La Nation Bénin...
Dans la vie politique, il est des moments où les lignes bougent avec une telle intensité qu’ils redéfinissent, en un instant, les équilibres patiemment construits au fil des années. Ce moment, le Bénin est en train de le vivre. Le ralliement désormais confirmé de Éric Houndété au candidat de la mouvance présidentielle, Romuald Wadagni, n’est pas un simple fait politique. C’est un séisme.
Pendant longtemps, Éric Houndété a été l’un des visages les plus constants et les plus crédibles de l’opposition béninoise. Son engagement, sa constance dans la critique du pouvoir, sa rigueur dans la parole publique ont contribué à lui forger une image rare : celle d’un homme droit, profondément attaché à ses convictions, et respecté au-delà même de son camp. Au sein du parti Les Démocrates, il n’était pas seulement un cadre. Il était une colonne vertébrale.
C’est précisément pour cela que son choix résonne aujourd’hui avec autant de force.
Car il faut le dire sans détour : pour Les Démocrates, le coup est immense. Peut-être même l’un des plus durs depuis leur création. Déjà fragilisé par la démission de son fondateur, l’ancien président Thomas Boni Yayi, par l’épisode douloureux du parrainage ayant conduit à l’invalidation de leur candidat, et par des tensions internes de plus en plus visibles, le parti se voit aujourd’hui amputé d’une de ses figures les plus structurantes.
Et comme si cela ne suffisait pas, les sanctions prises contre plusieurs responsables, dont Éric Houndété lui-même, viennent acter une rupture désormais consommée. Ce n’est plus une rumeur, ni une hypothèse. C’est une réalité politique.
Mais au-delà du choc qu’il provoque, ce ralliement mérite d’être analysé avec hauteur.
Car Éric Houndété n’est pas un homme de revirement facile. Ceux qui le connaissent savent combien il est attaché à une certaine idée de la politique : exigeante, rigoureuse, parfois même austère dans sa fidélité aux principes. S’il a pris cette décision, c’est qu’elle s’inscrit, d’une manière ou d’une autre, dans une lecture réfléchie de la situation politique actuelle.
Et cette lecture, qu’on la partage ou non, ne peut être ignorée.
Il faut se souvenir du contexte. Écarté de la course à la présidentielle pour des raisons juridiques liées au parrainage, alors même qu’il apparaissait comme un candidat naturel de l’opposition, Éric Houndété s’est retrouvé face à une impasse. Une impasse révélatrice des limites organisationnelles et stratégiques de son camp. L’épisode ayant conduit à l’invalidation de la candidature de l’opposition n’a fait qu’accentuer ce sentiment de blocage.
Dans un tel contexte, rester immobile aurait été, pour lui, une forme de renoncement.
Son choix de rejoindre Romuald Wadagni peut donc être perçu comme une volonté de peser autrement sur le cours des choses. Non plus dans une opposition devenue, à ses yeux peut-être, inefficace, mais dans une dynamique de participation, d’influence et de contribution directe à la gouvernance.
Et c’est là que le regard change.
Car si ce ralliement affaiblit indéniablement Les Démocrates, il constitue, dans le même temps, un atout majeur pour le camp de la mouvance. L’arrivée d’un homme de la qualité d’Éric Houndété aux côtés de Romuald Wadagni n’est pas anodine. Elle apporte avec elle une crédibilité, une expérience et une hauteur de vue qui peuvent enrichir considérablement le projet politique en cours.
Dans un pays où les clivages politiques sont souvent marqués, voir un acteur issu de l’opposition rejoindre le camp du pouvoir peut ouvrir la voie à une forme de dépassement. Non pas une fusion des idées, mais une capacité à intégrer des sensibilités différentes dans une même vision de l’action publique.
Pour le peuple béninois, cela peut être une opportunité.
Une opportunité de voir émerger une gouvernance plus ouverte, plus inclusive, capable de tirer le meilleur de parcours différents. Une opportunité aussi de dépasser certaines logiques de confrontation stérile, au profit d’une approche plus pragmatique des défis nationaux.
Bien sûr, les critiques ne manqueront pas. Elles sont déjà là. Certains parleront de trahison, d’autres de calcul politique. D’autres encore y verront la confirmation de soupçons nés lors de l’épisode du parrainage. Ces lectures font partie du jeu politique, et elles traduisent les tensions d’un moment charnière.
Mais au-delà des jugements immédiats, une chose s’impose: ce choix engage l’avenir.
Il engage celui d’Éric Houndété, qui devra désormais assumer cette nouvelle position et en démontrer la cohérence. Il engage celui de Romuald Wadagni, qui voit son camp renforcé par une personnalité de premier plan. Il engage enfin celui des Démocrates, confrontés à une nécessité urgente de recomposition et de redéfinition.
L’histoire politique est faite de ruptures qui deviennent, avec le temps, des évidences. Peut-être sommes-nous face à l’une d’elles.
Ce qui est certain, en revanche, c’est que rien ne sera plus tout à fait comme avant
Éric Houndété