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Khady Evelyne D. Ndiaye, directrice du Secteur privé à la Commission de l'Uemoa : « Notre objectif est d'avoir un tissu entrepreneurial parmi les plus compétitifs »

Economie
La directrice du Secteur privé de l’Uemoa, Khady Evelyne Denise Ndiaye, lors de son intervention à Ouagadougou La directrice du Secteur privé de l’Uemoa, Khady Evelyne Denise Ndiaye, lors de son intervention à Ouagadougou

Dans le cadre de l’atelier d’information et de sensibilisation des journalistes économiques de l’Uemoa à Ouagadougou, la directrice du Secteur privé à la Commission de l’Union, Khady Evelyne Denise Ndiaye, revient sur les principaux freins à la compétitivité des entreprises de l’espace communautaire. Elle présente les orientations de la Stratégie de développement du secteur privé et de la stratégie de promotion du Dialogue public-privé, adoptées en mars 2026, avec l’horizon 2030 en ligne de mire.

 


Par   Claude Urbain PLAGBETO, le 22 sept. 2026 à 07h23 Durée 3 min.
#Ouagadougou #développement du secteur privé

La Nation (Bénin) : Madame la directrice, quel état des lieux faites-vous aujourd’hui du secteur privé dans l’espace Uemoa ? Est-il suffisamment dynamique et compétitif ?

Khady Evelyne D. Ndiaye : Je dirais plutôt que nous avons un secteur privé dynamique, qui fait beaucoup d’efforts, mais qui n’est pas assez compétitif.

90 % de nos entreprises sont des micro, petites et moyennes entreprises (Mpme). Elles restent confrontées à des difficultés majeures, notamment l’accès au financement, le coût des facteurs de production, en particulier dans l’énergie et l’économie numérique, la méconnaissance de la réglementation existante ou l’absence de réglementation adéquate, ainsi que des besoins encore importants en renforcement de capacités.

La part de l’industrie dans le produit intérieur brut (Pib) se situe, selon les États membres, entre 12 et 27 %. Nous avons donc une base industrielle encore étroite, largement composée de Pme et de Pmi et orientée vers les marchés nationaux.

L’Uemoa dispose pourtant de ressources agricoles et industrielles importantes. Pourquoi peine-t-elle encore à en tirer davantage de valeur ajoutée ?

C’est justement l’un des constats qui ont guidé notre stratégie. Une grande partie de nos ressources reste encore insuffisamment transformée localement. La noix de cajou, par exemple, est exportée à l’état brut, sans transformation locale. Seulement 20 % des productions agricoles nationales sont transformées par l’agro-industrie et moins de 5 % du coton produit dans l’Union fait l’objet d’une transformation substantielle. L’enjeu est donc d’accroître la productivité et la transformation locale. C’est l’un des leviers sur lesquels nous devez agir si nous voulons que davantage de valeur soit créée au sein de l’espace communautaire.

Que fait concrètement la Commission pour changer cette situation ?

La Commission a fait ce constat à travers un diagnostic qui nous a permis de déboucher sur l’adoption de plusieurs stratégies. Le cadre de référence est la Stratégie de développement du secteur privé (Sdsp) de l’Uemoa, adoptée en mars 2026, en même temps que la stratégie de promotion du Dialogue public-privé (Dpp).

Nous avons adossé la Sdsp à un plan d’action budgétisé sur la période 2026-2030. Nous mettons le cap sur 2030 avec des actions portant notamment sur la diversification des instruments financiers, le renforcement des capacités des entreprises, le cadre juridique et les coûts des facteurs de production. Je peux citer, par exemple, la stratégie de développement des pôles énergétiques, qui doit contribuer à agir sur les coûts de l’énergie, ou encore le programme régional de l’économie numérique.

L’accès au financement reste l’une des principales difficultés des Pme. Quelles réponses apporte la stratégie ?

Le plan d’action prévoit non seulement davantage de crédit bancaire, mais surtout une diversification des instruments et des canaux de financement. Il est notamment prévu de développer le financement participatif, de renforcer les guichets dédiés aux Pme, de promouvoir le capital-investissement, les fonds sectoriels et la microfinance, mais aussi de travailler sur la finance islamique et les produits participatifs.

Nous voulons également agir sur l’assurance et la micro-assurance, l’éducation financière, les questions liées à la Bourse et les observatoires de la qualité des services financiers.

