La Nation Bénin...
Le Bénin est un pays
profondément ancré dans les rites et traditions ancestrales. La majorité des
populations y consultent l’oracle divinatoire, le fâ, avant toute prise de
décision importante. Ainsi, lorsqu’une femme tombe enceinte, il est jugé
essentiel de consulter le fâ. Cette consultation est surnommée « adogofâ ».
Cette pratique est particulièrement développée en milieu fon et yoruba. Selon la tradition, toute grossesse doit nécessairement faire l’objet d’une consultation du fâ, sans pour autant exclure le suivi médical et les consultations prénatales.
« Ce qu’on appelle adogofâ exige en réalité la présence de la femme enceinte lors de la consultation. Autrefois, cette pratique se faisait à l’aide des noix spécifiques du fâ appartenant à l’auteur de la grossesse. Aujourd’hui, elle est généralement réalisée à l’aide du chapelet divinatoire », fait savoir Bokonon Baba Aligbonon, prêtre du fâ.
Selon ces explications, la
consultation dite adogofâ permet de révéler des informations concernant
l’enfant à naître, sa mère et son père. Les interdits du signe révélé doivent
être respectés jusqu’à la naissance de l’enfant, puis jusqu’à son initiation au
fâ. Il précise également que, le jour où l’enfant est initié au fâ et reçoit
son signe, les interdits de l’adogofâ prennent fin.
L’adogofâ annonce ainsi ce qui surviendra au moment de la naissance, au cours de l’enfance de l’enfant, dans son évolution, ainsi que la situation de ses parents.
Après la consultation du fâ concernant la grossesse, les sacrifices ne tardent pas. Ils sont accomplis immédiatement.
Si une maladie menace l’enfant
ou si des difficultés risquent d’affecter les parents, l’adogofâ les révèle
également.
Des spécificités
La consultation du fâ sur la grossesse, appelée adogofâ, obéit à des règles particulières, y compris en ce qui concerne les sacrifices.
Pour cette consultation, la femme enceinte doit être assise sur une natte, face au Bokonon. Elle ne peut donc pas se faire à distance, comme certaines consultations ordinaires. L’auteur de la grossesse, ou à défaut l’un de ses frères, doit également être présent. C’est l’un de ces deux hommes qui adresse la demande à l’oracle de ses propres mains.
D’après le prêtre du fâ, la consultation doit être effectuée dès les trois premiers mois de grossesse, soit au cinquième, au septième ou au neuvième mois. Elle se fait donc à l’un des mois impairs courant les neuf mois de grossesse et se déroule tôt le matin.
Lors de l’exécution des
sacrifices, aucun animal n’est abattu et aucun sang n’est versé. Le Bokonon
Baba Aligbonon en profite pour sensibiliser les femmes enceintes qui pratiquent
l’adogofâ sur l’importance du respect des prescriptions liées à cette pratique,
faute de quoi il ne s’agit plus véritablement de l’adogofâ.
Nuance
« Le mari d’une femme enceinte peut également décider de consulter le fâ afin de connaître le signe sur lequel sa femme restera pour assurer un accouchement sans complication. On peut alors dire qu’il s’agit d’une forme dérivée de la pratique », clarifie le prêtre du fâ.
Toutefois, ce n’est pas l’adogofâ dans sa forme authentique. Néanmoins, en cas d’indisponibilité de la mère, cette consultation permet de recevoir et de suivre les messages du fâ.
Il demeure important
d’effectuer cette consultation appelée adogofâ, puisque la grossesse est une
période durant laquelle de nombreux paramètres entrent en jeu. Elle permet
d’éclairer ce qui demeure caché et apporte une orientation spirituelle à la
mère, à l’enfant et au père.
Adogofâ au Bénin