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Dr Pierre M’Pélé, ancien représentant de l’Oms au Bénin: « Ne faisons pas du Covid-19 une maladie honteuse... »
L’Afrique subit aussi les affres du Covid-19 bien qu’elle soit moins touchée par le virus. Pour l’instant, l’horizon n’est pas encore dégagé même si les gouvernants multiplient les efforts pour vaincre le mal. Dr Pierre M’Pélé, ancien directeur régional de l'Onu Sida pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre et membre du Groupe Afrique-Cellule coronavirus Académie nationale de médecine, France, évalue les dispositifs de riposte du continent africain et évoque les pistes de sortie de crise sanitaire tout en tenant compte de la dynamique de l’épidémie. La Nation : Comment voyez-vous la situation de l’Afrique face au coronavirus, aujourd’hui et demain ? Pierre M’Pélé : La situation en Afrique? Nous n'en sommes encore qu’au début de l’épidémie à Covid-19 en Afrique sub saharienne. Certains pays déclarent une augmentation quasi quotidienne de nouveaux cas, du fait de l'amélioration de la qualité des mesures de détection et de surveillance mises en place et un niveau de tests en nette progression. Le cap des 20.000 malades et 1.000 morts est franchi en Afrique. L’Afrique du Sud est largement en tête aujourd'hui avec plus de 2000 cas et pour les pays comme la République démocratique du Congo, le Cameroun, le Burkina Faso, la Côte d’Ivoire, le Ghana, le Niger et le Nigeria, on note une augmentation régulière du nombre de malades. Nous pouvons aussi nous dire que ces chiffres ne reflètent pas la réalité de la situation du fait du nombre limité des tests disponibles et réalisés mais aussi et surtout du nombre important de personnes contaminées qui restent asymptomatiques, c’est-à-dire ne présentant aucun signe de la maladie. Notre observation est que l’épidémie progresse lentement mais sûrement, qu’elle se généralise dans les villes, les grandes capitales notamment, où les premiers cas ont été décrits comme importés d’Europe. En effet, les premiers cas notifiés ne concernaient que les voyageurs : responsables politiques, cadres supérieurs des administrations publiques et du secteur privé, commerçants, et aussi des milliers d’Africains rentrés pour fuir l'épidémie qui sévit en Europe. La contamination locale se développe à travers les clusters intrafamiliaux, intra-domiciliaires qui amplifient donc la propagation du virus. Ce qui nous laisse penser qu’une épidémie active est en train de se développer sur le continent noir. La situation de demain sera celle que nous voudrions. Elle dépendra de mesures et de stratégies efficaces, adaptées à la situation de chaque pays, que nous mettons en place aujourd’hui. Si les bonnes décisions politiques et multisectorielles ne sont pas prises au bon moment, si elles ne s’appuient pas sur l’éclairage d'experts pluridisciplinaires, nous sommes à risque d'épidémie massive. La réponse de l'Afrique se doit d'être adaptée en tenant compte de la dynamique de l’épidémie et de l’évolution des connaissances scientifiques sur le virus, la maladie et l’épidémie. Faut-il encore souligner que les politiques qui bafouent les libertés et les droits humains, centrées sur la peur sont contre-productives. Ne faisons pas du Covid-19 une maladie honteuse par la stigmatisation des malades. Cela n’aura comme conséquence que des malades qui se cachent, et c’est un danger quant à la dissémination rapide du virus dans les communautés. Dans ce combat, il nous faut protéger et équiper les professionnels de santé,qui doivent être en première ligne afin qu’ils assument avec motivation et responsabilité la mission qui est la leur. Quelle chance pour le continent de s’en sortir et quelles stratégies les Etats peuvent-ils mettre en place pour mieux répondre à une épidémie de grande ampleur ? Il nous faut tirer les leçons des épidémies et des réponses apportées en Chine et dans les autres pays asiatiques et surtout plus proches de nous en Europe. Personnellement et avec humilité, je demanderais aux gouvernants d’appliquer la stratégie" 3M-T-I ". M comme Masque avec une utilisation par tous, M comme Mains, se laver les mains le plus souvent possible et pourquoi pas jusqu’à dix fois par jour ou plus, M comme Mètre, un mètre ou deux mètres de distanciation physique entre les