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Transformation numérique: Les Dsi face au défi de l'intelligence artificielle

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L’Agence des systèmes d’information et du numérique a organisé, mardi 24 mars à Cotonou, une conférence autour des enjeux de l’intelligence artificielle au profit des Directeurs des systèmes d’information. Une rencontre stratégique a été marquée par un appel à l’action, à l’anticipation et à la responsabilité face à une mutation technologique déjà en marche.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 25 mars 2026 à 06h54 Durée 3 min.
#Transformation numérique #DSI

La conférence des Directeurs des systèmes d’information (Dsi) a été, ce mardi 24 mars, un moment charnière pour l’avenir numérique de l’administration béninoise. Au cœur des échanges, l’intelligence artificielle, perçue à la fois comme une opportunité majeure et un défi structurant pour les services publics.

Ouvrant les travaux, Marc-André Loko, directeur général de l’Agence des systèmes d’information et du numérique (Asin), a posé les jalons du débat. « L’intelligence artificielle peut, si nous l’embrassons pleinement, rendre nos services plus simples, plus accessibles et plus rapides », a-t-il affirmé, tout en appelant à une mobilisation collective. « Mais ce potentiel ne deviendra réalité que si vous décidez, et nous nous engageons, de manière à maîtriser nos structures dans ce mouvement », poursuit-il.

Dans son intervention, le directeur a tenu à repositionner le rôle des Dsi dans ce nouveau contexte technologique. Loin de voir leur mission s’effacer, il estime qu’elle se renforce. « Le Dsi a toujours été le chef d’orchestre de la modernisation. A l’heure de l’IA, ce rôle ne disparaît pas, il se renforce. Vous êtes le garant de la qualité des services numériques, le premier rempart de la sécurité, le moteur de la transformation organisationnelle et désormais l’architecte de l’intégration de l’IA dans le secteur public ».

Face à l’accélération des mutations, le message se veut sans ambiguïté. « Ceux qui hésiteront seront dépassés. Ceux qui s’adapteront deviendront les leaders des services publics de demain », a insisté Marc-André Loko, réaffirmant au passage« la disponibilité de l’Agence des systèmes d’information et du numérique pour accompagner chaque Dsi ».

Au-delà des discours, la conférence a également mis en avant une approche pragmatique et collaborative. « Nous ne venons pas avec des injonctions, nous venons plutôt avec des solutions, des outils, des méthodes et des équipes à travailler avec vous », a précisé le directeur général de l’Asin. Les différentes sessions de la journée ont ainsi abordé des thématiques concrètes, allant de l’intégration de l’IA dans les environnements de messagerie collaborative aux architectures de solutions d’État, en passant par la cybersécurité, le rôle des responsables de la sécurité des systèmes d’information, ou encore les initiatives innovantes comme les hackathons et le foncier intelligent.

Cette dynamique s’inscrit dans une vision plus large portée par les autorités. « Nous accompagnons actuellement le ministère du Numérique et de la Digitalisation dans l’élaboration de la nouvelle stratégie numérique à l’horizon 2033 », a indiqué Marc-André Loko. Une stratégie qui « placera au cœur de l’action publique les citoyens, les entreprises, l’écosystème privé » et mettra un accent particulier sur « les compétences numériques, l’interopérabilité, la cybersécurité, les données et l’intelligence artificielle ».

Pour les Dsi, ce cadre stratégique est appelé à devenir un outil de référence. « Ce cadre donnera à chaque Dsi les orientations et l’alignement nécessaires pour agir avec cohérence et impact », a-t-il ajouté.

Mais au-delà des outils et des technologies, c’est une philosophie d’action qui est encouragée. « Chacun de nous ne doit pas se contenter d’être bénéficiaire, mais plutôt un acteur à part entière », a-t-il lancé à l’endroit des participants. Avant de rappeler un principe fondamental :« La finalité de l’intelligence artificielle n’est pas de faire de la technologie pour la technologie, mais de s’assurer que tout ce que nous faisons est au bénéfice des citoyens et des entreprises ».

Dans un contexte où les attentes des usagers évoluent rapidement, l’exigence est claire. « Ils attendent de nous une administration beaucoup plus simple, une administration beaucoup plus réactive, une administration beaucoup plus proche d’eux », a-t-il souligné, appelant à faire de 2026 une année d’action. « Nous n’avons plus le luxe d’hésiter ».

Cette exigence d’action s’accompagne d’une feuille de route précise. « En 2026, nous devons expérimenter, sécuriser, former, mutualiser et bâtir ensemble les briques du nouveau modèle numérique de notre administration », a-t-il indiqué, invitant les Dsi à « être les acteurs de ce Bénin en mouvement ».

Enjeux

En marge des interventions stratégiques, les enjeux juridiques et sécuritaires liés à l’intelligence artificielle ont également été abordés. Merry Toi-Milonon, assistant juridique à l’Asin, a insisté sur la centralité de la protection des données à caractère personnel. « L’usage de l’intelligence artificielle ne se fait pas sans les données à caractère personnel. Le premier défi auquel doit faire face le Dsi, c’est la protection de ces données », a-t-il expliqué.

Il a rappelé l’existence du cadre légal en vigueur, notamment le livre cinquième du Code du numérique, qui offre des bases pour encadrer ces pratiques. A cela s’ajoute l’enjeu croissant de la cybersécurité. « Avec l’évolution accélérée de l’intelligence artificielle, de nouvelles formes d’attaques émergent. Les Dsi doivent mettre à jour leurs compétences pour assurer la disponibilité, l’intégrité et la confidentialité des données », a-t-il prévenu.

Enfin, l’expert a évoqué un troisième défi, d’ordre organisationnel. Selon lui, les administrations doivent désormais se doter de chartes claires encadrant l’usage de l’intelligence artificielle par les agents publics.

A l’issue de cette conférence, un constat s’impose : l’intelligence artificielle n’est plus une perspective lointaine, mais une réalité immédiate. Pour les Dsi, le défi est désormais de transformer cette réalité en levier de performance publique, au service des citoyens et du développement du pays.