La Nation Bénin...
Plus
de 7,6 millions de cas de dengue ont été signalés à l'Oms en 2024, dont 3,4
millions de cas confirmés, plus de 16 000 cas graves et plus de 3 000 décès au
30 avril 2024. La recrudescence mondiale de cette maladie transmise par les
moustiques Aedes devient une véritable préoccupation sanitaire. Docteur Horace
Degnonvi, spécialiste en Épidémiologie et Médecine préventive, enseignant –
chercheur à l’Université Libre de Bruxelles, nous éclaire sur les causes de
cette propagation, les symptômes à surveiller et les moyens de prévention pour
enrayer l'épidémie.
La
Nation : Pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qu'est la dengue et comment
elle se transmet ?
Docteur
Horace Degnonvi : La dengue est une maladie virale transmise par des
moustiques, principalement l’espèce Aedes aegypti. Le virus de la dengue se
transmet la piqûre de moustiques infectés, qui contractent le virus en piquant une
personne infectée. Il existe quatre sérotypes du virus de la dengue, et une
personne peut être infectée par chacun d’eux au cours de sa vie. Cette maladie
est courante dans les régions tropicales et subtropicales.
Quels
sont les symptômes les plus courants de la dengue et comment se
différencient-ils de ceux d'autres maladies virales comme le paludisme ou la
grippe ?
Les
symptômes les plus fréquents de la dengue incluent une forte fièvre soudaine,
des maux de tête intenses, des douleurs derrière les yeux, des douleurs
musculaires et articulaires, ainsi que des éruptions cutanées. Contrairement au
paludisme, la dengue n'entraîne pas de frissons ou de sueurs alternées, et
contrairement à la grippe, les douleurs articulaires et les éruptions sont plus
caractéristiques. En cas de dengue sévère, il peut y avoir des saignements
internes, ce qui la distingue des autres maladies virales.
Comment
expliquez-vous la recrudescence des cas de dengue ces dernières années,
notamment dans certaines régions tropicales ?
La
recrudescence des cas de dengue s'explique par plusieurs facteurs. Le
changement climatique contribue à étendre les zones où le moustique Aedes
aegypti peut survivre, favorisant ainsi la transmission. De plus,
l'urbanisation rapide, souvent mal planifiée, crée des environnements où les
moustiques peuvent proliférer, notamment dans des zones de stagnation d'eau.
Enfin, la mobilité croissante des populations facilite la propagation du virus
à de nouvelles régions.
Actuellement,
quelles sont les principales zones géographiques affectées par l'épidémie de
dengue ?
En
2024, les régions les plus affectées par la dengue sont l'Asie du Sud-Est,
l'Amérique latine, et certaines parties de l'Afrique subsaharienne. Les
facteurs qui rendent ces régions vulnérables incluent le climat tropical,
l'urbanisation rapide, le manque d'infrastructures sanitaires adéquates, et la
présence importante de moustiques Aedes dans les environnements domestiques.
Le
changement climatique joue-t-il un rôle dans la propagation de la dengue ?
Oui,
le changement climatique joue un rôle important. L'augmentation des
températures permet aux moustiques de survivre dans des régions auparavant trop
froides pour eux. Les changements dans les précipitations et l'humidité créent
également des conditions propices à la reproduction des moustiques. Ces
changements augmentent non seulement la distribution géographique de la dengue,
mais prolongent également la saison de transmission.
Quelles
sont les mesures de prévention les plus efficaces pour lutter contre la
propagation de la dengue, tant au niveau individuel que communautaire ?
Au
niveau individuel, il est recommandé d'utiliser des répulsifs anti-moustiques,
de porter des vêtements longs, et de dormir sous des moustiquaires. Éliminer
les sources d'eau stagnante où les moustiques pondent leurs œufs est crucial. À
l'échelle communautaire, les campagnes de sensibilisation, la pulvérisation
d'insecticides, et la gestion des déchets pour éviter l'accumulation d'eau
stagnante sont des mesures efficaces.
Quelles
stratégies les autorités sanitaires mettent-elles en place pour contenir cette
épidémie et éviter qu’elle ne devienne incontrôlable ?
Les
stratégies incluent la surveillance épidémiologique pour détecter rapidement
les cas et identifier les zones à risque, la gestion des moustiques par
l’élimination des lieux de reproduction, la pulvérisation d'insecticides, et la
sensibilisation des communautés sur la prévention. Des initiatives de
vaccination sont également en cours dans certaines régions.
En
tant qu'épidémiologiste, que pensez-vous des campagnes de vaccination contre la
dengue ?
Les
campagnes de vaccination sont prometteuses mais doivent être déployées avec
précaution. Ce vaccin est principalement recommandé aux personnes ayant déjà
été infectées par un sérotype de la dengue, car il peut présenter des risques
pour les personnes naïves au virus. Bien que la vaccination soit une arme
importante dans la lutte contre la dengue, elle doit être combinée avec des
mesures de contrôle des moustiques pour être véritablement efficace à long
terme.
Quelle
est la capacité des systèmes de santé locaux à répondre à une flambée
épidémique de dengue et quid des principales difficultés rencontrées dans la
gestion des patients ?
La
capacité des systèmes de santé à gérer une flambée dépend de la région. Dans de
nombreux pays en développement, les infrastructures sont souvent insuffisantes
pour traiter un grand nombre de patients souffrant de dengue sévère. Les
principales difficultés incluent le manque de lits hospitaliers, de personnel
formé, et de capacité de diagnostic rapide. Les complications de la dengue
sévère nécessitent des soins intensifs, souvent inaccessibles dans ces zones.
Comment
évaluez-vous l'impact de l'épidémie de dengue sur les systèmes de santé et les
économies locales dans les régions les plus touchées ?
L'impact sur les systèmes de santé est considérable, avec une surcharge des services hospitaliers, notamment dans les zones où la dengue sévère est courante. Les économies locales souffrent également, car les flambées affectent la productivité des travailleurs, augmentent les coûts des soins de santé et réduisent les revenus du tourisme dans certaines régions. Bien que des efforts soient faits pour contrôler l'épidémie, les conditions climatiques actuelles, associées à la difficulté de contrôler la population de moustiques, laissent présager une possible augmentation des cas dans les mois à venir. Une vigilance continue est nécessaire.