Mais il y a un autre problème fondamental : la connaissance. Souvent, le secteur privé ne sait même pas que les dispositifs existent. Il faut donc mieux l’informer, mais aussi améliorer l’accessibilité des instruments. Il ne suffit pas de créer des compartiments Pme ou différents mécanismes de financement ; il faut que les entreprises puissent effectivement y accéder. Cela suppose de renforcer leurs capacités et de travailler avec les banques commerciales et les autres acteurs pour rendre les conditions d’accès plus accessibles.

Le document de stratégie chiffre le coût de la Sdsp à 11,6 milliards F Cfa sur la période 2026-2030. Ce montant est-il à la hauteur de l’ambition ?

Sur les 11,5 milliards F Cfa de la Sdsp, 8 milliards seraient financés par la Commission sur ses ressources propres. Les quelque 3 milliards restants doivent notamment mobiliser d’autres institutions régionales, telles que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), la Banque ouest-africaine de développement (Boad), l’Autorité des marchés financiers (Amf) et le Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace).

Il faut aussi préciser que nous avons tenu compte des projets et programmes déjà mis en œuvre ou budgétisés avec nos partenaires. C’est ce qui explique que le montant puisse paraître limité au regard de l’ambition. Nous avons voulu disposer d’un document solide, qui tienne compte de ce qui existe déjà et sur lequel nous pouvons réellement nous appuyer pour dérouler les actions.

L’autre stratégie porte sur le Dialogue public-privé. Qu’est-ce qui doit changer concrètement ?

Un bon dialogue public-privé ne se résume pas à une réforme ni à des rencontres. Il faut le structurer. Le Dpp constitue un espace formel d’échanges entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques sur les réformes à mener.

Notre diagnostic a montré que les cadres nationaux de dialogue sont hétérogènes et peu connectés entre eux. Or, certaines préoccupations ne peuvent pas être réglées au niveau national. Lorsqu’une difficulté concerne plusieurs États membres, elle peut nécessiter une réponse communautaire.

Nous voulons donc harmoniser le cadre réglementaire du Dpp, avec un modèle type de cadre national, et mettre en place un forum régional. Les cadres nationaux doivent traiter les difficultés locales, tandis que les questions nécessitant une réponse communautaire pourront remonter au niveau régional. L’idée est d’harmoniser, d’outiller et de connecter.

La Commission compte également faire émerger des champions nationaux et régionaux. Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

L’une des initiatives de la Commission qui permet un appui financier direct aux entreprises est Tremplin Startup Uemoa. Elle a démarré en 2020 et nous en sommes à la quatrième édition. Chaque édition permet de retenir 29 lauréats et plus d’un milliard F Cfa a été investi dans cette initiative.

Cela nous a permis d’identifier des champions au niveau national et régional, notamment dans le numérique et l’agro-industrie. Nous avons déjà travaillé sur les industries culturelles et créatives et nous voulons désormais travailler davantage sur la santé, où il existe également des projets innovants et compétitifs.

Nous travaillons également à la mise en place de pôles de compétitivité industrielle. L’objectif est d’identifier des filières prioritaires et de les mettre en avant pour faire émerger de réels champions.

Tremplin Startup a par ailleurs été intégré aux projets de l’Alliance pour l’entrepreneuriat en Afrique, pilotée avec la Société financière internationale (Sfi). Nous voulons désormais accompagner le vivier des champions des précédentes éditions et explorer des partenariats, notamment aux Émirats arabes unis et avec Dubai Chambers.

Le dispositif « Tremplin Startup » va-t-il évoluer ?

Oui. À l’origine, Tremplin Start up était essentiellement une initiative de remise de prix en numéraire aux startups, avec une sélection organisée avec les chambres consulaires nationales et les chambres de commerce. Nous voulons désormais aller plus loin, en associant à la remise des prix un accompagnement, un volet consacré à l’investissement et des possibilités pour les lauréats de présenter (pitcher) leurs projets en direct à des investisseurs.

Le plus gros prix est de 15 millions F Cfa. L’objectif est que les lauréats puissent mobiliser des ressources supplémentaires au-delà du prix reçu.

Malgré les textes communautaires, les opérateurs rencontrent encore des difficultés aux frontières. Que peut faire l’Uemoa ?

