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Participation du Bénin au Forum Alamein Africa en Egypte et relations entre les deux pays: L'ambassadrice Ragaa Elwakeel évoque les grands enjeux

Economie
Ragaa Elwakeel Ragaa Elwakeel

À la veille de la première édition du Forum Alamein Africa, prévue du 2 au 4 octobre 2026 en Égypte, Son Excellence Mme Ragaa Elwakeel, ambassadeur d’Égypte près le Bénin, revient sur les ambitions de ce nouveau rendez-vous économique continental. Elle évoque les enjeux liés au financement du développement africain, au rôle du secteur privé et aux opportunités d’investissement. Dans cet entretien, la diplomate aborde également les perspectives de coopération entre le Bénin et l’Égypte, notamment dans les infrastructures, l’industrie, la santé, l’agriculture, le tourisme, ainsi que la formation et l’enseignement supérieur.

Par   Kokouvi EKLOU, le 02 oct. 2026 à 07h33 Durée 3 min.
#Forum Alamein Africa

La Nation : Excellence, l’Égypte accueille du 2 au 4 octobre la première édition du Forum Alamein Africa. Quelle est la vision qui a présidé à l'initiative création de ce nouveau rendez-vous économique continental ?

Ragaa Elwakeel : Permettez-moi d’abord de souligner que ce Forum s'inscrit dans le cadre d'un ensemble d'événements africains de haut niveau accueillis par l'Egypte au début du mois d'octobre. Il s’agit du sommet des pays fondateurs de l'Agence de développement de l'Union africaine (AUDA-NEPAD), prévu le 3 octobre, ainsi que de la huitième réunion de coordination semestrielle de l'Union Africaine, prévue le 4 octobre.

Ce premier forum d’affaires d’Afrique est organisé par l’Égypte, AUDA-NEPAD, Afreximbank, la Banque africaine de Développement (BAD) et la Commission de l’Union Africaine. Cette organisation fait suite à une décision du sommet africain de février 2026 prévoyant la tenue biannuelle de ce forum en Égypte. Et la raison d’être est la reconnaissance des rôles essentiels  de l’AUDA-NEPAD dans l'approfondissement de l'intégration régionale, en coopération avec les communautés économiques régionales, et celui du secteur privé dans  la stimulation de la croissance économique et de l'innovation en Afrique et dans l'accélération de la mise en œuvre de l'Agenda 2063.  Donc en proposant la tenue de ce Forum,  la vision de l'Egypte était de lier les volets politique, économique et institutionnel de l'action africaine.  

Le Forum réunira des chefs d’État et de gouvernement, des responsables de la finance et de l’industrie ainsi que des investisseurs institutionnels. Quels sont, selon vous, les principaux défis auxquels le secteur privé africain est aujourd’hui confronté et auxquels le Forum devra apporter des réponses ?

Les organisateurs estiment que les bouleversements mondiaux redéfinissent les flux commerciaux, les modèles d’investissement et les chaînes d’approvisionnement. Dans cette époque marquée par des alliances changeantes et une volatilité croissante, l’Afrique ne peut plus se permettre de rester spectatrice des décisions qui façonnent son avenir économique.

C’est le moment de définir l’agenda du continent africain. Et c’est pour ça que le  Forum va  élaborer les réformes qui réduisent les risques et libèrent les capitaux, en collaboration directe avec les chefs d’État et les ministres, mettre les priorités du secteur privé au cœur du processus décisionnel de l’UA, forger des partenariats transfrontaliers qui renforcent la résilience de l’Afrique face à la volatilité externe, traduire les engagements du Forum en actions concrètes.

Pour atteindre ses buts, le Forum s’articulera autour de trois piliers: un engagement politique de haut niveau ; des discussions thématiques ciblées couvrant des domaines prioritaires clés, tels que les infrastructures et les villes intelligentes, le financement, la gestion des risques, la santé, ainsi que des secteurs émergents incluant les énergies renouvelables, l'intelligence artificielle, les villes intelligentes, l'espace et les minéraux critiques; un espace d’exposition, B2B et B2G.

L’un des objectifs affichés est de rapprocher le pouvoir politique et l’esprit d’entreprise. Comment cette ambition se traduira-t-elle concrètement pendant le Forum ?

Le Forum est envisagé comme une plateforme de haut niveau visant à renforcer l’intégration économique à travers le continent africain en approfondissant un engagement structuré entre les gouvernements africains, le secteur privé, ainsi que les institutions de développement et financières. Comme vous l’avez indiqué, un de ses objectifs est l’alignement des priorités politiques et d’investissement, et la construction d’un consensus entre les gouvernements africains et le secteur privé sur les réformes prioritaires et les opportunités d’investissements commercialement viables, favorisant l’intégration régionale et le développement industriel.

