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Culture maraîchère sous serre: Entre gains de productivité et défis d'investissement

Economie
La serriculture constitue un investissement stratégique pour une production maraîchère continue hors saison et booste la productivité face aux aléas du plein champ La serriculture constitue un investissement stratégique pour une production maraîchère continue hors saison et booste la productivité face aux aléas du plein champ

Alternative au maraîchage en plein champ, la culture sous serre offre des gains significatifs de productivité, tout en exigeant des investissements importants. Les données compilées par l’Ocis à partir des travaux du Padmar éclairent les atouts, les limites et les perspectives de cette technologie au Bénin.

Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 06 août 2026 à 07h42 Durée 3 min.
#Culture maraîchère

Consistant à cultiver des plantes dans des structures fermées et translucides, la serriculture permet de maîtriser la température, l’humidité, la lumière et l’apport en nutriments. Cette technologie protège les cultures contre les intempéries, les maladies et les ravageurs, tout en favorisant une production plus régulière, souligne l’Observatoire du commerce, de l’industrie et des services qui a publié une note intitulée « Projecteur sur la culture maraîchère sous serre » (Ocis, juillet 2026). Elle prolonge la période de production, permet de produire hors saison, d’optimiser les ressources grâce à l’irrigation automatisée et de réduire le gaspillage d’eau et d’engrais. Elle élargit également les possibilités de culture, des tomates aux poivrons, concombres, piments, herbes aromatiques et fleurs.

Filière prioritaire au Bénin, le maraîchage contribue à la sécurité alimentaire, à l’amélioration de la nutrition et à la création d’emplois. Entre 2019 et 2023, la production de légumes a généré une valeur ajoutée moyenne de 382,73 milliards F Cfa, représentant 15,11 % de la valeur ajoutée du secteur primaire et 4,09 % du produit intérieur brut (Pib), selon les données de la direction de la Statistique agricole (Dsa/Maep).

Malgré ces performances, le pays peine encore à approvisionner de façon continue les marchés en produits maraîchers de qualité et à des prix compétitifs, signale l’Ocis. Le manque d’eau, les difficultés d’accès aux infrastructures de stockage et de desserte, la gestion des ravageurs, la résistance aux insecticides ainsi que les coûts élevés de production en plein champ limitent le développement du secteur, détaille-t-il. Dans ce contexte, la culture sous serre apparaît comme une réponse crédible aux défis de l’agriculture traditionnelle.

Des performances techniques supérieures

La technologie repose sur des serres équipées de filets anti-insectes, de films plastiques traités contre les ultraviolets, d’un système de ventilation et d’un dispositif d’irrigation au goutte-à-goutte alimenté par des réservoirs d’eau. Les modèles de type Dizengoff, promus au Bénin dans le cadre du Projet d’appui au développement du maraîchage (Padmar), sont spécialement adaptés aux conditions tropicales. Leur structure en acier galvanisé résiste à la corrosion et à des vents pouvant atteindre 120 km/h.

Trois principales techniques de production sont utilisées : la culture hors-sol sur substrats comme la laine de roche ou la fibre de coco, l’hydroponie et l’aquaponie où les racines des plantes sont alimentées par une solution nutritive, ainsi que le tuteurage qui favorise la croissance verticale des plantes et prolonge la période de récolte.

Les résultats obtenus sont nettement supérieurs à ceux du maraîchage traditionnel. Selon les données du Padmar, les rendements des tomates sous serre varient entre 1,1 et 7,2 kg/m², contre 0,41 à 0,90 kg/m² en plein champ sur la période 1995-2024. L’Ocis souligne que, pour des cultures comme la tomate, le poivron ou le concombre, les rendements sous serre peuvent être trois à cinq fois supérieurs à ceux obtenus en plein champ. À l’international, les serres de haute technologie produisent jusqu’à 60 kg/m² de tomates grappes.

Les produits issus des cultures sous serre bénéficient également d’une meilleure conservation, d’une qualité marchande supérieure et d’une saveur plus appréciée. La production peut être maintenue pendant onze à douze mois par an, contre une saisonnalité beaucoup plus marquée en plein champ.

Des contraintes économiques à surmonter

La modernisation a toutefois un coût. L’installation d’une serre de 150 m² nécessite un investissement de plus de 8 millions F Cfa, soit 53 343 F Cfa par m², tandis qu’une serre de 300 m² représente un investissement de 13,8 millions F Cfa, soit 46 088 F Cfa par m².

À ces coûts s’ajoutent plusieurs contraintes techniques. La pollinisation naturelle étant limitée sous serre, certaines cultures nécessitent une intervention manuelle ou la plantation de fleurs destinées à attirer les insectes pollinisateurs. Le maintien de conditions optimales de température et d’humidité exige une surveillance permanente ainsi que des équipements adaptés, tandis que les structures restent exposées aux vents violents.

Le développement de la culture maraîchère sous serre se heurte à plusieurs défis. Selon l’Ocis, les principaux concernent le coût des investissements, l’accès au financement, la disponibilité des intrants, la formation des producteurs, la pression des bioagresseurs, la dépendance aux intrants importés ainsi que la structuration des filières. L’Observatoire relève également plusieurs opportunités d’investissement, notamment dans la production et la commercialisation de substrats adaptés, le développement de formations spécialisées, la mise en place d’un réseau de maintenance des serres et la création d’un label « Bénin » destiné à valoriser les produits issus de la serriculture.

Des investissements lourds, mais une trésorerie positive

Les charges variables s’élèvent en moyenne à 273 593 F Cfa par cycle pour une serre de 150 m² et à 359 584 F Cfa pour une serre de 300 m². Les charges fixes atteignent respectivement 545 402 F Cfa et 908 935 F Cfa.

La valeur ajoutée brute ressort à 356 974 F Cfa pour une serre de 150 m² et à 590 382 F Cfa pour une serre de 300 m². En revanche, une fois les amortissements et l’ensemble des charges fixes pris en compte, le revenu agricole comptable s’établit à -239 789 F Cfa pour une serre de 150 m² et à -366 053 F Cfa pour une serre de 300 m² au terme d’un cycle de production. Sur un bilan annuel fondé sur deux cycles, ce revenu agricole demeure déficitaire, à -261 415 F Cfa pour les serres de 150 m² et à -368 532 F Cfa pour celles de 300 m².

Les données présentées par l’Ocis montrent qu’en dépit de ce résultat comptable négatif après prise en compte des amortissements et des autres charges fixes, les exploitations dégagent un flux de trésorerie positif, estimé à 480 484 F Cfa pour une serre de 150 m² et à 885 339 F Cfa pour une serre de 300 m².