individus. Les 3 M, comme tout le monde le sait maintenant, visent à éviter pour chacun d'être contaminé ou de transmettre le virus à son vis-à-vis. Le T est pour Test. Il est urgent que les pays africains s’engagent à offrir le plus grand nombre de tests possible pour diagnostiquer les cas de Covid-19, ouvrir des possibilités de dépistage volontaire dans les formations sanitaires, avec les malades hospitalisés ou en ambulatoire afin de dépister les cas contacts et donc mieux les suivre pour améliorer la gestion des flux. Le test garantit le I comme isolement : une quatorzaine ciblée et efficace afin de stopper la chaîne de transmission. L’application de la stratégie des 3M-T-I doit être associée non pas au confinement total des populations comme en Chine, en France, en Italie ou en Espagne mais à des stratégies adaptées aux différents contextes politiques, socio-économiques, sanitaires et culturels de chaque pays. La stratégie complémentaire de cordon sanitaire appliquée au Bénin par exemple, est bien pensée, adaptée,et garantit une certaine flexibilité pour la gestion d'une éventuelle épidémie généralisée et surtout évite pour le moment, des conséquences économiques et sociales fâcheuses et contre productives contre ce virus. Il faut ajouter que l’information et l’éducation des populations est une composante essentielle des plans de riposte. Les populations doivent être considérées comme les acteurs majeurs de cette « guerre » contre le coronavirus. Cette sensibilisation des populations sera renforcée par les stratégies de marketing social et de changement de comportements, pour une meilleure utilisation des dispositifs et des pratiques de prévention. Quelle doit être la contribution des Africains dans le cadre de la riposte ? La maladie du Covid-19 est un problème mondial de santé publique « une pandémie », un problème médical sérieux qui mérite une réponse globale. Il est légitime que l’Afrique y contribue d’abord en évitant une épidémie massive sur le continent, au travers des réponses locales et nationales. Que nos cliniciens, virologues, épidémiologistes, anthropologues, sociologues et autres experts s’engagent à de meilleures descriptions et compréhensions du virus, de l’histoire de la maladie et de l’épidémie, des interrelations médicales, sociologiques, économiques, culturelles et environnementales. C’est à ce prix que nous allons bâtir et adapter notre réponse efficace pensée localement et tirant profit des connaissances et des expériences internationales. Nous pourrions alors partager nos connaissances avec les autres et ainsi apporter notre pierre à l'édifice de la lutte contre le coronavirus au niveau mondial. Quels sont les défis post épidémie ? On doit bien sûr commencer à y penser, parce qu’il faut être optimiste. Nous allons nous en sortir. Il faut croire en l’Homme, à son instinct de survie et surtout à l'intelligence collective. Nous ne sommes peut-être qu’au début de l’épidémie en Afrique, faisons appel à toute notre intelligence, toutes nos énergies à y répondre et puis déléguons cette tâche « post épidémie » à une task force multidisciplinaire et multisectorielle qui va suivre l’impact de l’épidémie sur les différentes composantes de la société. Cette task force devra étudier et préconiser les différents scenarii de « sortie de crise», un vrai "think tank" en appui aux gouvernants pour le retour à la normale qui est un réel défi comme on l’observe en Europe et aux Etats-Unis d’Amérique. Actualités 21 avr. 2020


Dr Pierre M’Pélé, épidémiologiste, spécialiste en Santé publique et Maladies tropicales: « Seul le médecin est habilité à prescrire la chloroquine et d’en assurer le suivi »
La prise de la chloroquine suscite la polémique en cette période de propagation du coronavirus dans le monde. Au Bénin, les plus anxieux n’hésitent pas à en constituer des réserves à la maison dans le cadre de la prévention. Cette méthode est-elle recommandée ou non ? Dr Pierre M’Pélé, ancien directeur régional de l’Onusida pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre et membre du Groupe Afrique-Cellule coronavirus Académie Nationale de Médecine, France, le déconseille fortement. Selon lui, tant que les recherches scientifiques sur le traitement du Covid-19 n’ont pas encore abouti, la chloroquine ne doit pas être utilisée en automédication. La