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Depuis Bor, chef-lieu de l’État du Jonglei, Adham Effendi, directeur par intérim du Programme alimentaire mondial (Pam) au Soudan du Sud, a dressé un constat alarmant lors d’un briefing aux correspondants accrédités auprès de l'Onu à Genève. Selon l'organisation, la reprise des violences menace directement la survie de centaines de milliers de civils et risque de faire basculer toute une région dans une crise humanitaire d’ampleur.
Le Programme alimentaire mondial (Pam) appelle l’ensemble des parties au conflit à cesser immédiatement les opérations militaires, à désamorcer les tensions et à garantir un accès humanitaire sûr. Dans cet État de l’est du Soudan du Sud, qui compte près de deux millions d’habitants, l’escalade sécuritaire pourrait provoquer de nouveaux déplacements massifs de populations à la recherche de nourriture et de protection.
Selon les dernières projections, près de 60 % des habitants du Jonglei devraient faire face à des niveaux critiques de faim lors de la prochaine période de soudure, entre avril et juillet 2026. À l’échelle nationale, 7,56 millions de personnes soit plus de la moitié de la population Sud-Soudanaise sont menacées d’insécurité alimentaire aiguë, d’après le dernier rapport de classification Ipc.
"Cette escalade militaire ne pouvait survenir à pire moment", a déclaré Adham Effendi. "Notre fenêtre pour atteindre les populations les plus vulnérables se referme rapidement". La situation nutritionnelle se détériore également : 2,1 millions d’enfants souffrent désormais de malnutrition, ainsi que plus d’un million de femmes enceintes ou allaitantes.
L’acheminement de l’aide reste fortement entravé. Les convois routiers et les vols humanitaires coordonnés par les Nations Unies n’ont pas obtenu les autorisations nécessaires, alors que le pré-positionnement des vivres est crucial avant l’arrivée des pluies. Médecins Sans Frontières (Msf) dénonce par ailleurs des restrictions imposées par les autorités dans plusieurs zones du Jonglei, notamment à Lankien, Pieri et Akobo, où tous les vols humanitaires sont suspendus depuis décembre 2025. L’organisation affirme que ces mesures empêchent l’évacuation de patients gravement malades et l’acheminement de soins essentiels, et prévient qu’un retrait forcé laisserait près de 400 000 personnes sans aucun accès aux soins.
Sur le terrain, les combats se sont intensifiés depuis décembre dans le nord du Jonglei, opposant les forces gouvernementales à des groupes armés de l’opposition. Cette flambée de violence intervient dans un contexte de tensions politiques persistantes au sein du gouvernement de transition mis en place à la suite de l’accord de paix de 2018.
Face au risque d’un retour à la guerre généralisée, les responsables religieux ont haussé le ton. Dans un communiqué publié le 27 janvier, le cardinal Stephen Ameyu Martin Mulla, archevêque de Juba, a appelé les dirigeants Sud-Soudanais à "abandonner la guerre et choisir le dialogue", rappelant que les civils "ne sont pas des propriétés, mais des êtres humains".
L’Onu partage cette inquiétude. Le secrétaire général Antonio Guterres s’est dit « profondément préoccupé» par l’escalade des violences, qui aurait déjà entraîné le déplacement de plus de 250 000 civils depuis le début de l’année 2026. Les Nations unies dénoncent également une rhétorique inflammatoire ciblant certaines communautés, susceptible d’alimenter des violences de masse.
La Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (Unmiss) et la Commission des droits de l’homme de l’Onu ont mis en garde contre des appels à une violence indiscriminée contre les civils. "Dans l’histoire récente du Soudan du Sud, ce type de discours a précédé des crimes de masse", a rappelé Yasmin Sooka, présidente de la Commission.
Indépendant depuis 2011, le plus jeune État du monde a sombré dans une guerre civile dès 2013, conflit qui a fait près de 400 000 morts et déplacé des millions de personnes. Malgré l’accord de paix de 2018 et la formation d’un gouvernement d’unité nationale, les affrontements et violations du cessez-le-feu se poursuivent.
Une femme cuisine à Walgak, dans l'Etat de Jonglei, au Soudan du Sud