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En marge de la session du Comité exécutif de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), le ministre camerounais de la Santé, le Dr Malachie Manaouda, a défendu une résolution ambitieuse visant à remettre la lutte contre les hépatites virales au cœur de l’agenda sanitaire international. À trois ans de l’échéance de 2030, le pays entend provoquer un sursaut politique et financier, notamment en Afrique subsaharienne.
"Longtemps reléguées au second plan des priorités sanitaires mondiales, les hépatites virales constituent aujourd’hui l’une des crises de santé publique les plus meurtrières et les plus ignorées", a déclaré le Dr Malachie Manaouda, ministre camerounais de la Santé, lors d'une rencontre avec les membres de l'Association des Correspondants Accrédités auprès des Nations Unies (Acanu) à Genève. "Chaque jour, elles provoquent la mort de 3 500 personnes dans le monde, soit environ 1,3 million de décès par an, un bilan comparable à celui du Vih ou de la tuberculose. Contrairement à ces maladies, la mortalité liée aux hépatites continue d’augmenter ", a-t-il ajouté. Le ministre a annoncé que "face à ce constat, le Cameroun portera en 2027 une résolution à la 80e Assemblée mondiale de la santé pour relancer la mobilisation internationale et remettre l’élimination des hépatites sur la trajectoire fixée par l'Onu pour 2030".
Urgence sanitaire mondiale à mi-parcours
Selon les estimations internationales, 304 millions de personnes vivent aujourd’hui avec une hépatite virale, majoritairement les hépatites B et C. La plupart d’entre elles ne sont ni diagnostiquées ni traitées, alors même que des outils efficaces existent : vaccins, tests fiables, traitements curatifs pour l’hépatite C et suppressifs pour l’hépatite B.
« Nous sommes face à un échec collectif », résume le ministre camerounais. À mi-parcours de l’échéance de 2030, le monde reste très loin des cibles fixées: 90 % de dépistage, 80 % de couverture thérapeutique et une réduction de 65 % de la mortalité. Sans accélération immédiate, les projections font état de 9,5 millions de nouvelles infections et de 2,8 millions de décès évitables d’ici à 2030. À l’inverse, une action concertée pourrait sauver près de 2,9 millions de vies. C’est à l’approche de cette période clé, entre 2026 et 2030, que le Cameroun entend agir, en s’appuyant sur les leviers de mobilisation déjà utilisés avec succès contre le Vih et la tuberculose.
Négligence politique et financière persistante
La résolution souligne que les hépatites passent souvent inaperçues pendant des années. Dans de nombreux pays à ressources limitées, les patients ne consultent qu’au stade de cirrhose ou de cancer du foie, lorsque les options thérapeutiques sont restreintes. Cette invisibilité clinique nourrit une faible demande communautaire et une perception politique atténuée de l’urgence. Résultat : les hépatites reçoivent moins d’un dixième des financements alloués au Vih, alors qu’elles touchent huit fois plus de personnes à l’échelle mondiale.
En Afrique subsaharienne, qui concentre une large part des cas d’hépatites B et C, l’impact est particulièrement lourd. Le manque de ressources entrave le dépistage de masse, la vaccination universelle, notamment à la naissance, et l’accès aux traitements antiviraux. Sans inflexion majeure, la région risque de rester à la fois la plus touchée et la moins financée.
Au travers de cette résolution, le Cameroun souhaite fédérer une coalition d’États africains afin de porter une voix unifiée au sein des Nations unies et d’obtenir des financements nouveaux, innovants et soutenables, à la hauteur de la charge réelle de la maladie.
Vers une réforme de la gouvernance multilatérale
Au-delà de la question des hépatites, le texte défendu par Yaoundé interroge plus largement le fonctionnement du système multilatéral. Il appelle à un rôle renforcé de l’Oms et des Nations Unies dans la mobilisation des dirigeants politiques, la réduction des inégalités d’accès aux outils de prévention et de traitement, l’harmonisation des stratégies nationales et le suivi indépendant des engagements pris. La résolution propose notamment que le directeur général de l’Oms transmette officiellement au secrétaire général de l’Onu la demande des États membres d’organiser, en 2027, une Réunion de haut niveau consacrée aux hépatites virales. Celle-ci devrait déboucher sur une déclaration politique assortie d’objectifs chiffrés, d’engagements financiers clairs et d’une participation active des communautés concernées. Pour le Cameroun, l’inclusion des personnes vivant avec les hépatites et des organisations de la société civile dans les processus décisionnels y compris au sein des délégations nationales constitue un impératif démocratique et sanitaire.
L’expérience camerounaise
Si le Cameroun revendique un rôle de leadership, c’est aussi en s’appuyant sur des avancées nationales. Le vaccin contre l’hépatite B est intégré au Programme élargi de vaccination infantile depuis 2005. Chez les générations nées après cette date, la prévalence n’est plus que de 0,7 %, contre 11 % pour les générations précédentes. La généralisation de la dose de naissance, cruciale pour prévenir la transmission mère-enfant, est prévue d’ici 2027. Le dépistage a été intégré aux plateformes Vih et aux soins de santé primaires, avec le déploiement de tests rapides ultrasensibles, conformément à l’approche de « triple élimination » Vih-syphilis-hépatites. Par ailleurs, des protocoles thérapeutiques harmonisés ont été adoptés, des dizaines de centres de traitement sont opérationnels sur l’ensemble du territoire, et les traitements bénéficient d’une subvention publique, intégrée à la première phase de la couverture santé universelle.
À l’image de pays comme l’Égypte, la Mongolie ou la Géorgie, explicitement cités dans le projet de résolution, le Cameroun veut démontrer que l’élimination des hépatites est possible, même dans des contextes de ressources limitées, à condition d’une volonté politique affirmée.
Test pour la solidarité internationale
"L’hépatite virale est l’une des grandes crises silencieuses de notre époque", insiste le ministre camerounais. À l’heure où tous les outils existent pour prévenir, diagnostiquer et traiter, la question n’est plus technique, mais politique. La période 2026-2030 apparaît comme la dernière chance de tenir les engagements pris. Une Réunion de haut niveau des Nations Unies pourrait, selon Yaoundé, agir comme un catalyseur de financements, de solidarité internationale et de redevabilité collective. Reste à savoir si la communauté internationale saura répondre à cet appel et rompre enfin le silence autour d’une épidémie qui tue, chaque jour, dans l’ombre.
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