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Association nationale des communes du Bénin: Luc Gnacadja fixe trois priorités

Décentralisation
Une nouvelle page s’ouvre pour l’Ancb avec des défis précis Une nouvelle page s’ouvre pour l’Ancb avec des défis précis

Entré officiellement en fonction, vendredi 2 octobre dernier à Cotonou à la tête de l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb), Luc Gnacadja a dévoilé les grandes priorités de sa mandature. Défense des intérêts des communes, renforcement de leur capacité d’action et mobilisation de nouvelles ressources, le nouveau président entend faire de l’association un acteur central de la nouvelle réforme du développement territorial.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 07 oct. 2026 à 01h49 Durée 3 min.
#Luc GNACADJA #Ancb

L’entrée en fonction du nouveau Bureau de l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb) n’a pas été qu’une simple formalité institutionnelle. Vendredi dernier à Cotonou, Luc Gnacadja a profité de l’occasion pour tracer les contours de la mandature qui s’ouvre et donner sa lecture de la nouvelle dynamique engagée dans la gouvernance locale. Dès les premières minutes de son intervention, il a replacé l’action communale dans le quotidien des populations. “ Le jeune en quête d’emploi, l’artisane qui souhaite développer son activité, les familles confrontées aux inondations ou encore les citoyens qui attendent des services publics plus efficaces”, a-t-il introduit. Pour lui, c’est à l’aune de ces attentes que doit être évaluée l’action des élus locaux.

Le président de l’Ancb estime que la décentralisation béninoise entre dans une nouvelle phase. Après l’installation des communes et de la démocratie locale, puis la modernisation de la gouvernance communale, le pays sera désormais à l’étape de ce qu’il appelle la « décentralisation 3.0 ». Une évolution qu’il associe directement à la réforme des pôles de développement territorial portée par le gouvernement. Selon lui, les défis actuels dépassent souvent les limites administratives des communes. L’emploi, la mobilité, la gestion de l’eau, les inondations ou encore le développement des filières agricoles exigent désormais des réponses construites à une échelle plus large et davantage coordonnée entre les territoires.

Pour accompagner cette mutation, Luc Gnacadja a défini trois priorités majeures. La première consiste à renforcer la voix des communes. Le président de l’Ancb souhaite “faire de l’association un cadre de dialogue capable de porter les préoccupations des collectivités auprès des pouvoirs publics tout en proposant des solutions concrètes”. Il plaide pour une parole fondée sur les réalités du terrain, documentée et constructive. Selon lui, les communes doivent davantage contribuer à l’élaboration des politiques publiques qui les concernent directement.

Cette volonté s’accompagne d’un plaidoyer en faveur d’une amélioration de l’environnement administratif local. Luc Gnacadja a notamment évoqué les difficultés rencontrées dans l’exécution des budgets communaux. Il a relevé que la longueur et la complexité de certaines procédures, notamment celles liées à la commande publique, ralentissent la réalisation des investissements. Sans remettre en cause les exigences de transparence, il appelle à identifier les blocages qui freinent l’action locale afin d’accélérer la mise en œuvre des projets au bénéfice des populations.

La deuxième priorité concerne le renforcement des capacités d’action des communes. Le nouveau président veut “faire de l’Ancb un véritable levier de développement local”. Il entend promouvoir des formations davantage orientées vers les besoins réels des collectivités, encourager le partage des bonnes pratiques entre communes et valoriser les initiatives locales qui produisent des résultats concrets. Pour lui, de nombreuses solutions existent déjà sur le terrain et méritent d’être mieux connues et reproduites lorsqu’elles ont fait leurs preuves.

La troisième priorité porte sur la mobilisation des ressources et des partenariats. Luc Gnacadja estime que les communes doivent améliorer la mobilisation de leurs ressources propres tout en explorant de nouvelles opportunités de financement. Il a lancé un appel aux partenaires techniques et financiers afin de construire des coopérations plus ambitieuses, capables de soutenir durablement les territoires. Il souhaite notamment que l’Ancb joue un rôle plus actif dans l’accès aux financements liés aux défis climatiques et au développement local.

