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Indicateurs monétaires dans l’Uemoa: Assouplissement des conditions de financement

Economie

Les indicateurs monétaires et financiers de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa) traduisent une orientation plus accommodante de la politique monétaire, face aux tensions mondiales persistantes. Baisse des taux directeurs, repli des coûts de refinancement et ralentissement des échanges interbancaires dessinent un paysage financier en mutation, avec des implications directes sur l’activité économique.

Par   Babylas ATINKPAHOUN, le 07 mai 2026 à 01h06 Durée 3 min.
#Espace Uemoa

Les indicateurs monétaires et financiers de l’Uemoa, tels que présentés dans le Bulletin mensuel des statistiques de mars 2026, témoignent d’un tournant dans l’orientation de la politique monétaire régionale. La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao) a opté pour un assouplissement des conditions de financement, avec des effets visibles sur les marchés monétaires et interbancaires. L’une des décisions prises dans la période sous revue reste la baisse des taux directeurs de la Bceao. L’institution avait décidé de ramener le taux minimum de soumission aux appels d’offres d’injection de liquidité de 3,25 % à 3,00 % à compter du 16 mars 2026, tandis que le taux du guichet de prêt marginal passe de 5,25 % à 5,00 %. Cette décision vise à soutenir l’activité économique en facilitant l’accès au crédit pour les banques et, indirectement, pour les entreprises et les ménages. Ce mouvement s’inscrit dans une dynamique globale où les principales banques centrales internationales, notamment celles des États-Unis, de la zone euro, du Japon et du Royaume-Uni, ont maintenu leurs taux directeurs inchangés. La Bceao se distingue ainsi par une posture plus proactive, orientée vers la relance de l’activité économique dans l’espace communautaire. Sur le marché monétaire, les effets de cette politique commencent à se faire sentir. Le montant des refinancements accordés par la banque centrale s’est établi à 7.036,1 milliards de FCfa en mars 2026, en baisse de 4,8 % par rapport au mois précédent. Cette contraction peut paraître paradoxale dans un contexte d’assouplissement, mais elle traduit en réalité un ajustement des besoins de liquidité des banques. Dans le même temps, le coût de ces refinancements a diminué. Le taux moyen pondéré des adjudications hebdomadaires de liquidités est passé de 3,9197 % en février à 3,5752 % en mars 2026. Cette baisse confirme l’orientation accommodante de la politique monétaire et devrait contribuer à réduire le coût global du crédit dans l’économie.

Agrégats de monnaie

Le marché interbancaire, autre indicateur clé de la liquidité bancaire, a également enregistré une évolution notable. Le volume moyen hebdomadaire des opérations a reculé de 3,2 %, pour s’établir à 834,3 milliards de FCfa en mars 2026, contre 861,9 milliards un mois plus tôt. Cette baisse des échanges traduit une certaine prudence des établissements financiers face à l’incertitude mondiale. Parallèlement, le taux d’intérêt moyen sur le compartiment à une semaine s’est replié, passant de 4,19 % en février à 3,93 % en mars 2026. Ce mouvement à la baisse reflète l’amélioration des conditions de liquidité sur le marché interbancaire, sous l’effet conjugué de la politique monétaire et des ajustements des banques.

Sur le marché des changes, l’euro s’est apprécié face aux principales devises internationales. En mars 2026, la monnaie européenne a progressé de 6,9 % par rapport au dollar américain et de 13,8 % face au yen japonais en glissement annuel. Cette évolution a des implications pour les économies de l’Uemoa, dont la monnaie est arrimée à l’euro, notamment en matière de compétitivité extérieure et de coût des importations. L’analyse des agrégats monétaires confirme par ailleurs une dynamique d’expansion modérée de la masse monétaire dans l’Union. À fin février 2026, la masse monétaire au sens large (M2) s’établit à 526,0 milliards de FCfa pour le Bénin, traduisant une relative stabilité par rapport aux mois précédents. Cette évolution reflète à la fois la progression des dépôts bancaires et les ajustements des créances sur l’économie. Les contreparties de la masse monétaire mettent en évidence le rôle central des créances intérieures, notamment celles sur l’administration centrale et le secteur privé. Les actifs extérieurs nets, quant à eux, continuent d’influencer la liquidité globale, en fonction des entrées et sorties de capitaux. Ces indicateurs traduisent un système financier en phase d’ajustement. La baisse des taux et l’amélioration des conditions de financement constituent des leviers importants pour soutenir la croissance. Toutefois, la prudence observée sur les marchés monétaires et interbancaires rappelle que les incertitudes persistent.