La Nation Bénin...
La quatrième édition du Forum international du cadre de vie (Fic) s’est ouverte, hier jeudi 8 octobre à Cotonou, autour du thème « Économie des territoires africains : accélérer la transition vers la sobriété carbone ». Pour cette édition, le Fic veut dépasser les réflexions et faire émerger des solutions concrètes pour construire des villes plus économes, résilientes et adaptées aux réalités du continent.
Le Forum international du cadre de vie (Fic) change de dimension. Pour cette quatrième édition, ouverte hier, la rencontre entend placer les choix de construction et d’aménagement au cœur des réponses aux défis climatiques et urbains de l’Afrique. Le thème retenu, « Économie des territoires africains: accélérer la transition vers la sobriété carbone », traduit cette volonté de rapprocher développement économique, qualité de vie et préservation des ressources.
Pour Georges Alé, ministre du Cadre de vie et des Transports en charge du Développement durable, l’enjeu est désormais de franchir un cap. « Aujourd’hui, nous devons aller plus loin et franchir une nouvelle étape. Il ne s’agit plus seulement de réfléchir à la vie durable, il faut en accélérer la construction », a-t-il déclaré à l’ouverture du Forum. Cette nouvelle étape suppose de revoir la manière de penser les territoires. Le ministre défend une approche qui ne sépare plus logement, voirie, assainissement, mobilité, énergie et technologies. « Nous devons passer d’une logique d’infrastructures isolées à une approche systémique où le logement, la voirie, l’assainissement, les transports et les technologies de l’information et de la communication ainsi que l’énergie sont conçus comme des composants d’un même ensemble », a-t-il expliqué.
La question est d’autant plus pressante que les villes africaines connaissent une urbanisation rapide alors que le continent reste fortement exposé aux effets du changement climatique. Pour Georges Alé, cette situation impose de construire davantage sans reproduire des modèles coûteux en ressources et en énergie.
« Comment construire plus tout en consommant moins de ressources et en émettant moins de carbone ? », s’est-il interrogé. La solution passe notamment par des bâtiments plus économes, l’utilisation de matériaux locaux et le développement des transports collectifs. « La sobriété n’est pas une politique de restriction, c’est une stratégie d’efficacité et d’innovation », a-t-il insisté.
Cette orientation rejoint les préoccupations de la direction générale de la Construction et de l’Habitat. Son directeur général, Ismaël Yasso, a rappelé que le secteur de la construction représente 37 % des émissions mondiales de CO2. Pour lui, la transition ne peut rester au stade des déclarations. « Une ambition climatique ne devient réelle que lorsqu’elle entre dans un plan, dans un cahier des charges, dans une norme, dans l’application sur un chantier, et finalement dans la vie quotidienne de nos concitoyens », a-t-il souligné. Il appelle ainsi à concevoir les bâtiments en fonction du climat local et à considérer leur coût sur toute leur durée de vie. « Il faut regarder le coût réel de nos constructions. Pas seulement le coût du chantier, mais aussi ce qu’un bâtiment coûtera en énergie, en eau, en entretien, en maintenance », a-t-il expliqué.
Des solutions ancrées dans les réalités africaines
Pour les responsables du Fic, l’objectif n’est pas de reproduire des modèles conçus ailleurs. Le forum veut favoriser des solutions qui s’appuient sur les ressources, les savoir-faire et les contraintes propres aux territoires africains.
Le président du comité d’organisation, Victor Ananou, estime que le cadre de vie « se mesure chaque jour dans la qualité de l’habitat, la sécurité des bâtiments, le fonctionnement des espaces publics, la mobilité et notre capacité à faire face aux aléas climatiques ». Le défi consiste, selon lui, à mieux planifier, construire et entretenir.
Cette édition veut aussi mesurer les résultats des précédentes. Sur les 25 recommandations issues du Fic 2025, 12 sont déjà exécutées et les autres en cours d’exécution, selon Victor Ananou. Elles concernent notamment l’alerte précoce, les technologies d’anticipation, la gestion des déchets, le recyclage des plastiques ainsi que la formation des acteurs du transport routier.
La particularité du Fic 2026 réside également dans ses nouveaux dispositifs. Le Fic Investor circle réunira investisseurs institutionnels, fonds d’investissement, banques et investisseurs privés autour des opportunités du secteur. Le Fic Projet connect mettra, pour sa part, en relation porteurs de projets et partenaires à travers un appel à projets et un accompagnement des promoteurs présélectionnés.
Une conférence consacrée au financement du logement abordable en Afrique francophone, une consultation participative, ainsi qu’un volet destiné à la diaspora et aux investisseurs internationaux figurent également au programme. Le Forum prévoit par ailleurs de mesurer et compenser son propre impact carbone.
À travers cette édition, le Bénin veut ainsi faire du Fic un espace africain où les idées doivent déboucher sur des pratiques, des investissements et des règles nouvelles. Pour Ismaël Yasso, la finalité est de « passer d’une construction qui s’adapte après coup à une construction qui anticipe avant sa conception ou pendant sa conception ».
L’Afrique face au défi de construire des territoires plus économes, résilients et adaptés aux réalités locales