Nation : Selon vous, la chloroquine est-elle un remède contre le coronavirus ? Dr Pierre M’Pélé : Au stade actuel de son utilisation, il est difficile de l’affirmer ou d’ailleurs de l’infirmer. Il nous faut attendre les résultats des larges essais cliniques menés en Europe pour définitivement confirmer l’efficacité de la chloroquine dans le traitement de l’infection à coronavirus. Nous savons que 80 % des malades, asymptomatiques ou présentant des manifestations mineures d’un syndrome grippal, guérissent sans traitement. Il est donc peut-être difficile, dans ce contexte, d’affirmer que tel ou tel médicament est à l’origine de la guérison. Les médecins chinois ont été les premiers à utiliser la chloroquine contre le coronavirus suivis des médecins européens dont le Dr Didier Raoult en France à Marseille. En l’absence de traitement efficace, et de vaccin contre le coronavirus, je ne me permettrais pas de porter des critiques à l’endroit des confrères qui, ici ou ailleurs, ont recours à cette molécule. Il faut faire preuve de pragmatisme. Le médecin cherche avant tout à soulager son patient. Il agit en son âme et conscience, immense responsabilité qu’il sait assumer. Permettez-moi aussi de rappeler, si besoin en était, que la chloroquine a été utilisée largement en Afrique. Mais à partir des années 70, elle a été écartée dès lors que le «Plasmodium falciparum», l’agent causal du paludisme, a développé une résistance à ce traitement aussi bien en Afrique qu’en Asie du Sud Est, les zones de prédilection de cette maladie. La chloroquine est toujours utilisée dans la prévention ou le traitement des maladies articulaires chroniques inflammatoires comme le lupus et la polyarthrite rhumatoïde. Est-il donc imprudent pour le moment de préciser sa place dans le traitement du coronavirus ? Cette place devrait très bientôt être clarifiée dans l’arsenal thérapeutique qui se met en place progressivement avec un certain espoir contre le virus. Nous devons nous armer de patience. L’important est que nous sommes en train de mieux cerner notre ennemi et l’intelligence collective devrait nous permettre de trouver le traitement efficace contre le coronavirus. J’ose espérer que parmi les schémas thérapeutiques qui trouveront une place dans le traitement de l’infection à coronavirus se trouveront des molécules déjà familières aux médecins africains comme les antirétroviraux contre le Vih/Sida, les antiviraux contre le virus Ebola, la chloroquine, l’ivermectine, etc. Les médecins sont partagés sur son utilisation contre la pandémie du Covid-19. Comment expliquer cette discordance de voix? Discordance de voix, c’est tout à fait normal, parce que la chloroquine n’a pas encore prouvé son efficacité à 100 % contre le coronavirus. Il faut donc laisser au médecin en fonction de l’état clinique de son patient la décision de prescrire ou non cette molécule. Il est plus que vital de rappeler à tous que seul le médecin est habilité à prescrire la chloroquine et d’en assurer le suivi. En aucun cas, elle ne doit être utilisée en automédication. Nous devons continuer à respecter les fondamentaux qui caractérisent notre métier, faire confiance à son médecin qui agit en totale responsabilité pour la guérison de son patient. Didier Raoult demeure persuadé qu’on ne peut traiter efficacement le coronavirus sans la chloroquine. Qu’en dites-vous ? Comme je vous l’ai dit précédemment, chaque médecin agit toujours dans la recherche de la guérison. C’est pourquoi il a été formé et souvent y consacre sa vie. Le Dr Raoult agit selon ses convictions et il affirme obtenir des résultats. Les prochains jours ou semaines vont nous éclairer davantage. Comment expliquez-vous alors ce retour en force d’un médicament déjà interdit d’utilisation? La chloroquine n’est pas interdite d’utilisation. Elle n’est plus efficace contre le paludisme. Par contre, elle est recommandée et donne de bons résultats contre le lupus érythémateux disséminé et la polyarthrite rhumatoïde. Il faut souligner que dans le contexte d’une maladie émergente, car apparue il y a moins de 175 jours, le réflexe de tout chercheur est d’aller rechercher dans l’arsenal thérapeutique disponible, les molécules qui pourraient agir sur l’agent causal nouveau. C’est une démarche tout à fait habituelle. En cette période de psychose