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Crise sanitaire mondiale: La Dengue : comprendre et combattre l’épidémie

Santé
Docteur Horace Degnonvi Docteur Horace Degnonvi

Plus de 7,6 millions de cas de dengue ont été signalés à l'Oms en 2024, dont 3,4 millions de cas confirmés, plus de 16 000 cas graves et plus de 3 000 décès au 30 avril 2024. La recrudescence mondiale de cette maladie transmise par les moustiques Aedes devient une véritable préoccupation sanitaire. Docteur Horace Degnonvi, spécialiste en Épidémiologie et Médecine préventive, enseignant – chercheur à l’Université Libre de Bruxelles, nous éclaire sur les causes de cette propagation, les symptômes à surveiller et les moyens de prévention pour enrayer l'épidémie.

Par   Lhys DEGLA, le 27 mars 2025 à 10h09 Durée 3 min.
#Crise sanitaire

La Nation : Pouvez-vous nous expliquer brièvement ce qu'est la dengue et comment elle se transmet ?

Docteur Horace Degnonvi : La dengue est une maladie virale transmise par des moustiques, principalement l’espèce Aedes aegypti. Le virus de la dengue se transmet la piqûre de moustiques infectés, qui contractent le virus en piquant une personne infectée. Il existe quatre sérotypes du virus de la dengue, et une personne peut être infectée par chacun d’eux au cours de sa vie. Cette maladie est courante dans les régions tropicales et subtropicales.

Quels sont les symptômes les plus courants de la dengue et comment se différencient-ils de ceux d'autres maladies virales comme le paludisme ou la grippe ?

Les symptômes les plus fréquents de la dengue incluent une forte fièvre soudaine, des maux de tête intenses, des douleurs derrière les yeux, des douleurs musculaires et articulaires, ainsi que des éruptions cutanées. Contrairement au paludisme, la dengue n'entraîne pas de frissons ou de sueurs alternées, et contrairement à la grippe, les douleurs articulaires et les éruptions sont plus caractéristiques. En cas de dengue sévère, il peut y avoir des saignements internes, ce qui la distingue des autres maladies virales.

Comment expliquez-vous la recrudescence des cas de dengue ces dernières années, notamment dans certaines régions tropicales ?

La recrudescence des cas de dengue s'explique par plusieurs facteurs. Le changement climatique contribue à étendre les zones où le moustique Aedes aegypti peut survivre, favorisant ainsi la transmission. De plus, l'urbanisation rapide, souvent mal planifiée, crée des environnements où les moustiques peuvent proliférer, notamment dans des zones de stagnation d'eau. Enfin, la mobilité croissante des populations facilite la propagation du virus à de nouvelles régions.

Actuellement, quelles sont les principales zones géographiques affectées par l'épidémie de dengue ?

En 2024, les régions les plus affectées par la dengue sont l'Asie du Sud-Est, l'Amérique latine, et certaines parties de l'Afrique subsaharienne. Les facteurs qui rendent ces régions vulnérables incluent le climat tropical, l'urbanisation rapide, le manque d'infrastructures sanitaires adéquates, et la présence importante de moustiques Aedes dans les environnements domestiques.

Le changement climatique joue-t-il un rôle dans la propagation de la dengue ?

Oui, le changement climatique joue un rôle important. L'augmentation des températures permet aux moustiques de survivre dans des régions auparavant trop froides pour eux. Les changements dans les précipitations et l'humidité créent également des conditions propices à la reproduction des moustiques. Ces changements augmentent non seulement la distribution géographique de la dengue, mais prolongent également la saison de transmission.

Quelles sont les mesures de prévention les plus efficaces pour lutter contre la propagation de la dengue, tant au niveau individuel que communautaire ?

Au niveau individuel, il est recommandé d'utiliser des répulsifs anti-moustiques, de porter des vêtements longs, et de dormir sous des moustiquaires. Éliminer les sources d'eau stagnante où les moustiques pondent leurs œufs est crucial. À l'échelle communautaire, les campagnes de sensibilisation, la pulvérisation d'insecticides, et la gestion des déchets pour éviter l'accumulation d'eau stagnante sont des mesures efficaces.

Quelles stratégies les autorités sanitaires mettent-elles en place pour contenir cette épidémie et éviter qu’elle ne devienne incontrôlable ?

Les stratégies incluent la surveillance épidémiologique pour détecter rapidement les cas et identifier les zones à risque, la gestion des moustiques par l’élimination des lieux de reproduction, la pulvérisation d'insecticides, et la sensibilisation des communautés sur la prévention. Des initiatives de vaccination sont également en cours dans certaines régions.

En tant qu'épidémiologiste, que pensez-vous des campagnes de vaccination contre la dengue ?

Les campagnes de vaccination sont prometteuses mais doivent être déployées avec précaution. Ce vaccin est principalement recommandé aux personnes ayant déjà été infectées par un sérotype de la dengue, car il peut présenter des risques pour les personnes naïves au virus. Bien que la vaccination soit une arme importante dans la lutte contre la dengue, elle doit être combinée avec des mesures de contrôle des moustiques pour être véritablement efficace à long terme.

Quelle est la capacité des systèmes de santé locaux à répondre à une flambée épidémique de dengue et quid des principales difficultés rencontrées dans la gestion des patients ?

La capacité des systèmes de santé à gérer une flambée dépend de la région. Dans de nombreux pays en développement, les infrastructures sont souvent insuffisantes pour traiter un grand nombre de patients souffrant de dengue sévère. Les principales difficultés incluent le manque de lits hospitaliers, de personnel formé, et de capacité de diagnostic rapide. Les complications de la dengue sévère nécessitent des soins intensifs, souvent inaccessibles dans ces zones.

Comment évaluez-vous l'impact de l'épidémie de dengue sur les systèmes de santé et les économies locales dans les régions les plus touchées ?

L'impact sur les systèmes de santé est considérable, avec une surcharge des services hospitaliers, notamment dans les zones où la dengue sévère est courante. Les économies locales souffrent également, car les flambées affectent la productivité des travailleurs, augmentent les coûts des soins de santé et réduisent les revenus du tourisme dans certaines régions. Bien que des efforts soient faits pour contrôler l'épidémie, les conditions climatiques actuelles, associées à la difficulté de contrôler la population de moustiques, laissent présager une possible augmentation des cas dans les mois à venir. Une vigilance continue est nécessaire.