 


Mobilisation

Plus que les priorités annoncées, c’est surtout l’appel à l’engagement collectif qui a marqué le discours du président de l’Ancb. Luc Gnacadja a insisté sur la nécessité pour les communes de contribuer activement à la réussite des pôles de développement territorial. Il a proposé d’organiser des consultations par pôle afin d’identifier les atouts, les projets porteurs et les obstacles rencontrés sur le terrain. L’objectif est de permettre aux collectivités de participer pleinement à la construction de cette nouvelle architecture territoriale.

Pour finir, le président de l’Ancb a rappelé que la réussite de son mandat ne se mesurera ni au nombre de réunions tenues ni aux textes produits, mais à l’impact réel sur la vie des populations. « Les jeunes qui cherchent un emploi, l’artisane qui veut développer son activité, la famille qui espère un cadre de vie plus sûr » sont, selon lui, les véritables destinataires de l’action communale. Une exhortation qui résume l’esprit de sa mandature qui est de faire de la décentralisation un outil concret d’amélioration des conditions de vie et de développement des territoires.

• L’appel de Janvier Yahouédéhou pour des résultats concrets

Après les engagements du nouveau président de l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb), Luc Gnacadja, le gouvernement a, à son tour, fixé le cap. Lors de l’entrée en fonction officielle du nouveau bureau, vendredi dernier à Cotonou, le ministre de la Décentralisation et de la Gouvernance locale, Janvier Yahouédéhou, a rappelé les attentes placées dans les communes à l’heure où le pays s’engage dans une nouvelle phase de sa réforme territoriale.

Pour le ministre, la décentralisation béninoise a franchi plusieurs étapes importantes au cours des dernières années. L’administration communale a été réorganisée, les responsabilités des élus et des administrations mieux définies, tandis que les mécanismes de financement ont connu plusieurs évolutions. À ces avancées s’ajoute désormais la réforme des pôles de développement territorial, appelée à renforcer les dynamiques économiques régionales et à créer davantage de complémentarités entre les communes.

Mais Janvier Yahouédéhou a tenu à rappeler que la réussite d’une réforme ne se mesure pas uniquement au nombre de textes adoptés ou d’institutions créées. Selon lui, le véritable juge reste le citoyen. La qualité de l’accueil dans les mairies, la rapidité du traitement des dossiers administratifs, l’état des routes, la salubrité des quartiers ou encore la transparence dans la gestion locale constituent autant d’indicateurs permettant d’apprécier les progrès réalisés. « La décentralisation doit se traduire dans la vie quotidienne de nos populations », a-t-il insisté.

Le ministre a également précisé le rôle qu’il attend du nouveau bureau de l’Ancb. Pour lui, l’association doit demeurer la maison commune des 77 collectivités territoriales du pays, un espace où les difficultés peuvent être exposées sans détour et où les bonnes pratiques peuvent être partagées.

Face aux disparités de ressources et de potentialités entre les communes, il estime que les expériences réussies doivent circuler davantage. Une commune qui améliore sa mobilisation des ressources, sa gestion de la propreté ou la qualité de ses services peut devenir une source d’inspiration pour les autres. À l’inverse, les collectivités confrontées à des difficultés doivent pouvoir s’appuyer sur l’expérience de leurs pairs.

Cette logique de mutualisation rejoint l’esprit de la réforme des pôles territoriaux. Selon Janvier Yahouédéhou, les communes sont appelées à regarder au-delà de leurs frontières administratives pour construire des projets communs, valoriser leurs complémentarités et renforcer leur attractivité. « Il ne doit pas y avoir d’un côté l’État et de l’autre les communes », a-t-il affirmé, plaidant pour une coopération étroite entre l’administration centrale, les préfectures, les pôles territoriaux et les collectivités locales.