Il y a une réalité : aux frontières, les choses ne sont pas faciles pour les opérateurs. Récemment, j’ai visité la frontière entre le Togo et le Ghana et j’ai pu échanger avec des acteurs du secteur privé qui reconnaissaient avoir d’énormes difficultés. Je pense qu’il y a notamment un problème de méconnaissance des textes.

Nous avons un Observatoire des pratiques anormales (Opa) qui travaille sur ces questions. Chacun doit jouer sa partition. Nous essayons de mettre en place les dispositions nécessaires, mais il faut aussi que le secteur privé se renseigne et que les agents positionnés aux frontières soient mieux informés.

La Chambre consulaire régionale (Ccr-Uemoa) travaille avec les différents acteurs du secteur privé des huit États membres à la mise en place de postes d’information au niveau des postes frontaliers.

La stratégie s’inscrit dans une vision à l’horizon 2040, avec un cap intermédiaire en 2030. Quels résultats attendez-vous à cette échéance ?

La vision de la Commission de l’Uemoa porte sur 2040 et le plan stratégique sur 2030. Nous avons souhaité inscrire nos stratégies de développement du secteur privé sur ce cap de 2030, avec des résultats tangibles.

Nous voulons pouvoir constater une évolution des entreprises devenues plus dynamiques et plus compétitives, mais aussi disposer de réformes concrètes sur le climat des affaires et la promotion des investissements. L’ambition arrêtée dans la stratégie est d’avoir, à l’horizon 2030, un secteur privé de l’Uemoa parmi les plus compétitifs en Afrique, source de prospérité et de croissance inclusive.

Quel message avez-vous à adresser aux opérateurs économiques et aux investisseurs de l’espace Uemoa ?

Seul, on va vite et ensemble, on va plus loin. J’invite tous les investisseurs et tous les acteurs, publics comme privés, à travailler en cohérence et en concertation.

Nous avons besoin de lever les éventuels points d’achoppement. C’est pour cela que nous avons mis en place une plateforme de concertation régionale. L’idée est de pouvoir échanger, discuter et rechercher des solutions permettant à chacun d’y gagner. C’est tout le sens du partenariat gagnant-gagnant que nous voulons construire.

Nous misons beaucoup sur le forum régional du Dialogue public-privé (FoRDPP) qui, une fois pleinement opérationnel, doit permettre de traiter un certain nombre de préoccupations du secteur privé.

Le document de stratégie chiffre le coût de la Sdsp à 11,6 milliards F Cfa sur la période 2026-2030. Ce montant est-il à la hauteur de l’ambition ?

Sur les 11,5 milliards F Cfa de la Sdsp, 8 milliards seraient financés par la Commission sur ses ressources propres. Les quelque 3 milliards restants doivent notamment mobiliser d’autres institutions régionales, telles que la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (Bceao), la Banque ouest-africaine de développement (Boad), l’Autorité des marchés financiers (Amf) et le Fonds africain de garantie et de coopération économique (Fagace).

Il faut aussi préciser que nous avons tenu compte des projets et programmes déjà mis en œuvre ou budgétisés avec nos partenaires. C’est ce qui explique que le montant puisse paraître limité au regard de l’ambition. Nous avons voulu disposer d’un document solide, qui tienne compte de ce qui existe déjà et sur lequel nous pouvons réellement nous appuyer pour dérouler les actions.

L’autre stratégie porte sur le Dialogue public-privé. Qu’est-ce qui doit changer concrètement ?

Un bon dialogue public-privé ne se résume pas à une réforme ni à des rencontres. Il faut le structurer. Le Dpp constitue un espace formel d’échanges entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques sur les réformes à mener.

Notre diagnostic a montré que les cadres nationaux de dialogue sont hétérogènes et peu connectés entre eux. Or, certaines préoccupations ne peuvent pas être réglées au niveau national. Lorsqu’une difficulté concerne plusieurs États membres, elle peut nécessiter une réponse communautaire.

Nous voulons donc harmoniser le cadre réglementaire du Dpp, avec un modèle type de cadre national, et mettre en place un forum régional. Les cadres nationaux doivent traiter les difficultés locales, tandis que les questions nécessitant une réponse communautaire pourront remonter au niveau régional. L’idée est d’harmoniser, d’outiller et de connecter.