Plusieurs résultats tangibles sont attendus. Entre autres : un communiqué de haut niveau approuvé par les chefs d’État et de gouvernement participants ainsi que par les dirigeants d’entreprises, reflétant des perspectives communes sur les principaux défis et opportunités, des domaines de consensus sur les réformes prioritaires et les besoins d’investissement, ainsi que des engagements concrets assortis d’institutions responsables désignées et de calendriers indicatifs; un portefeuille structuré de projets prêts à l’investissement identifiés à travers les sessions thématiques. L’organisation biannuelle du Forum permet aux organisateurs et institutions de développement et financières de faire le suivi.

Quelle place sera accordée aux PME africaines et aux jeunes entrepreneurs, alors que les grands groupes et investisseurs institutionnels seront également présents ?

Le Forum dispose d’une plateforme dédiée aux innovateurs, aux entreprises en phase de croissance et aux bâtisseurs d’écosystèmes afin de soutenir l’écosystème de start-up sur le continent. Il y a aussi, pendant les deux jours du Forum, un Startup Arena et exposition où les PME et entrepreneurs peuvent faire des présentations aux investisseurs.

Quelle place l’Égypte souhaite-t-elle accorder au Bénin dans cette première édition du Forum Alamein Africa ?

N’oublions pas que le Bénin a joué un grand rôle pendant le processus d’adoption de la décision d’organiser le Forum. Donc, même si l’initiative est égyptienne, le Forum est devenu une volonté continentale. Je suis sûre que la délégation béninoise contribuera activement aux discussions en mettant l’accent sur les points de vue du Bénin concernant les défis auxquels est confrontée l’Afrique  et les opportunités qu’elle offre, et en même temps va identifier des opportunités de partenariats, investissements, accès à de nouveaux marchés, transfert de technologies ou financement, B2B avec des entreprises égyptiennes et autres, surtout qu’un des buts du Forum est d’offrir un accès à des réseaux influents, à un dialogue stratégique et à des opportunités commerciales concrètes à travers l’Afrique.

L’Afrique dispose de ressources importantes, mais souffre encore d’un déficit d’infrastructures et de financement. Comment mobiliser davantage les capitaux africains pour financer le développement du continent ?

A mon avis, c’est à travers des initiatives comme ce Forum  qu’on peut mobiliser les capacités africaines. C’est la première fois qu’on réunit les chefs d’Etat et de gouvernement, les institutions financières africaines et internationales, les institutions de développement,  le secteur privé, les start-up pour identifier les défis, les opportunités et établir un partenariat qui vise à renforcer la collaboration entre les institutions de l’Union africaine et le secteur privé en tant que moteur clé de la mise en œuvre de l’Agenda 2063 et de la transformation économique du continent.

Le Bénin cherche notamment à renforcer son industrialisation et sa capacité d’exportation. L’Égypte pourrait-elle devenir un partenaire plus important pour accompagner cette dynamique ?

L’Égypte possède des expériences et des capacités dans des domaines prioritaires pour le Bénin ; les constructions, les infrastructures, le tourisme, l'énergie et les industries pharmaceutiques. Pour sa part, le Bénin se caractérise par la richesse de sa production agricole et dispose d'un potentiel majeur pour exporter ses  produits vers l’Egypte.

Par ailleurs, les relations économiques, commerciales et le potentiel d'investissement figurent toujours dans l’agenda des travaux entre nos deux pays.

N’oublions pas enfin que l’Égypte est membre du COMESA, le   Bénin est membre de la CEDEAO, et tous les deux appartiennent à la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF) ; ce qui représente autant d’opportunités d’accès à de grands marchés.

Comment qualifieriez-vous aujourd’hui l’état des relations diplomatiques entre le Bénin et l’Égypte ?

Je me réjouis de voir les relations diplomatiques entre le Bénin et l’Égypte, qui sont historiques, excellentes et tournées vers l’avenir.  


Les deux pays entretiennent des relations de longue date. Quelles sont, à vos yeux, les principales avancées enregistrées ces dernières années dans la coopération bilatérale?

Les relations diplomatiques entre nos deux pays remontent à 1973. Elles s’inscrivent dans un cadre juridique marqué par des rencontres régulières bilatérales et multilatérales entre nos dirigeants.  

Je rappelle à cet effet la rencontre entre S.E. Dr. Badr Abdelatty, ministre des Affaires étrangères, et son homologue  S.E Mme. Corinne Amori Brunet, en juin 2026, en  marge de la réunion ministérielle afro-coréenne. Les moyens de renforcer la coopération bilatérale et la coordination sur des questions d’intérêt commun étaient au centre des discussions des deux ministres. Elle avait été précédée de la visite de S.E. M. Olushegun Adjadi Bakari en juin 2025 au Caire –en  sa qualité de ministre des Affaires étrangères de l’époque. Elle a été l’occasion de la signature des accords d’exemption de visa pour les détenteurs de passeports diplomatiques, spéciaux et de service, et de formation diplomatique.

