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Première session conjointe du Cdcc et de la Cad à Natitingou: L’insécurité et les voies de son éradication au cœur des échanges

Région
Au-delà du caractère protocolaire, la rencontre a permis d’aborder sans détour la question sécuritaire Au-delà du caractère protocolaire, la rencontre a permis d’aborder sans détour la question sécuritaire

À l’invitation du préfet de l’Atacora, les maires des neuf communes du département, leurs adjoints ainsi que les secrétaires exécutifs se sont réunis, jeudi 26 février, dans la salle de conférence de la préfecture à Natitingou. Cette première session conjointe du Conseil départemental de concertation et de coordination (Cdcc) et de la Conférence administrative départementale (Cad) a été largement consacrée à la menace sécuritaire dans l’Atacora et aux mécanismes à mettre en œuvre pour l’endiguer.

Par   Alexis METON A/R Atacora-Donga, le 03 mars 2026 à 10h35 Durée 2 min.
#Conférence administrative départementale

La première session conjointe du Conseil départemental de concertation et de coordination (Cdcc) et de la Conférence administrative départementale (Cad), présidée par Lydie Déré Chabi Nah, préfet de l’Atacora, se veut avant tout une rencontre de prise de contact avec les nouveaux maires récemment installés. Instances de coordination des actions de développement, la Cad et le Cdcc sont respectivement régis par les décrets 2022-112 et 2022-113 du 16 février 2022.

Au-delà du caractère protocolaire, la rencontre a permis d’aborder sans détour la question sécuritaire. « Notre réunion de prise de contact se focalise sur la colonne vertébrale de notre vivre-ensemble : le maintien de la paix et de la sécurité, indispensables à la poursuite des actions de développement de notre territoire», a souligné le préfet.

En raison de sa situation géographique et de sa configuration territoriale, le département de l’Atacora est confronté, depuis 2021, à des défis sécuritaires multiformes et persistants. Des défis qui appellent, selon l’autorité préfectorale, une réponse collective, coordonnée et résolument proactive.

L’accession des maires à la tête des communes leur confère une mission éminente : garantir l’ordre public, préserver la paix sociale et promouvoir un développement harmonieux, en parfaite synergie avec l’État. En tant qu’autorités de proximité, ils sont appelés à jouer un rôle central dans la prévention et la gestion des risques sécuritaires, en étroite collaboration avec les Forces de défense et de sécurité (Fds).

Deux communications ont structuré les échanges : l’une sur la situation sécuritaire dans le département, l’autre sur la synergie et l’implication des élus dans la gouvernance sécuritaire. La première a insisté sur la «bataille du renseignement », invitant les autorités communales à renforcer les mécanismes d’alerte et de collecte d’informations. La seconde a mis en lumière les leviers dont disposent les maires à travers la police administrative.

Pour Jacques Sambiéni, directeur départemental des Affaires intérieures et de la Sécurité publique de l’Atacora, la police administrative regroupe « l’ensemble des mesures et des prérogatives qui permettent au maire d’encadrer l’ordre public dans la commune ». La coproduction de la sécurité, impliquant élus, populations et société civile, a également été présentée comme un pilier incontournable.

Inquiétudes et pistes d’action

Les participants ont exprimé leurs préoccupations face à la recrudescence des attaques dans certaines localités, notamment dans la zone dite des « 2KP ». Les Fds ont rassuré l’assistance, affirmant poursuivre le quadrillage du territoire avec les moyens disponibles.

Parmi les pistes évoquées figure le recours aux chasseurs traditionnels, dont le rôle reste à préciser par les autorités compétentes afin d’assurer une collaboration efficace et encadrée.

Tous ont convenu que la lutte contre l’insécurité ne saurait être l’apanage des seules forces armées. Elle exige l’engagement de chaque citoyen et la consolidation des services publics de base, gage de stabilité sociale.

Ils ont dit

Maguidi Gbéré Kora, chargé de mission du préfet de l’Atacora

« Le maire est la première autorité communale chargée d’assurer la sécurité de ses concitoyens. Cela suppose des aptitudes et des comportements adaptés dans le cadre de la gouvernance sécuritaire. Des engagements ont été pris afin que les élus adoptent les mesures nécessaires pour garantir la quiétude des populations et promouvoir la coproduction de la sécurité.

La continuité du service public est un principe fondamental. En cette période de crise, la permanence des prestations offertes par l’État et les collectivités territoriales doit être assurée : sécurité, électricité, éclairage public, santé… Tous les services déconcentrés sont mobilisés pour garantir cette continuité à la base. »

Orou Maré Koto, maire de Péhunco

« La situation sécuritaire dans l’Atacora est préoccupante. Dans la zone des 2KP, très convoitée ces derniers temps, nous avons enregistré plusieurs attaques, notamment à Péhunco et récemment à Kouandé. Face à ces événements, nous devons nous interroger sur le rôle de chacun.

La lutte ne doit pas être l’apanage des Fds. Chaque acteur doit apporter sa contribution. Le maire, en tant qu’élu, doit savoir gérer l’information, organiser l’alerte et mobiliser les moyens nécessaires. Une synergie entre les Fds et les chasseurs traditionnels pourrait contribuer à renforcer la paix. »

Taté Ouindéyama, maire de Natitingou

« Malgré la délicatesse de la situation, je reste animé d’espoir. Notre cadre de concertation s’est penché sur l’insécurité qui affecte nos territoires, notamment frontaliers. Avec les Fds, nous avons pris connaissance des réalités du terrain et réfléchi aux solutions adéquates pour protéger les personnes et les biens.

Les maires ont un rôle prépondérant dans cette dynamique. Nous devons sensibiliser nos populations et encourager le renseignement. Sans information fiable, le doute s’installe. Chacun doit prendre la mesure de l’enjeu et s’impliquer pour défendre son territoire. »

Jacques Sambiéni, directeur départemental des Affaires intérieures et de la Sécurité publique

« Le renseignement est une activité stratégique qui éclaire l’autorité sur la situation sécuritaire locale. La coproduction de la sécurité mobilise élus, populations, société civile et tous les acteurs concernés.

On ne peut envisager une gouvernance sécuritaire efficace sans services publics de base : eau, électricité, santé, éducation. Le maire est le pivot de la sécurité communale. Une commune sûre commence par une autorité locale responsable et proactive.

L’implication des chasseurs traditionnels peut constituer une approche pertinente, à condition que la collaboration soit bien encadrée. Avec le temps, ces initiatives pourront être affinées pour produire des effets positifs durables. »