La Nation Bénin...
Un marché dédié exclusivement à la vente d’igname à Agoua, un des neuf arrondissements de Bantè, est en train de transformer le paysage économique du département des Collines. Les acteurs espèrent désormais voir leur initiative prise en compte dans le projet gouvernemental de création de centres commerciaux thématiques.
Sur l’axe Dassa-Savalou-Bantè-Djougou, le passage par le hameau de Jabè, est devenu au fil des mois une escale incontournable. Ici, le paysage est dominé par des hangars de fortune sous lesquels se trouvent entassés des milliers de tubercules. C’est le marché d’igname d’Agoua.
Le succès de ce marché tient d’abord à son emplacement. Positionné stratégiquement sur le bas côté du bitume, il capte un flux constant de voyageurs et de transporteurs routiers. Parmi eux, Issa Bansè et Hervé Tapsoba, deux conducteurs de camions en transit vers le Burkina Faso. Appréciant le rôle du nouvel espace commercial dédié exclusivement à l’igname, Issa Bansè n’a pas caché sa satisfaction. « Cette initiative nous arrange. Le marché est bien situé et l’igname y est toujours disponible », confirme M Bansè tout en chargeant deux imposants sacs de tubercules, pour sa consommation personnelle et celle de son compatriote. Comme eux, des dizaines d’usagers marquent un arrêt à Jabè, faisant du marché, un véritable poumon économique pour la localité et ses environs.
Le marché sous-régional
A Bantè, l’igname est plus qu’un simple produit agricole, c’est un patrimoine culturel et alimentaire. Pourtant, pour garantir la disponibilité du produit tout au long de l'année, les commerçants ne se contentent plus de la seule production des champs environnants. Isaac Adanlokonon et son épouse, figures actives du pôle commercial, expliquent la complexité de l’approvisionnement: en période de soudure, des tubercules sont acheminés des pays voisins. Un investissement lourd pour ses acteurs locaux, alors que le prix de livraison d’un seul tricycle d’igname peut aujourd’hui dépasser 300 000 francs Cfa.
Au niveau du marché, l’igname se décline sous diverses formes: tubercules frais ou cossettes séchées destinées à la production de la farine pour préparer la pâte noire ou un couscous local communément appelé « wassa wassa». L’igname fraîche se consomme bouillie, frite mais surtout pilée pour obtenir une pâte blanchâtre et tendre indissociable de la gastronomie du département des Collines.
En décidant de structurer le commerce de l’igname face à l’ampleur que prend cette activité, la collectivité territoriale de Bantè entend en faire un levier de croissance. Mais les moyens locaux sont limités. Les animateurs du marché tournent désormais leur regard vers Cotonou. Ils souhaitent voir leur initiative intégrer le projet gouvernemental de création de centres commerciaux thématiques au Bénin. En sollicitant l’appui de l’Etat pour la modernisation des infrastructures, les acteurs du marché ne visent rien de moins que la conquête du marché sous-régional. En Afrique de l’Ouest où l’igname demeure une base alimentaire fondamentale, Agoua ambitionne de devenir une vitrine béninoise de ce tubercule.
Le marché d'igname d'Agoua