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Tolérance zéro au travail des enfants: Le gouvernement relance la mobilisation nationale

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Les autorités entendent renforcer la mobilisation des communautés, des entreprises et des partenaires sociaux pour éradiquer durablement ce fléau Les autorités entendent renforcer la mobilisation des communautés, des entreprises et des partenaires sociaux pour éradiquer durablement ce fléau

Face à la persistance du travail des enfants dans plusieurs secteurs à risque, le gouvernement intensifie la riposte. A travers la deuxième édition de la campagne nationale « Tolérance zéro au travail des enfants dans les secteurs à forte prévalence au Bénin », lancée ce mardi 3 février dans la commune de Sèmè- Podji, les autorités entendent renforcer la mobilisation des communautés, des entreprises et des partenaires sociaux pour éradiquer durablement ce fléau qui compromet l’éducation, la santé et l’avenir de milliers d’enfants.

Par   Isidore GOZO, le 04 févr. 2026 à 07h13 Durée 3 min.
#travail des enfants

Dans les carrières de sable, sur les chantiers de construction, dans les ateliers artisanaux ou au détour des marchés, ils sont encore trop nombreux à troquer les bancs de l’école contre des travaux pénibles. Une réalité silencieuse mais persistante qui hypothèque l’avenir de milliers d’enfants béninois. Face à cette situation, le gouvernement a décidé de hausser le ton et de passer à une nouvelle étape de la lutte. Ce mardi 3 février, la deuxième édition de la campagne nationale « Tolérance zéro au travail des enfants dans les secteurs à forte prévalence » a été lancée. Une initiative portée conjointement par le ministère du Travail et de la Fonction publique et le ministère des Affaires sociales et de la Microfinance, avec l’appui des partenaires techniques et financiers dont l’Unicef et le gouvernement luxembourgeois. L’objectif est de renforcer la mobilisation communautaire, institutionnelle et économique afin d’éradiquer durablement ce phénomène.

Au nom des partenaires techniques et financiers, Ousmane Niang a rappelé la gravité du problème. Pour lui, le travail des enfants demeure une atteinte sérieuse aux droits fondamentaux. « Le travail des enfants constitue une violation grave des droits humains. Il compromet le développement, la santé et l’éducation des enfants, et freine le progrès économique du pays », a-t-il insisté. Les formes les plus dangereuses exposent les mineurs à l’exploitation, aux violences, aux trafics et à des conditions de travail susceptibles de mettre leur vie en danger. Lorsqu’un enfant est plongé trop tôt dans le labeur, a-t-il poursuivi, c’est toute son enfance qui lui est confisquée. « Lorsqu’un enfant travaille dans des conditions dangereuses, c’est tout son avenir qui est compromis. L’accès à l’école, à la santé et à une enfance normale devient impossible », a-t-il déploré. Malgré ces défis, il informe que les efforts engagés ces dernières années commencent à porter leurs fruits. Les statistiques issues des enquêtes nationales révèlent une baisse significative de la prévalence du travail des enfants, passée d’environ 52 % en 2014 à près de 20 % en 2022. Le recul des travaux dangereux suit la même tendance. Pour le représentant des Partenaires techniques et financiers, ces résultats démontrent que les politiques publiques mises en œuvre produisent des effets concrets lorsque tous les acteurs conjuguent leurs efforts.

Agir sur les causes

Pour la ministre des Affaires sociales et de la Microfinance, Véronique Tognifodé, la lutte contre le travail des enfants ne peut se limiter à des actions de contrôle ou de répression. Elle doit s’attaquer aux racines du mal. Selon elle, la pauvreté des ménages et les vulnérabilités sociales constituent les principaux facteurs qui poussent les familles à envoyer leurs enfants travailler. « La solution à long terme réside dans le renforcement économique des familles et l’amélioration des systèmes de protection sociale », a-t-elle expliqué. A l’en croire, le Bénin a engagé une modernisation progressive de son dispositif de protection de l’enfant, avec la mise en place de mécanismes de prévention, d’assistance et de prise en charge des situations de violence et d’exploitation. Cette nouvelle campagne cible particulièrement les secteurs identifiés comme dangereux à savoir : les carrières, les chantiers, les marchés, l'artisanat, la vente ambulante et autres activités exposant les enfants à des risques physiques et psychologiques importants. Des actions de sensibilisation, ajoute-t-elle, seront menées pour rappeler l’âge minimum d’admission à l’emploi, encourager le signalement des cas et renforcer l’appropriation des messages de protection au sein des communautés.

Procédant au lancement officiel de la campagne, la ministre du Travail et de la Fonction publique, Adidjatou Mathys, a donné une dimension à la fois sociale et morale à l’initiative. Dans son discours, elle a présenté cette action comme un engagement collectif en faveur des enfants.

« Ce n’est pas une campagne de plus. C’est un cri de l’innocence et un devoir de protection de l’enfance vulnérable. C’est un contrat social que nous renouvelons pour donner à chaque enfant béninois le droit de rêver, d’apprendre et de grandir loin de la sueur des chantiers et de la poussière des marchés », a-t-elle déclaré. Elle a reconnu que, malgré les progrès enregistrés, des milliers d’enfants demeurent encore piégés dans des activités pénibles. Le défi est donc d’éradiquer totalement le phénomène d’ici 2030. La première édition de la campagne a déjà permis des avancées notables. Plus de 800 visites d’inspection ont été réalisées sur des sites à risque. Près de 4 000 enfants ont été recensés, plusieurs ont été retirés de situations dangereuses, et des poursuites judiciaires ont été engagées contre des employeurs en infraction. Des résultats qui, selon la ministre, illustrent la volonté de passer du discours à l’action.