généralisée, le seul reflexe des populations est d’avoir des réserves de chloroquine à la maison dans le cadre de la prévention de la maladie. Que leur conseillez-vous? Cela n’est pas du tout recommandé. Il faut faire confiance aux professionnels de la santé et éviter toute automédication. Un médicament qui guérit peut avoir aussi des effets secondaires graves. Je déconseille totalement cette attitude. Par contre, je conseille très fortement le port du masque « quel qu’il soit» : protégez votre nez et votre bouche, pour vous protéger vous-même et votre vis-à-vis. Il faut se laver les mains le plus souvent possible avec du savon ou avec de l’eau javellisée, garder la distance sociale « physique» entre les individus de 1,5 à 2 mètres. Ces gestes barrières prônés par le gouvernement et par tous sont ceux qui nous sauveront. Cette épidémie est une affaire sérieuse, qu’il faut traiter avec responsabilité, individuellement et collectivement. La recherche clinique avance à grands pas et nous devons garder espoir. Société 10 avr. 2020


Appui de la Badea et du Fonds saoudien pour le développement: 62 milliards F Cfa pour un accès durable à l’électricité
Doter le Bénin d’infrastructures appropriées pour un accès durable et sécurisé à l’électricité sur toute l’étendue du territoire national. C’est l’objectif du séjour au Bénin d’une mission conjointe de la Banque arabe pour le développement en Afrique (Badea) et du Fonds saoudien de développement (Fsd), du 21 au 29 octobre 2019. D’un coût global de 62 milliards F Cfa, le financement concessionnel accordé par la Banque arabe pour le développement en Afrique (Badea) et le Fonds Saoudien pour le développement (Fsd) au Bénin vise à développer l’accès durable à l’électricité de qualité pour les usages domestiques, commerciaux et industriels dans le respect des normes de sécurité, environnementales et sociales avec un taux national de 75 % d’ici 2025 dont 50 % en milieu rural et 90 % en milieu urbain et une bonne tenue du plan de tension à tous les nœuds à l’horizon 2025. Coordonné par le ministre Zul-Kifl Salami, chargé de mission du président de la République, le financement de la Badea consiste à réaliser une première phase du projet dont les objectifs spécifiques permettent de développer le réseau de transport pour l’alimentation en énergie électrique de la Zone franche industrielle de Semé-Kpodji et le futur aéroport de Glo-Djigbé. Il permet aussi de sécuriser l’alimentation en énergie électrique des logements sociaux et de la cité administrative de Ouèdo dans la commune d’Abomey- Calavi et de développer de façon significative l’électrification des centres urbains dans les différents départements. Au cours de la mise en œuvre de ce projet, il s’agira d’une part de concevoir, de fournir et de construire des réseaux de transport 330 Kv, 161 Kv, 63 Kv et d’autres part de répartir 33 Kv pour un quadrillage adéquat du territoire pour une meilleure maitrise de tensions, des pertes techniques et du développement de la charge industrielle dans l’ensemble du pays sans oublier la conception, la fourniture et la construction de sous-stations 161/63 Kv et 63/15-20 Kv. En ce qui concerne les travaux de génie civil, de fourniture et de montage électrique du projet, ils regroupent deux volets dont le volet distribution Hta et Bt qui concerne la construction de 335 km de lignes Hta et 220 km de lignes Bt, la pose de 240 transformateurs de distribution Hta/Bt ainsi que le branchement de 60 000 nouveaux clients Bt. Le deuxième volet lignes Htb et postes associés prend en compte la construction de 15 km de lignes souterraines 161 Kv et poste 161/63 Kv, la construction de 25 km de lignes souterraines 63 Kv de Maria Gléta à l’aéroport de Glo-Djigbé et poste 63/20 Kv-2x2 Mva à l’aéroport de Glo-Djigbé, ainsi que la coupure d’artère sur la ligne Htb à Ouèdo et la construction du poste 161/20 Kv-2x50Mva. Coopération dynamique Ainsi, les études environnementales et sociales consisteront à identifier au cours de ce projet, les impacts positifs, négatifs, les mesures d’atténuation et d’élaborer le plan de gestion environnementale et sociale du projet. De même, l’Etat prendra en charge les frais d’expropriation et d’indemnisation des populations affectées par les activités du projet. Il sera procédé aussi au renforcement de capacité des cadres