’il y a eu un engagement fort de faire du Vodoun un produit touristique phare. Ceci dit, on n’improvise pas parce qu’on va toucher à des clichés qu’il va falloir gommer, nettoyer et cela nécessite de la préparation. C’est dans cette préparation que nous sommes. Depuis cinq ans, nous avons élaboré une stratégie sous la vision du président Patrice Talon. Ensuite, nous avons conçu un produit qui s’appelle la ‘’Route des couvents vodoun’’ qui dans sa phase initiale va englober cinq couvents. Ces cinq couvents vont se compléter avec des divinités qui ne sont pas les mêmes. Il y a ‘‘Mami wata’’, ‘‘Hêbiosso’’, ‘’ Sakpata’’, ‘‘Akabaidéna’’ ‘‘Mawulissa’’. Les couvents sont en cours de réhabilitation et dans ses réhabilitations, on crée des espaces de préparation que nous appelons ‘‘La case patrimoniale’’ parce qu’on n’entre pas dans un couvent comme on entre dans une église. Nous préparons les guides qui vont permettre de faire la médiation entre les visiteurs et le couvent. On prépare aussi le produit qu’on va pouvoir présenter aux visiteurs. C’est cet ensemble que nous sommes en train de finaliser. Les constructions physiques sont en cours. Il y a deux couvents qui ont bien évolué dans leur phase préparatoire à savoir le couvent ‘’Sakpata’’ à Ouidah et le couvent ‘’Hêbiosso’’ à Sokè.

LIRE AUSSI:  Journée du livre du Bénin: Les romans policiers de Dominique Titus célébrés

Le gouvernement est dans la logique de la valorisation du vodoun au même titre que le tourisme. Quel peut être l’intérêt d’une telle option ?
Le tourisme est global. Le tourisme, c’est une famille d’activités. Le vodoun est un produit dans cette activité. On a du balnéaire, du culturel. Nous avons aussi l’histoire de l’esclavage sans oublier le pèlerinage de Dassa-Zoumé qui est un produit touristique. Aujourd’hui, nous avons le vodoun qui est une religion mais de cette religion, nous pouvons tirer un intérêt touristique. Cela a un double sens pour nous, c’est-à-dire le sens de déconstruire tout ce que l’imaginaire a eu le temps de s’inventer sur le vodoun puis de faire découvrir ces lieux souvent magnifiques dans lesquels se pratique cette religion. Le vodoun est au profit du tourisme béninois.

Quelle est la vision du gouvernement pour la dimension culturelle et touristique du Vodoun ?

La vision du gouvernement, ce n’est pas de rechercher la conversion de quiconque. C’est pour ça que les couvents sont structurés. Il y a des cours extérieures et aussi des filtres. Nous nous arrêtons à la frontière de ce qu’on peut montrer à un visiteur. La vision du gouvernement est de dire que le côté non sacré de la chose peut être montré. Ensuite, on explique aux gens qu’il y a des interdits et c’est pour ça qu’on prépare le visiteur à s’imprégner de la chose pour pouvoir comprendre ce qu’on va lui expliquer pour qu’il soit en immersion.

LIRE AUSSI:  Bonou: Célébration des religions endogènes

Quels sont les perspectives dans le secteur ?

Parlant de perspectives, on a cinq couvents pilotes. Après, on va monter à quinze couvents et forêts sacrées dans le Bénin. Tout ceci génère des emplois, de l’économie dérivée et c’est aussi un produit d’appel. Il y a un label de sérieux qui se met en place pour tous ceux qui ont fait la divination du Fâ. Et ce sont des gens qui auront des engagements avec le gouvernement. Nous tendons à une certification du produit dérivé du vodoun dans le tourisme béninois.

Pourquoi un comité spécial vodoun a été récemment mis en place ?

Le comité a pour but de choisir des gens capables de réfléchir à une thématique précise. Le comité est constitué de gens de différents corps pouvant comprendre et expliquer ce que c’est que le Vodoun. Ce comité est aussi là pour éclairer le chef de l’Etat sur ce qu’ils ont récolté comme informations, quitte à ce dernier, de donner des instructions pour qu’on ait un musée le plus complet possible. Vous savez, nous sommes dans une tradition, hélas très orale. Il y a très peu d’écrits.

LIRE AUSSI:  Fête des religions endogènes: Appel à la concorde et à la tolérance à Natitingou

L’aménagement d’une route des couvents est l’une des réalisations phares attendues. Le projet a-t-il enfin démarré ?
Le projet de la route des couvents a démarré, il y a un moment déjà. En général, dans tous les projets, on ne voit que la partie réalisation. Pas forcément la partie conceptualisation ni préparation. Aujourd’hui, il y a deux couvents qui sont presque terminés. D’ici quelques semaines, les deux premiers projets vont être livrés par les entreprises.

Qu’en est-il du projet de création du musée du Vodoun à Porto-Novo ?

Ce projet avait été légèrement différé pendant un temps. Là aussi, cela fait partie de ce qu’on va mettre à l’actif du gouvernement qui est de dire que, même si nous avons prévu de faire quelque chose, nous allons poursuivre les analyses et affiner le sujet. Ce musée est maintenant dans une phase beaucoup plus concrète. Nous avons aujourd’hui, la capacité d’apprécier ces travaux et de proposer quelque chose de plus correct. Nous avons effectivement abandonné la forme qui était prévue sur le musée vodoun de PortoNovo, qui sera plus enrichie dans son contenu que son contenant.
A partir de quand, la population et les touristes peuvent-ils enfin jouir de ces édifices ?

Pour les couvents, c’est à partir de cette année 2022 et pour le musée du vodoun, nous allons dire fin 2023.

Réalisé par Josué F MEHOUENOU & Isidore GOZO