La Nation Bénin...
En lançant le e-learning dans les universités publiques, le gouvernement veut arracher l'apprentissage aux contraintes de la distance et brancher la jeunesse béninoise sur les meilleurs contenus du monde. Reportage sur une promesse qui prend corps.
Il est un peu plus de neuf heures sur le campus d'Abomey-Calavi, et Sènan, étudiant en deuxième année de droit, n'a pas eu à s'entasser dans un taxi-brousse pour aller suivre son cours magistral. Depuis la chambre qu'il a louée à quelques kilomètres, il a ouvert son ordinateur, s'est connecté à la plateforme nationale et a rejoint, en direct, un amphithéâtre virtuel. « Avant, je perdais deux heures par jour dans les transports, raconte-t-il. Aujourd'hui, ce temps, je le passe à réviser. C'est une autre vie qui commence. » Ce basculement discret, des milliers de jeunes Béninois le vivront bientôt.
Présentée par le ministre porte-parole du gouvernement, l'initiative se veut résolument tournée vers l'avenir. Il s'agit, dit-il en substance, d'offrir à la jeunesse béninoise une ouverture sur le monde depuis son propre domicile. Là où le savoir restait longtemps prisonnier des murs d'un amphithéâtre et de la géographie, le numérique promet de le rendre disponible partout. L'approche, futuriste et ambitieuse, place le Bénin dans le cercle des pays qui font du digital un levier de développement humain, et non un simple gadget administratif.
Le meilleur du monde à portée de clic
Le cœur du dispositif tient dans la qualité des ressources. Les étudiants n'auront plus seulement accès aux contenus produits localement : la plateforme donnera accès à des contenus pédagogiques de rang international, élaborés par des spécialistes mondiaux. Une bibliothèque vivante, sans cesse enrichie, où le cours d'un professeur béninois peut voisiner avec la conférence d'un chercheur de renommée planétaire. « Cela change tout, glisse Farida, inscrite en sciences économiques. On ne se sent plus à la périphérie du savoir. On est au centre. » L'ambition affichée est claire : ne plus se contenter de ce qui est disponible sur place, mais aller puiser, où qu'ils soient, les meilleurs contenus de la planète, et les mettre à la portée du plus grand nombre.
Au-delà de la performance, le gouvernement met en avant le bien-être étudiant. Apprendre dans son milieu de vie, sans les tracasseries des déplacements quotidiens, c'est aussi apprendre plus sereinement. Pour beaucoup de familles, l'économie de temps et d'argent se double d'une tranquillité nouvelle. La mesure, éminemment sociale, rejoint la philosophie d'un État qui entend rapprocher les services publics des citoyens plutôt que de les concentrer dans quelques métropoles saturées. Sur les campus, on mesure la portée du geste : là où l'apprentissage restait synonyme d'endurance et de sacrifices logistiques, il devient un exercice apaisé, réconcilié avec la vie quotidienne de l'étudiant.
Chez les enseignants comme chez les apprenants, l'initiative suscite une adhésion rare. On y voit la marque d'un gouvernement qui regarde loin, qui refuse d'enfermer la jeunesse dans les limites du présent. « Ce n'est pas seulement une réforme de l'université, c'est une vision de la société, analyse un jeune tutorat rencontré près de la bibliothèque. On investit dans l'intelligence du pays. » L'enthousiasme, palpable, tient à ce sentiment partagé : celui d'assister au début de quelque chose de grand.
En quittant le campus, Sènan résume l'état d'esprit d'une génération : « On nous a donné les outils du siècle. À nous de les saisir.» La révolution est silencieuse, mais elle est en marche. Et ceux qui la vivent de l'intérieur savent déjà qu'ils n'apprendront plus jamais tout à fait comme avant;
Le e-learning désormais dans les universités