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Léon Anjorin Koboudé à propos de l’impact de la digitalisation sur la presse: « Elle doit se réinventer mais aussi identifier les opportunités »

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Léon Anjorin Koboudé Léon Anjorin Koboudé

La menace de la digitalisation de l’information sur la presse papier est évidente, selon Léon Anjorin Koboudé, expert en communication et enseignant à l’Ecole nationale des sciences et techniques de l’information et de la communication (Enstic-Uac) de l’Université d’Abomey-Calavi. Il évoque dans cet entretien des pistes de solutions pour une presse écrite économiquement viable et professionnellement respectable au Bénin. 

Par   Isidore GOZO, le 27 févr. 2024 à 03h17 Durée 3 min.
#Léon Anjorin Koboudé #la digitalisation sur la presse

La Nation : Vous avez organisé une conférence publique à l’Université d’Abomey-Calavi sur la menace de la digitalisation sur la presse. Quelles sont les motivations d’une telle initiative?

Léon Anjorin Koboudé : Cette conférence sur la digitalisation de l’information est organisée dans le cadre de mes cours pratiques avec mes étudiants. Je leur avais suggéré trois thèmes et ils ont choisi d’aborder ce thème lié à la digitalisation de la presse au Bénin. Ce thème est très important parce que nous observons comment change progressivement le mode de consommation du public en matière d’information. Aujourd’hui, la plupart des citoyens utilisent un smartphone pour s’informer. Dans ce contexte de changement d’habitude continuel des modes de consommation de l’information, il était quand même important de s’interroger sur ce que devient la presse papier. Ça a été un creuset de réflexion sur le sujet et nous avons été très contents de l’intérêt que cela a suscité dans le public. On a eu un panel intéressant et deux praticiens dans le domaine du web et de la presse papier qui ont donné des points de vue différents. La présence du docteur Wenceslas Mahoussi a permis d’avoir le regard d’un universitaire sur le sujet. C’était une très belle opportunité intellectuelle pour réfléchir sur la menace que peut représenter la digitalisation sur la presse. 

Pensez-vous que la presse béninoise a encore de beaux jours devant elle ?

Oui, la presse béninoise a encore de beaux jours devant elle à condition qu’elle se réinvente, qu’elle s’adapte et qu’elle essaie d’identifier les opportunités que peuvent lui apporter les nouveaux modes de consommation de l’information du public. Si le public est à un niveau avancé en matière de mode de consommation de l’information et que vous, vous êtes à un niveau statique, vous êtes en retard sur le public. Je crois qu’il y a cette nécessité de s’adapter à cette avancée de la digitalisation. On n’a pas besoin aujourd’hui de demander à une presse d’avoir un support digital ou des réseaux sociaux qui lui permettent de prolonger la vie de ses contenus ou de donner plus d’échos à ses contenus. La presse béninoise peut encore vivre longtemps si elle choisit des contenus plus appropriés dont le public a besoin et si elle fait ce travail de proximité en matière de disponibilité de l’information. A côté du support papier, il faut privilégier aussi les supports digitaux puisque c’est là où se trouve la majorité du public. Nous tous, nous savons que ‘’Jeune Afrique’’ était un hebdomadaire mais aujourd’hui, il a fait des investissements massifs dans le digital et le support papier est devenu mensuel. C’est cet effort d’adaptation et de repositionnement que je demande à la presse béninoise et c’est pour une question de survie économique. Je crois que c’est un choix que doit impulser le gouvernement qui doit faire l’effort d’encourager les médias qui suivent le train de la digitalisation de l’information sans renier les fondamentaux de la presse papier. Le digital a un avantage et c’est cet avantage qu’il faut exploiter. 

Quel est l’avantage de la digitalisation de l’information pour la presse et comment réinventer cette dernière ?

Avec la digitalisation, nous assistons à la rapidité de la publication de l’information. Mais attention ! Cette rapidité ne doit pas agir sur la qualité de l’information. La digitalisation a aussi un effet direct sur la fabrication de contenus, sur le format des articles aussi. Pour les sites internet, on privilégie des papiers assez courts et qui donnent envie de lire. La digitalisation vient s’imposer à la presse papier et il revient à cette dernière de prendre le côté positif de cette digitalisation et d’arriver à s’imposer. Pour ce faire, il faut diversifier les genres, traiter les sujets qui peuvent préoccuper le public, faire des contenus plus audacieux. Du point de vue de la gestion économique des médias, je crois qu’il faut pousser les médias à se regrouper afin d’avoir des entreprises de presse économiquement viables et professionnellement respectables. Il faut une stratégie de subvention qui obligerait les médias à se regrouper et faire en sorte qu’on ait moins de titres sur la place. Je suis pour le pluralisme mais je préfère un pluralisme de qualité.