et techniciens de la Société béninoise d’énergie électrique (Sbee) en termes de conception, de gestion et d’exploitation des équipements du réseau électrique. Une stratégie et un plan de communication seront mis en place afin de donner une visibilité au projet sans oublier la réalisation annuelle de son audit comptable et financier par les bureaux d’audit locaux agréés et sélectionnés par appel d’offres local. Ces projets sont à l’actif du président Patrice Talon, cheville ouvrière de la rédynamisation de la coopération avec les Fonds et banques arabes. Notons que ces financements se poursuivront de manière vigoureuse les mois à venir pour le plus grand bien des populations des villes et des campagnes, à travers la réalisation au pas de charge du Programme d’action du gouvernement (Pag). Actualités 23 mars 2020


Haute cour de Justice: L’ambassadrice du Niger près le Bénin reçue en audience
La présidente de la Haute cour de Justice, Cécile Marie José de Dravo Zinzindohoué, a reçu en audience l’ambassadrice du Niger près le Bénin, Sandi Abdou. Il s’agit d’une visite de courtoisie sollicitée par cette dernière afin de présenter ses civilités à la présidente de la Haute juridiction. Sandi Abdou dit n’avoir pas eu le temps matériel pour venir rencontrer la présidente Cécile Marie José de Dravo Zinzindohoué, depuis sa brillante élection à la tête de cette institution. C’est ainsi qu’en sa qualité de doyenne du corps diplomatique accrédité près le Bénin, elle a voulu se rattraper à la faveur de ce mois de mars reconnu comme celui de la femme. Les deux personnalités ont saisi l’occasion pour échanger sur la situation de la femme tant au Niger qu’au Bénin. Sandi Abdou a fait observer que le Niger est très avancé par rapport à la question de l'émancipation de la femme. Les femmes nigériennes sont impliquées à divers niveaux de prise de décisions. La diplomate évoque à titre d’exemple le cas de l’Assemblée nationale qui compte aujourd’hui des dizaines de femmes. L’obligation est faite à tout parti politique de présenter des dossiers d'un certain nombre de femmes sous peine de rejet. Cette avancée, rappelle-t-elle, est le fruit d’une lutte menées par les nigériennes elles-mêmes depuis la Conférence nationale. Selon Sandi Abdou, la bonne relation entre la Haute cour de Justice du Bénin et son homologue du Niger a aussi meublé les échanges. Cécile Marie José de Dravo Zinzindohoué a profité de cette audience pour faire part à la diplomate nigérienne des projets et des perspectives au niveau des deux juridictions sœurs. Thibaud C. NAGNONHOU, A/R Ouémé-Plateau Société 18 mars 2020


Coronavirus au Bénin: Les audiences  suspendues à la Cour constitutionnelle
La propagation de l’épidémie de Coronavirus ne laisse aucune institution de la République indifférente. Par  un communiqué  en date du lundi 16 mars, la Cour constitutionnelle a suspendu  les audiences  et ce, jusqu’à nouvel ordre. Les audiences publiques sont suspendues jusqu’à nouvel ordre à la Cour constitutionnelle. Ceci en vue de lutter contre le Covid-19 qui est devenu une pandémie mondiale. A travers un communiqué signé par Gilles Badet, secrétaire général de la Cour, la  décision de l’institution  intervient dans le cadre des mesures en cours pour réduire le risque de contamination et de propagation de l’épidémie du Coronavirus (Covid-19). Le communiqué informe toutefois que la Cour continue de recevoir les requêtes aux fins de traitement. Il est rappelé que cette décision intervient à la suite d’un cas confirmé par le ministre de la Santé, Benjamin Hounkpatin. Outre cette mesure prise par la Cour, les populations sont invitées à suivre scrupuleusement les règles d’hygiène publiées par les autorités compétentes.   Actualités 17 mars 2020


Audiences du président de l’Assemblée nationale: Des questions de coopération et de développement au menu