Je voudrais aussi souligner la coordination entre nos deux pays dans le cadre africain et multilatéral pour la stabilité, la paix et la sécurité en Afrique ainsi que son développement. Je me réjouis du niveau de coordination entre les forces de défense de nos deux pays et la participation de la délégation béninoise en septembre 2026 au Salon international de l'aéronautique et de l'espace d'El Alamein (EIAS 2026), ainsi que la participation des cadres béninois aux programmes de formations en Égypte.

Le Bénin est engagé dans d’importants projets de transformation économique et d’infrastructures. Quels domaines pourraient particulièrement intéresser les investisseurs et entreprises égyptiens au Bénin ?

Avant de répondre  à votre question, permettez-moi de saluer les efforts du gouvernement du Bénin et la vision de développement du pays, notamment la Vision Bénin 2060 ALAFIA. Ce sont des visions qui encouragent l’accompagnement des partenaires, et je peux vous assurer que les entreprises égyptiennes portent un grand intérêt pour le marché béninois dans le secteur des infrastructures. A cet égard, j’ai le plaisir de vous informer que  l’entreprise égyptienne Rowad va réaliser le projet de l’Aréna de Cotonou. L’entreprise égyptienne Arab Contractors, qui a commencé à travailler sur le continent depuis 1964, a aussi réalisé des projets au Bénin notamment le bâtiment administratif pour la supervision morale à Porto-Novo en 2004.

L’intérêt d’entreprises égyptiennes pour le Bénin n’est pas nouveau et le pays offre  des opportunités pour les  grandes entreprises de construction égyptiennes pour l'aménagement urbain, le développement d'infrastructures routières et de réseaux d'énergie.

Quels sont les secteurs dans lesquels la coopération entre Cotonou et Le Caire pourrait connaître une nouvelle impulsion ?

Je mettrai l’accent sur quelques secteurs notamment la santé et l’industrie pharmaceutique, l’agriculture et l’élevage,  la sécurité et la lutte contre le terrorisme, les produits alimentaires. Les relations commerciales entre nos deux pays sont anciennes et vous pouvez trouver des productions égyptiennes depuis longtemps sur le marché béninois, notamment agroalimentaires.

Concernant l’industrie pharmaceutique, l’Égypte possède l'une des industries pharmaceutiques les plus développées et les plus grandes du continent africain. L'Autorité égyptienne du médicament (EDA) a officiellement validé le Niveau de maturité 3 (ML3) de l'OMS pour les médicaments et les vaccins. Cela renforce la confiance des pays importateurs envers la sécurité et l'efficacité des produits égyptiens. Le renforcement des capacités et le partage d’expériences pourraient être de nouveaux domaines de coopération dans ce secteur.

L’Égypte dispose d’une expérience importante dans les domaines des infrastructures, de l’énergie, de l’agriculture, de l’irrigation, de la santé et de l’industrie. Dans quelle mesure cette expertise pourrait-elle être davantage mise au service du développement du Bénin ?

L’Égypte dispose d’une expérience importante dans ces domaines. Les deux pays peuvent bénéficier de leur coopération de manière tangible. L'Égypte a prouvé sa capacité à mener des projets gigantesques comme la nouvelle capitale administrative, les extensions autoroutières, la construction des barrages, comme le barrage de Julius

Nyerere inauguré en août 2026 en Tanzanie. L’Égypte a accumulé de nombreuses expériences et a développé des capacités qui peuvent être partagées avec le Bénin.

Le tourisme constitue également un secteur à fort potentiel. Existe-t-il des réflexions autour du renforcement des échanges touristiques entre le Bénin et l’Égypte ?

Nos deux pays portent un grand intérêt à leurs histoires, héritages et cultures. Le tourisme est un secteur économique très important. L’Egypte pourrait partager son expertise  dans ce domaine avec le Bénin, notamment dans le domaine des infrastructures et des installations touristiques ainsi qu’en matière de renforcement des capacités et de formation. Je veux saluer les efforts déployés par le Bénin pour développer ce secteur, la restitution de l’héritage béninois et la préservation du patrimoine culturel national.

Quelle importance l’Égypte accorde-t-elle à la coopération universitaire, culturelle et à la formation des jeunes Béninois ?

Cette question constitue une partie très importante de notre coopération bilatérale car elle  renforce les relations humaines entre nos deux peuples. Elle se manifeste sous plusieurs formes. L’Agence égyptienne de partenariat pour le développement offre des formations dans les domaines civil et militaire. Le ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, et l’université de Al-Azhar octroient des bourses d’études universitaires et supérieures. Et je suis ravie de constater que nous avons reçu pendant les deux dernières années des étudiants béninois en médecine.

Permettez-moi aussi d’ajouter qu’il existe des opportunités d’études supérieures à l’Université égypto-japonaise dans les domaines des sciences, de la technologie et de l’innovation ainsi que l’université Senghor d’Alexandrie.