La Nation Bénin...
La forte circulation des espèces demeure l’une des vulnérabilités du dispositif béninois de lutte contre les flux financiers illicites. La deuxième Évaluation nationale des risques (Enr) appelle à renforcer la traçabilité et la formalisation des activités exposées.
La progression du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux ne fait pas disparaître les vulnérabilités liées aux pratiques économiques. Au Bénin, l’utilisation importante des espèces et le poids des activités informelles demeurent des facteurs de risque qui compliquent la traçabilité de certains flux financiers. La deuxième Évaluation nationale des risques (Enr) adoptée en février dernier situe désormais le risque global de blanchiment de capitaux à un niveau moyen, contre un niveau élevé lors de la précédente évaluation. Mais plusieurs secteurs conservent des vulnérabilités qui nécessitent des mesures adaptées.
Les systèmes financiers décentralisés (Sfd) figurent parmi les activités concernées. Leur rôle dans l’inclusion financière les place au contact d’une clientèle large et diversifiée. L’évaluation leur attribue un risque résiduel moyen. Parmi les facteurs relevés figurent l’utilisation importante des espèces, ainsi que des difficultés de traçabilité et de contrôle susceptibles de limiter l’efficacité des mesures d’atténuation.
L’enjeu ne tient donc pas uniquement au volume des opérations réalisées. Il concerne également la capacité des acteurs et des autorités à disposer d’informations suffisamment fiables pour connaître les clients, suivre les transactions et détecter les opérations présentant des caractéristiques inhabituelles.
L’immobilier sous surveillance
Le secteur immobilier présente un profil comparable. L’Enr classe son risque résiduel à un niveau moyen. Le rapport relève l’importance des transactions en espèces, la persistance de difficultés autour de l’identification des bénéficiaires effectifs et le niveau encore limité de formalisation de certains acteurs.
Ces facteurs réduisent la visibilité sur les opérations et compliquent les dispositifs de connaissance de la clientèle et de traçabilité. La question des bénéficiaires effectifs revêt ici une importance particulière. En effet, identifier la personne qui contrôle ou bénéficie réellement d’une opération constitue un élément essentiel du dispositif de prévention du blanchiment.
La formalisation apparaît comme un enjeu transversal. Elle ne relève pas uniquement de la fiscalité ou de l’enregistrement administratif des activités. Elle contribue également à améliorer la connaissance des opérateurs et la traçabilité des mouvements financiers.
Change manuel et transferts informels : un risque élevé
Le niveau de risque est en revanche élevé pour les agréés de change manuel et les passeurs de fonds. L’Enr classe ce segment à risque résiduel élevé, avec une menace et des vulnérabilités elles-mêmes évaluées à un niveau élevé. Le rapport met en évidence la forte utilisation des espèces, la perméabilité aux réseaux informels et les difficultés de supervision. Il relève aussi la présence d’acteurs non autorisés et les insuffisances du contrôle exercé sur certaines activités.
Dans ce secteur, les mouvements de fonds peuvent s’effectuer dans des circuits offrant une traçabilité limitée. Le risque est d’autant plus important que les opérations transfrontalières peuvent s’appuyer sur des réseaux informels difficiles à surveiller.
L’Enr préconise une approche différenciée : une surveillance proportionnée aux risques et un renforcement des mécanismes de contrôle là où les vulnérabilités sont les plus importantes.
Formaliser sans exclure
La deuxième Enr ne se limite pas à la question des sanctions : elle identifie les faiblesses structurelles qui permettent aux risques de persister. L’amélioration de la qualité des données, l’identification des bénéficiaires effectifs, la traçabilité des opérations et le renforcement de la supervision figurent parmi les leviers du dispositif.
Lors de l’atelier de diffusion organisé le 10 septembre dernier à Cotonou, le président de la Cellule nationale de traitement des informations financières (Centif), Abdou Rafiou Bello, a rappelé la vocation de l’évaluation à éclairer l’action publique et à adapter les réponses aux risques identifiés.
Pour les secteurs présentant un risque résiduel moyen, l’Enr appelle à prévenir les phénomènes de sur-conformité, susceptibles de limiter l’accès aux services financiers et de favoriser le recours aux circuits informels. L’objectif est de renforcer les contrôles sans créer de contraintes disproportionnées pour les acteurs économiques.
Le ministre délégué auprès du ministre de l’Économie et des Finances, chargé des Finances et de la Microfinance, Nicolas Yènoussi, a insisté sur les enjeux stratégiques de la lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et le financement de la prolifération, notamment pour la mobilisation des ressources publiques, la confiance des investisseurs et la crédibilité de l’économie nationale.
L’Enr cite l’utilisation des espèces parmi les facteurs de vulnérabilité des systèmes financiers décentralisés, de l’immobilier et du change manuel.