Participation citoyenne

Le ministre a enfin consacré une partie importante de son intervention à la participation citoyenne. À ses yeux, aucune réforme ne pourra produire des résultats durables sans l’implication des populations elles-mêmes.

S’inspirant de l’exhortation lancée quelques jours plus tôt par le président de la République, Romuald Wadagni, lors de la présentation du cadrage des pôles territoriaux, il a insisté sur la responsabilité individuelle dans la préservation du cadre de vie. Ramasser un déchet abandonné sur la voie publique plutôt que d’attendre l’intervention des services municipaux peut paraître anodin, mais traduit, selon lui, une véritable conception de la citoyenneté.

C’est dans cet esprit que le ministère entend promouvoir le concept : « L’État, c’est d’abord moi ». Une formule qui invite chaque citoyen à se considérer comme acteur du développement de sa commune et de son pays. Car, a rappelé Janvier Yahouédéhou, la construction de communes plus propres, plus attractives et plus performantes ne dépend pas uniquement de l’État ou des élus locaux. Elle repose aussi sur l’engagement quotidien de chaque citoyen.

En clôturant son intervention, le ministre a assuré le nouveau bureau de l’Ancb du soutien du gouvernement et réaffirmé la volonté du ministère d’entretenir un dialogue régulier avec les communes afin d’accompagner les initiatives susceptibles d’améliorer durablement les conditions de vie des populations.

• Les PTF disposés pour accompagner l’Ancb

Les communes ont des choses à dire et leur voix doit compter. C’est l’un des messages forts de la cheffe de file des partenaires techniques et financiers du secteur de la décentralisation, Gabriella Spirli, lors de l’installation du nouveau bureau de l’Association nationale des communes du Bénin (Ancb), vendredi dernier à Cotonou. Pour elle, les collectivités locales sont directement au contact des réalités quotidiennes des populations et doivent, à ce titre, occuper une place importante dans les discussions sur l’avenir des territoires.

La représentante de la Suisse, pays chef de file des partenaires dans le secteur, a rappelé que le Bénin s’appuie depuis plusieurs décennies sur la décentralisation pour rapprocher la décision publique des populations et favoriser le développement local. Mais le contexte évolue. La création des pôles de développement territorial et la mise en place du Fonds d’investissement communal (Fic) ouvrent de nouvelles perspectives et posent aussi de nouveaux défis aux collectivités. Dans ce contexte, elle estime que l’Ancb devra être capable de porter avec force les préoccupations des 77 communes et de faire remonter les réalités du terrain dans le dialogue avec l’État et les autres acteurs.

« La voix des communes, la voix du terrain, compte », a-t-elle insisté. Une manière de rappeler que les réformes territoriales ne peuvent pleinement produire leurs effets sans tenir compte de ceux qui les mettent en œuvre au quotidien. Gabriella Spirli a ainsi invité le nouveau bureau à privilégier l’écoute, le dialogue et le rassemblement, au-delà des sensibilités politiques des élus. Pour elle, l’enjeu est de construire une parole collective suffisamment forte pour défendre les intérêts des communes tout en contribuant à trouver des réponses aux difficultés auxquelles elles sont confrontées.

Elle a également appelé l’Ancb à poursuivre son évolution pour rester au plus près des besoins des collectivités. L’association doit continuer à défendre leurs intérêts, mais aussi être capable de s’adapter aux nouvelles réalités de la gouvernance territoriale. Les partenaires techniques et financiers, a-t-elle assuré, resteront aux côtés des communes pour accompagner cette dynamique.

Dans son intervention, Gabriella Spirli a enfin misé sur l’énergie du nouveau bureau pour donner un nouvel élan à l’action collective des communes. Elle a souhaité que son mandat permette de renforcer la décentralisation et de faire davantage rayonner l’Ancb.