La Nation Bénin...
Les quatre ministres du gouvernement de Patrice Talon élus députés au terme des dernières législatives se retrouvent face à un dilemme stratégique. Rester à l’Exécutif ou rejoindre le Parlement pour un mandat de sept ans.
Quel sort pour ces ministres-députés ? Peuvent-ils espérer un retour au gouvernement dans un contexte de fin de régime ? Et surtout, quelle place leur sera réservée dans la recomposition politique annoncée autour de Romuald Wadagni, largement pressenti comme le prochain président de la République ? Entre prudence politique et repositionnement stratégique, chacun prépare l’avenir. A l’heure où le régime du chef de l’Etat Patrice amorce ses derniers actes, le mandat parlementaire apparaît comme un refuge stratégique pour plusieurs ministres fraîchement élus députés. Dans le contexte actuel, chaque siège parlementaire vaut bien plus qu’un fauteuil ministériel en fin de mandat. Les législatives apparaissent ainsi non seulement comme un renouvellement parlementaire, mais aussi comme un positionnement politique personnel pour plusieurs figures clés du gouvernement. Être élu député dans ce contexte n’est pas anodin. Le mandat parlementaire, désormais étendu à sept ans, offre une sécurité politique et une visibilité institutionnelle durable, bien au-delà de la durée de vie du gouvernement actuel.
L’option parlementaire comme sortie élégante ?
Dans la 10? circonscription électorale, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Yayi Éléonore, a remporté le siège réservé aux femmes. Présente au gouvernement depuis de nombreuses années, elle incarne une stabilité technocratique et une fidélité au système Talon. Son élection ouvre cependant une perspective nouvelle. A l’heure où le régime arrive à son terme, le Parlement pourrait constituer pour elle un espace de reconversion politique naturelle, loin des contraintes quotidiennes de l’exécutif. Un mandat de sept ans lui offrirait non seulement une fin de carrière institutionnelle apaisée, mais aussi la possibilité de continuer à peser sur les politiques publiques, autrement. Dans son cas, le choix de siéger paraît plausible, sinon logique.
Autre femme ministre élue sur un siège réservé, dans la 13? circonscription électorale, la ministre de l’Industrie et du Commerce, Assouma Alimatou Shadiya, se retrouve face à une équation plus complexe. Sa suppléante, Karim Tidjani Mounifa, a déjà siégé à l’Assemblée nationale lors de la législature sortante. Ce détail laisse planer le doute : la ministre choisira-t-elle de rester au gouvernement en laissant son siège à une élue expérimentée, ou décidera-t-elle de faire le saut vers le Parlement ? Dans un contexte de fin de régime, le maintien au gouvernement n’offre aucune garantie de continuité. A l’inverse, le Parlement assure une stabilité institutionnelle immédiate. Le choix n’est donc pas uniquement personnel. Il est aussi et surtout stratégique.
Abdoulaye Bio Tchané, le Parlement ou le perchoir
Le cas le plus scruté reste sans doute celui du ministre d’Etat Abdoulaye Bio Tchané, élu premier titulaire sur la liste du Bloc républicain dans la 13? circonscription électorale. Ancien ministre des Finances sous le président Kérékou, ancien directeur Afrique du Fonds monétaire international, ancien président de la Banque ouest africaine de développement, Bio Tchané est un poids lourd de la scène politico-économique nationale et internationale. S’il y a une barrette qui manque encore à son galon, c’est bien celui de président d’institution au Bénin. L’heure a enfin sonné, qui sait ? Ce qui est certain, c’est que peu d’analystes l’imaginent simple député de rang. Dans certains cercles politiques, son nom circule avec insistance pour le perchoir. Une fonction qui correspondrait davantage à son profil institutionnel et à son expérience. Des sources concordantes évoquent par ailleurs une série de réunions aux allures d’au revoir au sein de son ministère, ces derniers jours. Des signaux interprétés comme les prémices d’un départ de l’Exécutif, non pas vers une retraite politique, mais vers une nouvelle responsabilité majeure.
Elu premier titulaire sur la liste de l’Union progressiste le Renouveau dans la 22? circonscription, le ministre du Tourisme, de la Culture et des Arts, Jean-Michel Babalola Abimbola est sans doute celui dont le profil se prête le plus naturellement à un départ de l’Exécutif. Deux fois ministre du même portefeuille, sous deux régimes différents, il a démontré une capacité d’adaptation politique rare et une longévité certaine. Pour nombre d’observateurs, l’essentiel de son apport ministériel est déjà acté. Son entrée au Parlement pourrait ainsi apparaître comme une évolution logique, voire une transmission assumée des nombreux chantiers du tourisme et de la culture au prochain gouvernement, que le futur président Romuald Wadagni aura à constituer.
Des garanties de retour sous Wadagni ?
Les ministres qui quitteraient le gouvernement ont-ils des garanties de revenir servir aux côtés de Romuald Wadagni ? Dans la pratique politique béninoise récente, aucune garantie formelle n’existe. Le futur président, quel qu’il soit, cherchera à imprimer sa marque, composer son équipe et équilibrer fidélité, compétence et renouvellement. Pour beaucoup, le mandat parlementaire apparaît donc comme une assurance politique dans un moment d’incertitude maîtrisée. Choisir le Parlement aujourd’hui, c’est ne pas dépendre entièrement des recompositions à venir. Les ministres élus députés sont face à un arbitrage qui décidera de leur sort politique. Certes, ils ont le loisir de rejoindre le palais des Gouverneurs dès que le cœur leur en dira mais le plus important, c’est de sécuriser l’avenir politique. Ce qui, pour l’heure, passe uniquement par le Parlement. Dans ce jeu d’anticipation, une certitude s’impose à savoir qu’aucun avenir politique n’est garanti par avance. Au final, ce ne sont pas seulement des départs ou des maintiens qui se jouent, mais la cartographie du pouvoir politique de demain. Plus qu’un choix personnel, leur décision est un signal politique. Elle dira comment les élites se projettent dans l’après-Talon.
Assemblée nationale