La Nation Bénin...
L’Afrique regorge de traditions et de cultures d’une richesse infinie. En Afrique de l’Ouest, l’un des peuples dont la culture fascine le plus est le peuple yoruba. Chez les Yoruba, pour saluer les aînés, la tradition dicte un rituel précis : les femmes mettent les genoux à terre (Ìkúnlẹ̀) et les hommes se prosternent de tout leur long, face contre terre (Ìdọ̀bálẹ̀).
On retrouve la communauté yoruba principalement au Nigeria, où elle constitue l’un des plus grands groupes ethniques du pays. Les Yoruba sont aussi présents au Bénin et au Togo, où ils sont implantés depuis plusieurs siècles. En raison des flux migratoires et du commerce, des communautés yoruba se sont également établies dans d’autres pays comme le Gabon, le Ghana ou la Côte d’Ivoire.
L’éducation chez les Yoruba est profondément attachée à leurs traditions, et les valeurs de respect sont inculquées aux enfants dès leur plus jeune âge.
Chez les Yoruba, la salutation n’est pas un simple échange de politesse : c’est un acte spirituel et un moment de prière.
Le professeur Rowland Abiodun, spécialiste de l’histoire de l’art yoruba et des études africaines à Amherst College (USA), explique :
« S’agenouiller tout en s’inclinant de côté [Ìyíká] est la manière pour la femme de rendre hommage. Se prosterner face contre terre [Ìdọ̀bálẹ̀] est la manière pour l’homme de saluer son supérieur ou son aîné. »
Dans son ouvrage The Sociology of the Yoruba (p. 301), N. A. Fadipe confirme :
« La coutume de saluer les supérieurs et les aînés en se prosternant (pour les hommes) ou en s’agenouillant (pour les femmes) est l’une des premières habitudes de respect enseignées à un enfant yoruba. […] Ce n’est pas un simple signe de soumission, mais une exigence sociale qui appelle en retour les bénédictions (àdúrà) de l’aîné. »
Ni la richesse ni la célébrité n’effacent la tradition.
Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes s’étonnent parfois de voir la superstar internationale Davido (David Adedeji Adeleke) se prosterner totalement, face contre terre, devant des aînés. En réalité, dans la culture yoruba, devant la sagesse et l’âge, le niveau professionnel, le statut social ou la fortune ne comptent pas.
Lors d’un entretien, le professeur Wande Abimbola, chercheur éminent de la culture yoruba et spécialiste de la littérature orale d’Ifá, racontait :
« Je me prosternais devant mon père ; personne dans la famille ne lui parlait debout. Ma mère s’agenouillait pour lui parler, et je me prosternais également pour parler à mes deux frères aînés. »
Aujourd’hui encore, cette tradition persiste au sein des familles attachées à leurs racines. Malgré la modernité et l’évolution du monde, les Yoruba continuent de s’abaisser humblement pour saluer leurs aînés, car l’éducation yoruba repose avant tout sur le respect et la quête de bénédictions.
La prosternation chez les Yoruba n’est pas qu’un signe de respect, c’est également un moment de bénédiction.