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Les 21 et 22 octobre, Samarcande, ancienne étape de la route de la soie, a réuni plus de 600 délégués de plus de 100 pays à l’occasion du Sommet mondial sur le bien-être des enfants, organisé par l’Ouzbékistan avec le soutien de l’Unicef, de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), de la Banque mondiale et des Nations Unies. Ministres, responsables internationaux, experts et quinze premières dames ont débattu d’une priorité commune : inscrire la santé, l’éducation et la protection sociale des enfants au cœur des politiques publiques et des budgets nationaux. Adoptée à l’issue de la rencontre, la Déclaration de Samarcande propose une approche intégrée du développement de l’enfant, de la petite enfance à l’adolescence, et souligne la nécessité de lutter contre la pauvreté, les violences et les inégalités, tout en protégeant les plus jeunes des conséquences des conflits et du changement climatique.
Accueilli au complexe Silk Road Samarkand, le sommet illustre la volonté de l’Ouzbékistan de renforcer son rayonnement international et de s’affirmer comme une plateforme de dialogue entre l’Asie centrale, l’Europe, le monde arabe et l’Asie du Sud. Les autorités ont également saisi cette occasion pour mettre en avant les réformes sociales engagées dans le pays. Selon les chiffres communiqués par les organisateurs, le taux de pauvreté des enfants serait ainsi passé de 21,5 % (2021) à 5,4 %, (2026) une évolution attribuée aux mesures ciblées en faveur des populations les plus vulnérables.
Remise d’un prix de l’Oms
La présence de quinze premières dames a illustré la dimension politique et internationale accordée à la santé et à la protection de l’enfance. Parmi elle, Ziroat Mirziyoyeva, épouse du président ouzbek, a reçu le Prix mondial du Directeur général de l’Oms pour sa contribution à la santé mondiale, notamment en faveur des enfants atteints de cancer. À travers la Fondation Zamin, elle soutient la modernisation des infrastructures médicales et le développement du réseau Mehrli Maktab, qui permet aux enfants hospitalisés pour des traitements de longue durée de poursuivre leur scolarité. Cette initiative illustre une approche qui associe soins et éducation, tout en renforçant la place de l’enfance dans les priorités nationales. En accueillant ce sommet, l’Ouzbékistan entend ainsi mettre en valeur ses réformes sociales et affirmer son rôle sur la scène internationale.
Des inégalités persistantes face au cancer
Le sommet s’est tenu parallèlement au deuxième Congrès international sur le cancer de l’enfant et l’hématologie, consacré au passage « du traitement à la qualité de vie ».
Selon les estimations de l’Oms, environ 400 000 enfants et adolescents développent chaque année un cancer dans le monde. Près de 90 % d’entre eux vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, où les possibilités de diagnostic et de traitement demeurent souvent limitées.
Les écarts de survie illustrent ces disparités : dans les pays à revenu élevé, plus de 80 % des enfants atteints d’un cancer survivent, contre moins de 30 % dans de nombreux pays moins favorisés. L’accès au diagnostic précoce, aux médicaments essentiels et aux traitements spécialisés reste donc déterminant. La qualité de la prise en charge dépend aussi de la capacité des systèmes de santé à accompagner les enfants au-delà du traitement médical.
Le nerf de la guerre
Au-delà des orientations adoptées à Samarcande, la question des ressources demeure déterminante. Les investissements dans la petite enfance, les services de santé, les allocations familiales et la protection sociale sont susceptibles de produire des bénéfices durables, à condition d’être suffisamment financés et de parvenir aux populations qui en ont le plus besoin. La Banque mondiale et l’Unicef défendent notamment des systèmes de protection sociale capables d’accompagner les familles confrontées à la pauvreté, aux déplacements forcés ou aux crises économiques. Mais, dans de nombreux pays, les dépenses consacrées aux enfants restent dispersées entre plusieurs ministères, difficiles à évaluer et vulnérables aux arbitrages budgétaires. Lorsque l’endettement, les impératifs de sécurité ou les contraintes macroéconomiques dominent, les politiques sociales risquent de passer au second plan. La difficulté ne consiste donc pas seulement à accroître les dépenses, mais aussi à mieux les répartir, à garantir leur continuité et à mesurer leur efficacité. Pour les pays aux ressources limitées, la coopération internationale peut contribuer à combler les déficits de financement, sans se substituer à la responsabilité des gouvernements.
Déclaration de Samarcande
Adoptée à l’issue des deux journées de travaux, la Déclaration de Samarcande sur l’investissement dans le bien-être des enfants constitue le principal résultat du sommet. Elle fixe un cadre d’action commun pour mieux coordonner les politiques de santé, d’éducation inclusive et de protection sociale, tout en plaçant les besoins des enfants au cœur des décisions publiques. Le texte préconise notamment d’accroître les investissements dans la petite enfance, de faciliter l’accès aux soins, en particulier contre le cancer pédiatrique, et de renforcer la protection des plus jeunes face aux violences, aux conflits et aux inégalités. L’objectif est de mobiliser les États et leurs partenaires internationaux autour de mesures concrètes, inscrites dans les stratégies nationales et soutenues par des financements durables.
La cérémonie de clôture, à laquelle a assisté l’acteur américain Adrien Brody, lauréat d’un Oscar, a marqué la fin du Sommet.