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Coopération militaire : Pourquoi Haïti se tourne-t-elle vers le Bénin ?

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En sollicitant les académies militaires béninoises pour former ses recrues, Haïti réactive une relation ancienne avec le pays. Mais au-delà de cette mémoire commune, qu’est-ce qui rapproche aujourd’hui les deux États ?

Par   Akanni BANKOLE LANIBA (Coll.), le 09 nov. 2026 à 00h06 Durée 2 min.
#Coopération militaire

« Le Bénin, c’est nous, c’est notre sang. » La déclaration du général Derby Guerrier, chef d’état-major des Forces armées d’Haïti, résume la dimension particulière de sa visite à Cotonou. Reçu à l’état-major général des armées, il a sollicité l’expertise béninoise pour former des militaires haïtiens. Il a également évoqué la possibilité d’un appui militaire pour faire face à l’insécurité qui ravage son pays. Deux demandes qui s’inscrivent dans une relation nourrie par l’histoire, la solidarité et des intérêts communs.

Une mémoire historique partagée

Le lien entre les deux pays remonte à la traite négrière. Depuis les côtes de l’actuel Bénin, notamment Ouidah, des milliers de captifs ont été déportés vers les Caraïbes, dont des originaires de l’ancien royaume du Dahomey. Leurs pratiques culturelles et spirituelles ont contribué à façonner le vodou haïtien, aux côtés d’autres héritages africains. Le créole haïtien conserve aussi des traces du fon et de l’éwé, et la mémoire de Toussaint Louverture est associée à des origines béninoises.

Une solidarité déjà ancienne

Les relations entre les deux pays ne reposent pas uniquement sur cette mémoire. Après le séisme du 12 janvier 2010, le gouvernement béninois avait annoncé une aide exceptionnelle de 100 millions de francs CFA. Le Bénin a également accueilli des étudiants haïtiens dans le cadre de programmes de bourses et participé à la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), avec des policiers déployés au sein de cette force.

Par ailleurs, la loi du 2 septembre 2024 ouvre la nationalité béninoise aux descendants de déportés, Haïtiens compris. En janvier 2025, les deux pays ont signé un mémorandum de cinq ans, renouvelable, couvrant notamment l’éducation et la sécurité.

Un besoin urgent de formation militaire

Remobilisées en 2018, les Forces armées d’Haïti font face à une crise sécuritaire majeure. Les groupes armés contrôlent une grande partie de Port-au-Prince. « Il nous manque des cadres », a reconnu le général Guerrier.

Le général Fructueux Gbaguidi, alors chef d’état-major général béninois, s’est dit prêt à former « du grenadier voltigeur jusqu’à l’officier d’état-major ». Le Bénin a lui-même l’expérience de l’opération Mirador, dans le nord. Toutefois, la formation militaire ne doit pas être confondue avec un déploiement de troupes. En 2024, le Bénin avait annoncé être disposé à mettre 2 000 soldats à la disposition d’une mission internationale en Haïti. Mais cette proposition n’a pas donné lieu à un départ de militaires béninois.