Le président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou, s’est entretenu avec plusieurs personnalités et délégations à son cabinet, au palais des gouverneurs à Porto-Novo. Les échanges ont porté sur des sujets d’intérêt relatifs à la coopération et au développement. « Je suis très content d’être reçu par le président de l’Assemblée nationale. C’est un ami de vieille date. Son élection à la tête du Parlement est une fierté et une chance pour tout le Plateau ». Tels sont les propos du chef traditionnel Hounnongan Ahidji de son nom à l’état civil, Valentin Michoagan reçu, mercredi 4 mars dernier, par le président de l’Assemblée nationale, Louis Vlavonou, avec une délégation d’élus et de sages de l’arrondissement de Daagbé dans la commune d’Ifangni. Pour lui, le président de l’institution parlementaire aime vraiment son pays. « Dieu va guider ses pas afin qu’il réussisse sa mission. Au cours de son mandat, nous découvrons de bonnes réalisations notamment les infrastructures routières et autres. La seule préoccupation que nous avons pour le moment reste la fermeture de nos frontières avec le Nigeria », relève le chef de la délégation. Valentin Michoagan dit prier pour que la situation revienne à la normale, car le Bénin et le Nigeria sont inséparables. « Nous sommes convaincus que le président Patrice Talon pèsera de tout son poids pour que nos échanges, surtout en ce qui concerne l’huile de palme avec le Nigeria reprennent », ajoute-t-il. Avant la délégation de Daagbé, le président de l’Assemblée nationale a reçu en audience plusieurs autres personnalités dont l’ancien préfet du département de l’Ouémé, Moukaram Badarou et l’ambassadeur d’Afrique du Sud près le Bénin, Noluthando Moyende-Sibiya. Louis Vlavonou a abordé avec la diplomate, des questions de renforcement des relations bilatérales entre les Parlements béninois et sud-africain. Noluthando Moyende-Sibiya estime que c’est un honneur pour elle d’aller féliciter la deuxième personnalité de l’Etat pour sa brillante élection à la tête du Parlement béninois et surtout de pouvoir donner avec lui un coup d’accélérateur à la coopération entre le Bénin et l’Afrique du Sud. L’ex-préfet de l’Ouémé, ainsi que les autres personnalités reçues, n’ont fait aucune déclaration à leur sortie d’audience. Actualités 06 mars 2020


Incendies dans le Mono et le Couffo: La Jama’at islamique Ahmadiyya au secours des victimes
Les populations victimes d'incendies dans les départements du Mono et du Couffo sont soutenues par la Jama’at islamique Ahmadiyya du Bénin à travers un don constitué de moustiquaires et divers lots de produits alimentaires. Avant d’aller aux sinistrés, le don a été réceptionné, samedi 29 février dernier à Lokossa, par Natacha Kpochan Razaki, directrice de cabinet du ministre de la Famille et des Affaires sociales. Fidèle à sa vocation de soutenir les personnes vulnérables, la communauté Ahmadiyya du Bénin était au chevet des populations victimes d'incendies dans les départements du Mono et du Couffo. Samedi dernier, elle leur a fait un don constitué de sacs de riz de 25 kg, de bidons d’huile de 25 litres ainsi que de cartons de pâtes alimentaires et un lot de cinquante moustiquaires. Elle leur a offert en plus des bons de consultations gratuites dans les hôpitaux de la communauté Ahmadiyya. Le financement de l’ensemble du don a été mobilisé grâce à la contribution des partenaires tels que la Jama’at islamique Ahmadiyya d’Allemagne et l’Ong Humanity first-Bénin représentée à la cérémonie de remise par Alimi Moussiliou Bakary. Au dire de ses représentants, la Jama’at islamique Ahmadiyya a tenu à remettre son aide au ministère de la Famille et des Affaires sociales avant sa répartition aux bénéficiaires. Le ministère étant l’institution qui a remonté les cris de détresse des sinistrés vers les instances de la communauté, explique l’amir Ahmad Qamar. Et c’est Natacha Kpochan Razaki, directrice de cabinet du ministre, qui a présidé la cérémonie de remise du don à la direction départementale de la Famille et des Affaires sociales à Lokossa. En réceptionnant les produits destinés aux victimes de Lalo dans le Couffo et de Bopa dans le Mono, la directrice de cabinet a salué non seulement la disponibilité constante de la communauté Ahmadiyya mais aussi la promptitude avec laquelle elle a réagi dans le cadre du présent sinistre. Pour ne pas faire les choses à moitié, le don a été aussitôt réparti et chaque groupe de sinistrés est entré en possession de sa part. Le convoyage de la part destinée aux sinistrés de Lalo, par exemple, a été assuré par le missionnaire Hafiz Taossif et ses coreligionnaires. Commune la plus touchée par les incendies dans le Couffo, Lalo compte 179 sinistrés recensés notamment à Ahoualê, un hameau de l’arrondissement d’Ahodjinnako. Société 04 mars 2020


