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Diplomatie économique: A Addis-Abeba, Romuald Wadagni plaide la cause de l'industrialisation africaine

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Le président de la République aux côtés du premier ministre éthiopien Le président de la République aux côtés du premier ministre éthiopien

Le président béninois s'est rendu, ce lundi 13 juillet, à Addis-Abeba, où il a pris part comme invité d'honneur à la retraite stratégique du plan VII d'Afreximbank, devant un parterre d'acteurs de la finance et de la gouvernance continentales, avant un tête-à-tête et une séance de travail avec le premier ministre éthiopien Abiy Ahmed au palais Menelik. Le sujet du jour : les obstacles qui, d'un pays à l'autre, continuent de faire échouer les tentatives d'industrialisation de l'Afrique.

Par   Jonas KOUYOU (Collaboration extérieure), le 14 juil. 2026 à 07h14 Durée 3 min.
#industrialisation africaine

Il est encore tôt, ce lundi 13 juillet, lorsque l'avion de Romuald Wadagni se pose sur le tarmac de l'aéroport Bole d'Addis-Abeba. Au pavillon présidentiel, le vice-premier ministre éthiopien Tiruneh Temesgen l'accueille, avant que le chef de l'État béninois ne reçoive en audience le docteur George Elombi, président-directeur général d'Afreximbank. Quelques heures plus tard, le voici à la tribune de la retraite stratégique de la banque, invité d'honneur d'un panel réunissant un parterre de financiers, de responsables publics et d'opérateurs économiques du continent. Au centre de l'attention, un chef d'État plus jeune que la plupart de ses interlocuteurs, mais rompu depuis une décennie aux arcanes du financement du développement : l'ancien ministre de l'Economie et des Finances du Bénin, devenu président de la République en mai 2026.

Ce plateau, réuni pour une session au libellé sans détour, «pourquoi les gouvernements échouent toujours à s'industrialiser », n'a rien d'un simple exercice protocolaire, même si le président béninois n'aura fait qu'y intervenir avant de rejoindre d'autres rendez-vous : les trois journées de travaux internes qui suivent, consacrées à la priorisation stratégique de la banque, se dérouleront sans lui. Cette session constitue néanmoins le point d'orgue de la première journée d'une retraite de quatre jours consacrée à l'élaboration du plan stratégique VII de la Banque africaine d'import-export, la feuille de route qui doit orienter, pour les années à venir, des milliards de dollars de financements destinés au continent. Face à un « monde fracturé » et à une déglobalisation accélérée, Afreximbank entend transformer ces turbulences internationales en levier de transformation structurelle pour l'Afrique, à travers trois priorités assumées : la transformation locale des minerais stratégiques, la création de zones économiques spéciales réellement compétitives et la numérisation transfrontalière des échanges, notamment via le système panafricain de paiement et de règlement, Papss.

Dans cette architecture, la présence du chef de l'État béninois n'a rien d'anodin. Aux côtés du docteur George Elombi, président d'Afreximbank, et de figures telles que le professeur Jeffrey Sachs, de l'université Columbia, ou Carlos Lopes, ancien secrétaire exécutif de la Commission économique pour l'Afrique, Romuald Wadagni apporte à ce panel une double compétence rarement réunie : celle du technicien qui a longtemps maîtrisé, depuis Cotonou, les mécanismes fins de la dette souveraine et des marchés financiers régionaux, et celle du chef d'État désormais confronté, au quotidien, aux résistances politiques et bureaucratiques qui font dérailler jusqu'aux réformes les mieux conçues.

