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Quatrième publication des enquêtes Afrobaromètre : Jaloux de leur démocratie, les Béninois déçus néanmoins de sa mise en œuvre

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Par   Josué F. MEHOUENOU, le 04 juin 2015 à 06h08

Les Béninois viennent d’en finir avec les élections législatives qui ont consacré la mise en place de la 7è législature et s’apprêtent à retourner de nouveau aux urnes pour élire les conseillers locaux, communaux et municipaux. L’Institut de recherche empirique en économie politique (IREEP) vient de publier pour la quatrième fois les résultats des enquêtes Afrobaromètre. Lesquels, présentés hier, mercredi 3 juin à Cotonou, mettent en lumière la démocratie béninoise et la conception que les citoyens ont d’elle et du système politique en général. On en retient que la majorité des enquêtés demeure très attachée à la démocratie, même si elle n’en est pas encore satisfaite.

Les Béninois expriment un fort attachement à la démocratie, mais décrient sa mise en œuvre actuelle. C’est l’une des conclusions à laquelle est parvenu l’Institut de recherche empirique en économie politique (IREEP) dans le cadre de la quatrième publication des données Afrobaromètre. Cette fois-ci, l’institut s’est penché sur la perception que se font les Béninois du processus démocratique en vogue dans leur pays depuis 1990, mais aussi sur sa mise en œuvre. Il en est résulté un fort taux d’insatisfaction, a révélé le directeur général de l’IREEP, le professeur Léonard Wantchékon qui rappelle toutefois que cette insatisfaction se note dans la même proportion, selon qu’on soit avec des enquêtés appartenant à la Mouvance ou à l’Opposition.
Des résultats issus de cette enquête, il ressort d'une part que «près de huit béninois sur dix, soit 78% disent leur attachement à la démocratie et rejettent le régime militaire à hauteur de 79%, puis 91% ne sont pas d’accord pour qu’il y ait un homme fort d'autre part. Sept sur dix, soit 71% soutiennent par ailleurs le multipartisme». Dans le même temps, «la perception du niveau de démocratie et de son fonctionnement ont diminué de moitié entre 2008 et 2014. Toujours selon les enquêteurs de l’IREEP, «la proportion de ceux qui trouvent que les dernières élections nationales (législatives et présidentielle de 2011) étaient entièrement libres et équitables a baissé de 52% à 35%». Pour la quasi-totalité des Béninois, indique le rapport, «la Constitution devrait limiter l’exercice de la fonction du président de la République à un minimum de deux mandats» et «la majorité des Béninois sont satisfaits de la performance des députés des législatures précédentes».
Hier, à l’occasion de la présentation des résultats de cette enquête, la quatrième du genre menée au Bénin sur des préoccupations diverses relativement à la gouvernance politique, économique et sociale, Richard Houéssou et Romaric Samson, respectivement chargé de programme Afro/IREEP et assistant de recherche ont également, pour la compréhension des acteurs à divers niveaux, invités à la séance, fait des présentations sur plusieurs notions. Ils seront renforcés dans cet exercice par Gilles Badet qui, avec le professeur Léonard Wantchékon se sont attelés par la suite à répondre aux préoccupations soulevées par les participants à cette présentation.

Que pensent-ils du Parlement ?

Seulement la perception de la prestation parlementaire révélée supra ne devrait laisser place à aucune satisfaction, puisqu’ « en comparaison avec 2011, les évaluations des citoyens concernant la performance et la fiabilité des députés des précédentes législatures ont chuté», révèle ladite enquête. Autrement, la confiance des Béninois en leurs députés a chuté, tranche le rapport qui poursuit que la proportion de ceux qui trouvent «tout, ou la plupart des députés sont impliqués dans des affaires de corruption a connu une hausse drastique».
Depuis 2008, plus que sept Béninois sur dix estiment que l’Assemblée nationale devrait veiller à ce que le président de la République lui explique comment son gouvernement dépense l’argent des contribuables. Par ailleurs, huit Béninois sur dix souhaitent qu’indépendamment du gouvernement et même de son accord, les députés devraient prendre des lois. La révision de la Constitution, une préoccupation objet de mille et une polémiques dernièrement s’est aussi invitée dans les questions abordées par cette enquête. Il en ressort que trois Béninois sur quatre ne sont pas favorables à une révision de la loi fondamentale du pays. Et pour ceux qui y sont favorables, une telle modification devrait épargner la limitation du mandat présidentiel et l’âge, mais plutôt aller dans le sens du renforcement du pouvoir de l’Assemblée nationale vis-à-vis du gouvernement. Ces données, soulignent alors le rapport Afrobaromètre, «sont importantes en ce sens qu’elles indiquent aux nouveaux représentants du peuple les attentes des électeurs ».
Toutes choses que renforcera le directeur général de l’IREEP, le professeur Léonard Wantchékon. Il invitera le public et toutes les personnes désireuses à placer ces résultats dans leur réel contexte, et surtout à faire confiance à leur caractère hautement impartial et surtout scientifique. Pour rappel, Afrobaromètre est un réseau de recherche panafricain et non-partisan qui mène des enquêtes d’opinion dans quelques 34 pays du continent, sur la démocratie, la gouvernance, les conditions économiques… Pour chacune de ses enquêtes, le réseau cible des enquêtés en milieu urbain comme rural, et s’établit un échantillonnage assez représentatif à l’échelle nationale, de 1400 à 2400 enquêtés selon la taille du pays.