La Nation Bénin...
Suite à son absence lors du vote d’une résolution historique des Nations Unies qualifiant la traite transatlantique de crime contre l’humanité, le gouvernement est sorti de son silence. Au cours d’une sortie médiatique, lundi 30 mars à Cotonou, Olushegun Adjadi Bakari, ministre des Affaires étrangères, a apporté des clarifications, réaffirmant l’engagement du pays en faveur de la mémoire et de la justice historique.
L’absence du Bénin lors du vote d’une résolution majeure de l’Assemblée générale des Nations Unies, le 25 mars 2026, n’est pas passée inaperçue. Le texte, qui qualifie la traite transatlantique des Africains réduits en esclavage de crime d’une extrême gravité contre l’humanité, a suscité une vive émotion, notamment au sein de l’opinion publique. Face aux interrogations, le gouvernement a tenu à clarifier sa position.
Dans une déclaration officielle, Olushegun Adjadi Bakari, ministre des Affaires étrangères, a reconnu la légitimité des réactions suscitées. « Le Bénin a pris note de l’émotion suscitée par son absence lors du vote de la résolution A/80/L.48 », a-t-il indiqué, ajoutant que cette émotion « est compréhensible » et que le pays la « respecte ». Mais au-delà de cette reconnaissance, le chef de la diplomatie béninoise a tenu à lever toute ambiguïté sur la position réelle du Bénin.
La première précision majeure, c’est que le Bénin n’a jamais été en retrait sur le fond du texte. Bien au contraire. « Le Bénin est co-sponsor de cette résolution depuis le 17 mars 2026 », a rappelé le ministre. Un engagement formel pris plusieurs jours avant le vote et qui, selon lui, « témoigne sans ambiguïté de la position de principe du Bénin » et « ne souffre d’aucune interprétation contraire ». Autrement dit, le pays a non seulement soutenu l’initiative, mais a contribué à son portage diplomatique.
Dès lors, comment expliquer cette absence au moment du vote ? Le ministre évoque un « dysfonctionnement administratif interne ». Celui-ci serait intervenu dans « un contexte particulier marqué par la période électorale » et son absence de Cotonou, ce qui n’a pas permis d’instruire à temps l’ambassadeur du Bénin auprès des Nations Unies. « Autrement, il aurait pris part au vote et exprimé notre adhésion formelle à la résolution », a précisé Olushegun Adjadi Bakari. Il insiste sur le fait que cet incident « ne reflète en aucun cas la position du Bénin sur le fond ».
Conscient toutefois de l’impact symbolique d’une telle absence, le gouvernement a rapidement réagi pour régulariser la situation. « Dès le 27 mars, une notification officielle d’intention de vote favorable a été transmise au Secrétariat de l’Assemblée générale des Nations Unies », a indiqué le ministre. Cette démarche, désormais consignée au procès-verbal officiel de la séance, « établit formellement la position favorable du Bénin ».
Un engagement pour l’avenir
Au-delà de cet épisode, le chef de la diplomatie béninoise a tenu à replacer la position du pays dans une perspective historique et politique plus large. « L’attachement du Bénin à la cause mémorielle afrodescendante ne date pas d’aujourd’hui », a-t-il souligné. Il a rappelé plusieurs actions concrètes illustrant cet engagement, notamment l’adoption, en juillet 2024, d’une loi accordant la nationalité béninoise aux personnes d’ascendance africaine.
Le Bénin s’est également illustré par la préservation et la valorisation de ses sites historiques liés à la traite négrière. Parmi eux, la Porte du Non-Retour, haut lieu de mémoire situé à Ouidah, reste un symbole fort du devoir de mémoire et de reconnaissance des souffrances infligées aux peuples africains. Ces initiatives traduisent une volonté affirmée de ne pas laisser tomber dans l’oubli cette page sombre de l’histoire.
Sur le plan diplomatique, le pays affirme maintenir une présence active dans les enceintes multilatérales sur les questions mémorielles. Cette posture s’inscrit dans une logique de plaidoyer en faveur de la reconnaissance, de la justice et de la dignité pour les peuples africains et afrodescendants.
Dans sa déclaration, le ministre a également insisté sur la portée universelle de cette résolution. Au-delà de la reconnaissance historique, il s’agit, selon lui, d’un engagement pour l’avenir. « Le Bénin demeure résolu à porter, dans toutes les enceintes multilatérales, la voix des peuples africains et afrodescendants », a-t-il affirmé.
Il a conclu en soulignant l’importance de la vigilance collective face aux dérives de l’histoire. L’objectif, dit-il, est « que la mémoire de la traite transatlantique ne tombe pas dans les banalités de l’histoire, afin que plus jamais l’humanité ne connaisse une telle horreur ».
Olushegun Adjadi BAKARI, Ministre des Affaires étrangères