Après la célébration du Cinquantenaire du quotidien national d’information: L’Onip reconnaissant à la Haac
Une délégation de l’Office national d’imprimerie et de presse (Onip) est allée exprimer sa gratitude au président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication, pour son soutien lors de la célébration du Cinquantenaire du quotidien national d’information. C’était hier jeudi 27 février, à la faveur d’une audience au siège de l’institution de régulation des médias à Cotonou. La délégation de l'Onip, conduite par Bertin Sowakoudé, directeur général par intérim de l’Office national d’imprimerie et de presse, au cabinet du président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac), hier jeudi 27 février, était composé de Paul Amoussou, directeur de publication du journal La Nation, Reine Azifan, ancienne directrice générale de l’Onip et Bertille Yèhouénou, chef du personnel. Il était question pour Bertin Sowakoudé et sa suite d’exprimer leur reconnaissance à Rémi Prosper Moretti, président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication pour son soutien et sa sollicitude lors de la célébration du Cinquantenaire du quotidien national d’information. A sa sortie de l’audience, Bertin Sowakoudé, a indiqué les raisons de sa présence au cabinet du président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication. Selon lui, Rémi Prosper Moretti n’a pas marchandé son soutien à l’Office lors des manifestations entrant dans le cadre du Cinquantenaire du quotidien national d'information. « Notre visite à la Haac vise à remercier le président de l’institution pour sa sollicitude à nos côtés lors de la célébration du Cinquantenaire du quotidien national d’information du Bénin », a expliqué le directeur général par intérim de l’Onip. « Le président de la Haac était à nos côtés au cours de ce Cinquantenaire que nous avons célébré l’année dernière. Nous sommes venus lui dire merci. Nous avons profité de l’occasion pour lui présenter nos vœux pour la nouvelle année», a-t-il ajouté. Actualités 28 févr. 2020


Suite aux incendies à Athiémé et Houéyogbé: La Fondation Etisalat Bénin au chevet des sinistrés
Une délégation de la Fondation Etisalat Bénin était, mardi 25 février dernier, dans plusieurs localités d’Athiémé et de Houéyogbé pour assister les familles touchées par des incendies. La Fondation de l’opérateur de téléphonie mobile Moov s’est rendue au chevet des sinistrés avec des lots de vivres et autres. C’est en réaction au cri de détresse des victimes des incendies enregistrés, ces dernières semaines, à Athiémé et à Houéyogbé que la Fondation Etisalat Bénin a envoyé, sur le terrain, une délégation. Conduite par Dolorès Chabi-Kao, secrétaire exécutive de la Fondation, la délégation a visité, mardi dernier, les sinistrés dans les localités où les flammes ont dicté leur loi. Pour ce faire, elle s'est rendue d’abord à Athiémé. Dans cette commune, ce sont en tout sept villages répartis dans quatre arrondissements sur cinq qui ont été touchés. Il s’agit des villages d’Akonana, de Don Agbodougbé, de Doncondji, d’Avédji, d’Adjovè, d’Abloganmè et de Djadoconmè. Quarante-huit sinistrés y ont été recensés, selon des cadres du ministère en charge des Affaires sociales. Après la descente sur les lieux de l'incendie, Dolorès Chabi-Kao et sa suite sont revenues à l’hôtel de ville à Athiémé centre. Aux sinistrés qui y attendaient, la délégation a essayé de remonter le moral et souhaité la reprise de leurs diverses activités en vue d’une meilleure prise en charge. « Ce que vous avez perdu est important. Et nul ne peut prétendre vous les remplacer intégralement », dit-elle. Le don de la Fondation Etisalat Bénin vise à soulager quelque peu leurs peines, ajoute Dolorès Chabi-Kao, avant de poursuivre son périple à Houéyogbé, dernière étape de la tournée. La délégation s’est rendue précisément à Tohonou où l’incendie a eu raison de tout un hameau, le 15 février dernier. Vingt-quatre habitations y ont été consumées par des flammes qui n’ont épargné ni greniers ni sommes d’argent thésaurisé, selon Paulin Sossou, chef de l’arrondissement de Zoungbonou. A l’en croire, la centaine de victimes recensées à la suite de l’incendie n’a plus de domicile fixe et ne survit que grâce aux dons. Au-delà des dons A Athiémé comme