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Le Bénin franchit un cap décisif dans sa politique de promotion du leadership féminin. Ce mardi 24 février, le gouvernement, avec l’appui du Programme des Nations Unies pour le développement (Pnud), a officiellement lancé les activités du Projet d’appui à la valorisation des compétences féminines pour l’amélioration de la représentativité dans les instances de prise de décision (Pavcrfrid). Au cœur de cette initiative ambitieuse figure le Compendium des compétences féminines, une plateforme conçue pour identifier, structurer et rendre visibles les talents féminins, afin de faciliter leur accès aux sphères décisionnelles, tant publiques que privées.
Plus qu’un simple outil de recensement, le Compendium des compétences féminines se veut un instrument stratégique destiné à corriger un déséquilibre persistant : la faible présence des femmes aux postes de responsabilité, malgré leur poids démographique et leur contribution déterminante à la vie économique et sociale du pays.
Prenant la parole, le représentant résident du Pnud au Bénin, Titus Osundina, a rappelé que la participation des femmes à la gouvernance dépasse largement le cadre symbolique. Selon lui, il s’agit d’un impératif démocratique et d’un levier de performance institutionnelle.
« La représentativité des femmes dans les instances de prise de décision n’est pas une question d’image. C’est une exigence de justice sociale et un facteur avéré d’efficacité », a-t-il souligné.
S’appuyant sur des expériences observées à l’échelle internationale, il a expliqué que les pays qui investissent dans le leadership féminin développent des institutions plus résilientes, plus innovantes et plus inclusives. L’intégration des femmes dans les mécanismes de gouvernance contribue ainsi à améliorer la qualité des politiques publiques tout en renforçant la stabilité sociale.
Titus Osundina a également salué les avancées enregistrées au Bénin, notamment à la faveur de la réforme du Code électoral prévoyant des sièges réservés aux femmes. Cette mesure, selon lui, a entraîné une progression notable de la présence féminine à l’Assemblée nationale, faisant passer leur proportion d’environ 8 % à 28 % depuis 2023, une évolution qualifiée d’historique.
Cependant, a-t-il indiqué, ces progrès demeurent insuffisants au regard des défis structurels persistants. Malgré leur rôle central dans l’économie locale, l’entrepreneuriat et la cohésion communautaire, les femmes restent peu représentées dans les hautes fonctions administratives, les directions générales, les conseils d’administration ou encore la gouvernance territoriale.
« Le problème n’est pas un déficit de compétences. Ce sont plutôt l’accès, la visibilité et l’équité qui font défaut », a insisté Titus Osundina, soulignant que le Compendium a précisément été conçu pour lever ces barrières invisibles en rendant les expertises féminines identifiables, consultables et mobilisables par les décideurs.
Un levier moderne de gouvernance
Pour la ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, Véronique Tognifodé, cette initiative s’inscrit dans la continuité des réformes engagées depuis 2016 sous l’impulsion du président de la République, Patrice Talon. Elle estime que le choix de placer les femmes au cœur du développement national relève d’une vision stratégique de long terme.
« Ce positionnement n’est ni circonstanciel ni opportuniste. Il est structurel, stratégique et désormais irréversible », a-t-elle affirmé.
Elle a rappelé que les dernières années ont été marquées par d’importantes avancées : consolidation du cadre juridique de protection des femmes, amélioration de l’accès à la justice, élargissement des opportunités économiques et renforcement de leur représentation dans les instances de décision.
Dans cette dynamique, le Compendium apparaît comme un outil structurant. D’après Véronique Tognifodé, la plateforme permet de recenser les profils de femmes compétentes dans tous les secteurs d’activité : administration, économie, sciences, technologies, culture, société civile, y compris au sein de la diaspora. Elle favorise également le réseautage professionnel et la mise en relation avec des institutions à la recherche d’expertises spécifiques.
« Cette plateforme n’est pas un simple répertoire. C’est un instrument de transparence, un levier d’équité et un mécanisme moderne de gouvernance fondé sur le mérite », a-t-elle expliqué.
Désormais, les recruteurs, décideurs publics ou responsables d’organisations ne pourront plus invoquer l’absence de profils féminins qualifiés pour justifier certaines nominations.
« Le réservoir national des talents féminins est désormais visible, accessible et structuré », a-t-elle martelé.
Au-delà du recensement, le Compendium permettra également d’identifier les secteurs où les femmes demeurent sous-représentées, afin d’y orienter des politiques correctives ciblées. L’objectif est de bâtir une représentativité fondée sur la compétence, et non sur la faveur ou la contrainte.
Pour Véronique Tognifodé, la promotion des femmes ne doit pas être perçue comme un geste de bienveillance, mais comme une stratégie d’efficacité collective.
« Valoriser les compétences féminines, ce n’est pas faire une faveur aux femmes. C’est renforcer la performance de la Nation », a-t-elle insisté.
Au nom du gouvernement, elle invite les institutions publiques, les collectivités locales, les partis politiques, le secteur privé ainsi que les partenaires techniques et financiers à intégrer systématiquement le Compendium dans leurs processus de recrutement et de nomination.
Les femmes sont, pour leur part, encouragées à s’y inscrire massivement afin de rendre leurs compétences visibles et d’accéder plus facilement aux opportunités professionnelles et décisionnelles.
Au centre de cette initiative ambitieuse se trouve le Compendium des compétences féminines