La Nation Bénin...

Présidence de l’Alliance contre les violences sexuelles liées aux conflits: La RDC veut renforcer l’action internationale

International
Présidence de l’Alliance contre les violences sexuelles liées aux conflits Présidence de l’Alliance contre les violences sexuelles liées aux conflits

La RDC veut renforcer l’action internationale
Présidente en 2026 de l’Alliance internationale sur la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (PSVI), la République démocratique du Congo a fait de la lutte contre ces violences une priorité de son mandat. A Genève, le ministre des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, a rappelé les trois axes de la présidence congolaise : renforcer l’Alliance, combattre l’impunité et protéger concrètement les enfants nés de viols liés aux conflits.

Par   Catherine Fiankan-Bokonga, correspondante accréditée auprès de l’Office des Nations Unies à Genève (Suisse), le 05 oct. 2026 à 16h03 Durée 5 min.
#Présidence de l’Alliance contre les violences sexuelles liées aux conflits

Une femme violée toutes les quatre minutes.


C’est le chiffre avancé en 2025 par les Nations Unies pour mesurer l’ampleur des violences sexuelles en RDC, pays ravagé par près de trois décennies de conflits. C’est aussi sur cette réalité que Kinshasa appuye son action à la tête, en 2026, de l’Alliance internationale sur la prévention des violences sexuelles liées aux conflits (PSVI), qu’elle co-préside avec l’Ukraine.

« Notre pays connaît, hélas, le prix macabre de ces violences », a déclaré, à Genève, le ministre congolais des Droits humains, Samuel Mbemba Kabuya, lors d’un événement de haut niveau organisé en marge de la 63e session du Conseil des droits de l’homme. Devant des ambassadeurs, des représentants d’organisations internationales et de la société civile, il a appelé à donner « une voix à celles qui n’en ont pas, et à ceux que l’on oublie trop souvent ».


Angelina Jolie et le Royaume-Uni à l’origine du PSVI



Lancée en 2012 par le Royaume-Uni, à l’initiative de Lord William Hague et d’Angelina Jolie, alors envoyée spéciale du HCR, la PSVI repose sur le principe que les violences sexuelles commises en période de conflit ne sont pas une fatalité, mais des crimes qui doivent être prévenus, documentés et punis. Le sommet mondial de Londres en 2014 avait marqué une étape importante avec l’adoption du Protocole international de documentation et d’enquête. Pour Kinshasa, sa présidence doit permettre de passer des engagements politiques aux mesures concrètes. Trois priorités ont été définies.

Renforcer l’Alliance


La première consiste à renforcer la PSVI elle-même. La RDC propose la création d’un secrétariat global permanent, destiné à assurer la continuité de l’Alliance, le suivi des engagements et leur coordination. « Une Alliance sans mémoire institutionnelle, sans suivi des engagements, sans coordination, est une Alliance qui s’essouffle », a averti Samuel Mbemba.
Kinshasa souhaite également élargir le nombre de membres. Le ministre a appelé les Etats qui ne participent pas encore à rejoindre l’Alliance, tandis que les membres actuels sont invités à désigner un point focal national et à prendre des engagements mesurables. Les partenaires internationaux sont, eux, appelés à soutenir la création du futur secrétariat et à financer les programmes de réintégration.

Combattre l’impunité


Deuxième priorité : la lutte contre l’impunité. Pour la présidence congolaise, prévenir les violences sexuelles ne peut être dissocié de la capacité à poursuivre leurs auteurs et à faire en sorte que les preuves puissent être utilisées devant les tribunaux.


La RDC entend ainsi promouvoir le renforcement des législations nationales et la formation des magistrats, des policiers et des militaires. Elle préconise également une utilisation systématique du Protocole international de documentation et d’enquête afin de consolider les éléments de preuve nécessaires aux procédures judiciaires.
Dans un pays où les violences sexuelles demeurent liées aux affrontements dans l’est, cette question constitue l’un des principaux défis de la présidence congolaise. Elle renvoie aussi à la capacité de la communauté internationale à transformer la condamnation des violences sexuelles en mécanismes effectifs de justice.


Protéger les enfants nés du viol
Le troisième axe de cette action internationale concerne les enfants nés de violences sexuelles liées aux conflits. « Ces enfants sont innocents. Ils ne sauraient être tenus responsables des crimes commis contre leur mère », a souligné Samuel Mbemba. Pourtant, ils peuvent être confrontés à la stigmatisation, au rejet, à l’exclusion ou encore à l’apatridie, ce que le ministre qualifie de « seconde » condamnation. La RDC entend dès lors faire de leurs droits une priorité, en garantissant notamment l’état civil, la nationalité, l’accès à la justice et aux réparations, ainsi qu’aux soins psychosociaux et à l’éducation, dans le respect de la vie privée des survivantes et de leurs enfants.


Les réalités du terrain


Cette approche se heurte toutefois à des difficultés très concrètes sur le terrain. Naomie Dalmonte, représentante adjointe du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) en RDC, a indiqué lors de l’événement que l’accès aux services destinés aux survivantes de violences sexuelles avait diminué de 13 % entre février et juillet 2026 dans les zones de conflit de l’est du pays (Nord et Sud-Kivu), notamment en raison de l’évolution des lignes de front et des restrictions de mobilité. Le FNUAP privilégie désormais une prise en charge « holistique », combinant soins médicaux, soutien psychosocial, assistance juridique et accompagnement socio-économique, auxquels s’ajoutent les volets de prévention et de réparation.


Marquer son passage


À deux mois de la fin de son mandat, la République Démocratique du Congo entend inscrire durablement son action à la tête de l’Alliance. « Nous ne voulons pas que cette présidence reste symbolique. Nous voulons qu’elle laisse une trace », a déclaré le ministre Congolais des droits humains, Samuel Mbemba Kabuya.