La Nation Bénin...
Le secteur de la microfinance au Bénin a terminé 2025 sur une croissance des crédits et une chute des dépôts, avec des créances en souffrance toujours élevées, rappelant les défis persistants de gouvernance et de transparence.
La microfinance clôture 2025 sur une croissance contrastée. L’encours des dépôts a enregistré une baisse de 8,28 % au quatrième trimestre 2025, avec un montant de 195,75 milliards contre 213,42 milliards un trimestre plus tôt, selon la Note de conjoncture (Fact Sheet – Microfinance 4? trimestre 2025 – n° 013) de l’Agence nationale de surveillance des systèmes financiers décentralisés (Anssfd).
En revanche, l’encours brut de microcrédits a continué sa progression amorcée depuis le 2e trimestre pour s’établir à 285,84 milliards F Cfa à fin décembre 2025 contre 267,22 milliards à fin septembre, soit une hausse de 6,97 % par rapport au troisième trimestre. Cette croissance est portée par une demande soutenue des micro-entrepreneurs et des ménages. Le nombre de demandes est passé de 637 067 en juillet-septembre à 771 770 en octobre-décembre. Le nombre de prêts accordés augmente de 602 174 à 721 876 sur la période.
Cette dynamique s’accompagne d’un risque accru de fragilité, notamment en raison de la persistance des créances en souffrance, qui impose une vigilance accrue.
Sous surveillance
L’année 2025 a été marquée par le retrait d’agrément et la mise en liquidation de cinq institutions. Trois nouvelles structures ont été autorisées à exercer dans le secteur. Entre autres, le Fonds arabo-africain d’investissement (Faai Sa) bénéficie d’un agrément pour ouvrir ses portes au Bénin. A fin 2025, le Bénin comptait 103 institutions de microfinance (Imf) agréées et 896 points de service.
L’année a aussi enregistré l’entrée en vigueur de la loi n° 2025-14 du 2 juillet 2025, qui modernise la réglementation de la microfinance au Bénin. Cette réforme, inscrite dans le cadre de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (Uemoa), vise à renforcer la gouvernance et la professionnalisation des institutions financières décentralisées.
A fin décembre, le taux de créances en souffrance s’est établi à 7,84 %, enregistrant une légère amélioration de 0,89 point de pourcentage par rapport au niveau atteint au troisième trimestre (8,73 %). Ce taux reste encore élevé et largement au-dessus de la norme réglementaire de 3 % fixée dans la zone Uemoa.
Ce constat met en lumière les difficultés rencontrées par certains emprunteurs à honorer leurs engagements. La situation appelle à un renforcement des mécanismes de suivi et de recouvrement, afin de préserver la stabilité du secteur et d’éviter une accumulation de risques systémiques.
A la croisée des chemins
Après plusieurs années d’expansion, les institutions entrent dans une logique de maturité, axée sur la résilience et la rentabilité. Les défis majeurs incluent la montée des risques de portefeuille, avec la hausse des créances en souffrance observée dans plusieurs pays, la nécessité d’adapter les modèles économiques aux nouvelles exigences réglementaires, ainsi que l’intégration des innovations numériques pour améliorer la transparence et l’efficacité.
A l’échelle régionale, le secteur de la microfinance connaît une phase de consolidation, marquée par l’adoption de nouvelles lois et solutions biométriques et d’intelligence artificielle (IA) pour élargir l’accès au financement puis sécuriser les transactions et les partenariats stratégiques avec les télécoms favorisant l’inclusion financière via le mobile money.
Les acteurs nationaux devront s’en inspirer en consolidant les partenariats régionaux pour harmoniser les pratiques et réduire les risques. La digitalisation apparaît comme un levier incontournable pour réduire les risques et élargir l’inclusion financière. Il est question de conjuguer innovation financière et accompagnement des emprunteurs pour consolider les acquis et garantir une expansion durable. Les priorités pour 2026 incluent le renforcement de la gouvernance et des mécanismes de recouvrement.