La Commission compte également faire émerger des champions nationaux et régionaux. Quels résultats avez-vous déjà obtenus ?

L’une des initiatives de la Commission qui permet un appui financier direct aux entreprises est Tremplin Startup Uemoa. Elle a démarré en 2020 et nous en sommes à la quatrième édition. Chaque édition permet de retenir 29 lauréats et plus d’un milliard F Cfa a été investi dans cette initiative.

Cela nous a permis d’identifier des champions au niveau national et régional, notamment dans le numérique et l’agro-industrie. Nous avons déjà travaillé sur les industries culturelles et créatives et nous voulons désormais travailler davantage sur la santé, où il existe également des projets innovants et compétitifs.

Nous travaillons également à la mise en place de pôles de compétitivité industrielle. L’objectif est d’identifier des filières prioritaires et de les mettre en avant pour faire émerger de réels champions.

Tremplin Startup a par ailleurs été intégré aux projets de l’Alliance pour l’entrepreneuriat en Afrique, pilotée avec la Société financière internationale (Sfi). Nous voulons désormais accompagner le vivier des champions des précédentes éditions et explorer des partenariats, notamment aux Émirats arabes unis et avec Dubai Chambers.

Le dispositif « Tremplin Startup » va-t-il évoluer ?

Oui. À l’origine, Tremplin Start up était essentiellement une initiative de remise de prix en numéraire aux startups, avec une sélection organisée avec les chambres consulaires nationales et les chambres de commerce. Nous voulons désormais aller plus loin, en associant à la remise des prix un accompagnement, un volet consacré à l’investissement et des possibilités pour les lauréats de présenter (pitcher) leurs projets en direct à des investisseurs.

Le plus gros prix est de 15 millions F Cfa. L’objectif est que les lauréats puissent mobiliser des ressources supplémentaires au-delà du prix reçu.

Malgré les textes communautaires, les opérateurs rencontrent encore des difficultés aux frontières. Que peut faire l’Uemoa ?

Il y a une réalité : aux frontières, les choses ne sont pas faciles pour les opérateurs. Récemment, j’ai visité la frontière entre le Togo et le Ghana et j’ai pu échanger avec des acteurs du secteur privé qui reconnaissaient avoir d’énormes difficultés. Je pense qu’il y a notamment un problème de méconnaissance des textes.

Nous avons un Observatoire des pratiques anormales (Opa) qui travaille sur ces questions. Chacun doit jouer sa partition. Nous essayons de mettre en place les dispositions nécessaires, mais il faut aussi que le secteur privé se renseigne et que les agents positionnés aux frontières soient mieux informés.

La Chambre consulaire régionale (Ccr-Uemoa) travaille avec les différents acteurs du secteur privé des huit États membres à la mise en place de postes d’information au niveau des postes frontaliers.

La stratégie s’inscrit dans une vision à l’horizon 2040, avec un cap intermédiaire en 2030. Quels résultats attendez-vous à cette échéance ?

La vision de la Commission de l’Uemoa porte sur 2040 et le plan stratégique sur 2030. Nous avons souhaité inscrire nos stratégies de développement du secteur privé sur ce cap de 2030, avec des résultats tangibles.

Nous voulons pouvoir constater une évolution des entreprises devenues plus dynamiques et plus compétitives, mais aussi disposer de réformes concrètes sur le climat des affaires et la promotion des investissements. L’ambition arrêtée dans la stratégie est d’avoir, à l’horizon 2030, un secteur privé de l’Uemoa parmi les plus compétitifs en Afrique, source de prospérité et de croissance inclusive.

Quel message avez-vous à adresser aux opérateurs économiques et aux investisseurs de l’espace Uemoa ?

Seul, on va vite et ensemble, on va plus loin. J’invite tous les investisseurs et tous les acteurs, publics comme privés, à travailler en cohérence et en concertation.

Nous avons besoin de lever les éventuels points d’achoppement. C’est pour cela que nous avons mis en place une plateforme de concertation régionale. L’idée est de pouvoir échanger, discuter et rechercher des solutions permettant à chacun d’y gagner. C’est tout le sens du partenariat gagnant-gagnant que nous voulons construire.

Nous misons beaucoup sur le forum régional du Dialogue public-privé (FoRDPP) qui, une fois pleinement opérationnel, doit permettre de traiter un certain nombre de préoccupations du secteur privé.