La Nation Bénin...
Déplacées à la suite des travaux du Projet d’assainissement pluvial de Cotonou, les vendeuses de charbon et de produits de la pharmacopée du quartier Gbégamey à Cotonou seront relogées sur un nouveau site. Le gouvernement annonce la reconstruction d’un marché moderne dédié à ces activités; un acte de justice sociale envers ces commerçants considérés comme des sinistrés.
Les travaux d’aménagement du projet d’assainissement pluvial de la ville de Cotonou continuent de transformer le visage urbain de la capitale économique du Bénin. Mais derrière les chantiers, les caniveaux élargis et les infrastructures modernes, des réalités humaines se dessinent. A Gbégamey, quartier populaire de Cotonou, les commerçantes de charbon, installées depuis plusieurs années le long des voies concernées par le projet, ont été contraintes de libérer les espaces qu’elles occupaient. Une situation qui a conduit le gouvernement à annoncer leur relogement sur un nouveau site, où sera reconstruit un marché dédié au charbon et à la pharmacopée, avec diverses commodités.
Ce déplacement est directement lié à la mise en œuvre du Projet d’assainissement pluvial de Cotonou (Papc), un vaste programme visant à lutter contre les inondations récurrentes qui affectent la ville et perturbent la vie quotidienne des populations. Dans ce cadre, plusieurs occupations jugées incompatibles avec les nouvelles infrastructures ont dû être libérées, entraînant le déplacement de nombreuses activités informelles, dont le commerce du charbon à Gbégamey.
Pour le gouvernement, ces commerçants ne doivent pas être perçus comme de simples occupants déguerpis, mais bien comme des sinistrés des travaux publics. C’est dans cette optique que s’inscrit la décision de leur offrir un nouveau cadre d’exercice. « Le fait de reloger ces commerçants de charbon n’est que justice pour eux », a déclaré Wilfried Léandre Houngbédji, porte-parole du gouvernement. Selon lui, ces acteurs économiques étaient identifiés et reconnus comme tels, et leur activité, bien que relevant souvent de l’informel, participait à la vie économique locale.
« C’est une sorte de justice pour ces personnes qui étaient connues comme des acteurs de ce commerce », a-t-il insisté, rappelant que l’État a une responsabilité vis-à-vis des populations impactées par les grands projets structurants. Le futur marché au charbon et de pharmacopée sera donc construit sur un nouveau site, avec l’ambition d’offrir de meilleures conditions d’hygiène, de sécurité et d’organisation aux commerçants comme aux usagers.
Une approche pragmatique
Toutefois, l’annonce de la construction d’une telle infrastructure n’est pas sans susciter des interrogations, notamment sur le plan environnemental. A l’heure où la lutte contre la déforestation et la promotion des énergies propres occupent une place centrale dans les politiques publiques, certains se demandent si reconstruire un marché au charbon ne revient-il pas à encourager une activité nuisible à l’environnement. A cette préoccupation, le porte-parole du gouvernement répond sans ambiguïté par la négative. « Ce commerce n’est pas encore formellement interdit. L’utilisation du charbon est toujours une réalité pour beaucoup de personnes », a expliqué Wilfried Léandre Houngbédji. Pour lui, il serait illusoire d’ignorer les pratiques actuelles des ménages, notamment dans les zones urbaines et périurbaines où le charbon demeure une source d’énergie domestique largement utilisée, malgré les alternatives existantes. Le gouvernement semble ainsi adopter une approche pragmatique, consistant à encadrer une activité réelle plutôt qu’à la nier. Le relogement des vendeurs dans un marché structuré pourrait d’ailleurs faciliter, à terme, une meilleure organisation du secteur, tout en ouvrant la voie à des actions de sensibilisation à l’utilisation rationnelle des ressources forestières.
Le projet ne concerne pas uniquement le charbon. Les produits de la pharmacopée traditionnelle, également commercialisés sur le site initial, sont aussi pris en compte. Ces produits, largement utilisés par les populations, continuent d’être vendus dans les différents marchés du pays. Leur relogement dans un espace dédié devrait permettre un certain contrôle de cette pratique médicinale, notamment en matière de traçabilité, de qualité et de sécurité sanitaire. Par cette mesure, les autorités affichent leur volonté de concilier modernisation urbaine, justice sociale et réalités socioéconomiques. Le relogement des vendeurs de charbon et de pharmacopée apparaît ainsi comme une réponse aux conséquences sociales des travaux du Papc, tout en posant les bases d’une meilleure organisation de ces activités à Cotonou.