Glo-Djigbé, une expérience convoquée à mots couverts

Le choix du Bénin comme partenaire de cette session présidentielle s'éclaire aussi à la lumière d'un autre nom présent dans la salle ce jour-là : celui de Gagan Gupta, fondateur et directeur général d'Arise Integrated Industrial Platforms, qui présente en fin de matinée les conditions de succès des zones industrielles bancables. Le groupe Arise Iip est précisément le partenaire du gouvernement béninois dans le développement de la zone industrielle de Glo-Djigbé, devenue en quelques années une référence régulièrement citée dans les cénacles panafricains du développement industriel. En associant le président béninois à ce débat sur les pièges de l'industrialisation, Afreximbank ne fait donc pas seulement appel à un allié diplomatique : elle convoque, à mots couverts, l'expérience d'un pays qui a choisi de faire de l'industrialisation par les chaînes de valeur locales l'un des axes de sa politique économique.

Un détour par le palais Menelik

La séquence financière achevée, c'est vers les hauteurs de la capitale que se déplace le président béninois. Au palais Menelik, siège historique du pouvoir éthiopien, Abiy Ahmed Ali, premier ministre et chef du gouvernement, prix Nobel de la paix, l'accueille pour un tête-à-tête. Les deux hommes se retrouvent ensuite entourés de leurs délégations, autour d'une table de travail consacrée au renforcement de la coopération bilatérale entre Cotonou et Addis-Abeba et à quelques dossiers d'intérêt commun. Le rapprochement n'a rien d'anecdotique : l'Éthiopie, deuxième pays le plus peuplé du continent et siège de l'Union africaine, demeure un partenaire recherché pour un Bénin qui entend diversifier ses appuis diplomatiques au-delà de son environnement ouest-africain immédiat. En fin d'après-midi, le chef de l'État reprend le chemin de Cotonou, sa journée éthiopienne bouclée en quelques heures.

Peser sur les futurs guichets de la banque

Au delà du symbole, c'est bien une clarification stratégique qui se joue à Addis-Abeba, même si elle tient en une heure de tribune plutôt qu'en une présence prolongée. En venant y défendre, devant les grandes signatures financières du continent, l'expérience béninoise de l'industrialisation par les chaînes de valeur locales, Romuald Wadagni s'assure que les priorités de développement de l'Afrique de l'Ouest restent présentes dans les discussions qui structureront, dans les prochains mois, les futurs guichets de financement de la banque panafricaine. Pour un pays qui a fait du renforcement de ses partenariats financiers internationaux l'un des marqueurs de sa diplomatie économique depuis l'installation du nouveau pouvoir, cette double présence, à la table des grandes signatures du continent le matin, au palais Menelik l'après-midi, vaut, à elle seule, toutes les déclarations d'intention.

Ce que pèse Afreximbank

Fondée en 1993 et basée au Caire, la Banque africaine d'import-export s'est imposée en trois décennies comme l'une des principales institutions financières multilatérales du continent, spécialisée dans le financement du commerce, de l'industrialisation et de l'intégration régionale. Ses derniers résultats, publiés en avril, en attestent l'ampleur.

? un total de bilan et d'engagements conditionnels de 48,5 milliards de dollars au 31 décembre 2025, en hausse de 21 % sur un an.

? des prêts et avances nets de 33,5 milliards de dollars, en progression de 16 %, orientés vers l'industrie manufacturière, les infrastructures, la sécurité alimentaire et l'adaptation climatique.

? des fonds propres de 8,4 milliards de dollars et un résultat net de 1,2 milliard de dollars, en hausse respectivement de 17 % et 19 %.

? le rang de premier arrangeur et de premier teneur de livre sur le marché des prêts syndiqués en Afrique selon le classement Bloomberg 2025, avec près d'un quart des transactions du continent.

? un fonds d'ajustement de 10 milliards de dollars mis en place avec l'Union africaine pour accompagner les États dans la mise en œuvre de la zone de libre-échange continentale, et le système panafricain de paiement et de règlement, Papss, qu'elle a conçu et que l'Union africaine a adopté comme infrastructure continentale de référence.

C'est à l'aune de cette puissance de feu, financière et normative, que se mesure l'enjeu, pour le Bénin, d'y occuper une place reconnue plutôt que de figurer en simple spectateur des grands arbitrages continentaux.