à Houéyogbé, la délégation de la Fondation Etisalat Bénin a offert des produits de première nécessité tels que du riz, du sucre et des pâtes alimentaires aux sinistrés. Des nattes ainsi que des couvertures et des tentes pour s’abriter font également partie du don. Au nom des bénéficiaires, ce sont les autorités qui ont réceptionné les dons. A Athiémé, Julien Kouhagni a représenté le maire. Pour le compte des victimes de Tohonou, c’est Cyriaque Domingo, maire de Houéyogbé, qui a reçu le don à l’école primaire publique de Tohonou. Sur les lieux, un comité de cinq membres a été aussitôt mis en place en vue de procéder à la distribution équitable des lots, selon Paulin Sossou, chef de l’arrondissement de Zoungbonou. Pour le geste, les autorités se sont confondues en remerciements à l’endroit des responsables de la Fondation et du réseau téléphonique Moov. Leurs mots de gratitude sont allés également au gouvernement et en particulier au ministère en charge des Affaires sociales qui a porté la voix des victimes auprès de la fondation donatrice. « Mais le plus important, note Dolorès Chabi-Kao, c’est que nous nous sommes déplacés sur le terrain pour manifester aux victimes notre compassion et notre amour». Son collègue Mostafa El Houti, chef projet marketing à Moov Bénin, souligne que l’objectif principal de la démarche de la Fondation, c’est d’accompagner les victimes afin qu’elles ne se sentent pas délaissées. De ce qu’il a vu sur le terrain, il retient que « l’on ne peut jamais imaginer les douleurs que les victimes ressentent parce qu’elles ont tout perdu ». Invitant d’autres personnes généreuses à leur emboiter le pas, il conclut que « dans pareille circonstance, tout humain veut qu’on l’accompagne ». Société 27 févr. 2020


Religion / Us et coutumes: Gu, un dieu justicier et gouverneur du progrès
Dans le panthéon ouest-africain en général et béninois en particulier, le dieu du fer (Gu, Ogu ou Ogun) occupe une place de choix parmi les divinités. Il est au service de la justice et de la transformation industrielle dans la conscience sociétale collective. Un jeune homme, apprenti mécanicien à Kétou qui aurait dérobé une pompe à essence et un démarreur dans le garage de son patron, est fauché en pleine circulation en allant à Bohicon. Avant de succomber des suites des atroces malaises, il avoue son forfait qu’il a nié quelques jours plus tôt, se prêtant même au rituel Dagu ou Xwlégu ou encore appelé Olori chez les Idaasha. Son père, haut dignitaire d’un culte chrétien, n’a pu rien faire pour le sauver. Sa mort serait donc le fait de Gu, le dieu du fer, réputé au sud-Bénin comme une divinité sans pitié dans la quête et la restauration de la justice sociale. A Atchonsa, commune de Bonou, un fait similaire et pour le moins irrationnel s’est produit, il y a quelques années. Un présumé voleur de vivres s’est vu la cuillère coincée dans sa gorge alors qu’il mangeait. Il eut la délivrance grâce à la diligence des prêtres de Gu, après avoir reconnu son acte. Mais avant, un de ses enfants en est mort ; un autre souffrait depuis plusieurs semaines d’un mal incurable. Dans la même localité, des enfants à qui un voleur a partagé des beignets achetés avec l’argent du butin, sont passés un à un de vie à trépas ; lui-même a traîné le surmenage pendant des années. Agoué, commune de Grand-Popo, il y a une trentaine d’années, le chef de la collectivité Atanley a fait recours à Gu, après la disparition des cotisations faites dans le cadre d’une cérémonie traditionnelle, après trois jours d’avertissement annoncés par le crieur public. Tous ceux qui ont eu vent de l’opération et qui n’ont pas dénoncé les voleurs et leurs complices ont commencé à périr un à un, tout comme ceux qui, même innocemment, ont mangé ce à quoi l’argent a servi à acheter. Au bout de neuf jours, une bonne partie du village a été décimée. Entre temps, les voleurs ont jeté le reste de l’argent dans un puits et ceux qui ont bu l’eau du puits ont aussi commencé à tomber malade et à en mourir. Une intervention des chefs traditionnels a permis d’arrêter le carnage, suite aux cérémonies de désenvoûtement et aux sacrifices recommandés par l’oracle Fâ qui a été consulté. Les récits des manifestations de la divinité (Gu chez les Fon, Ogu chez les Goun, Ogun chez les Yoruba) sont légion. L’évocation du dieu du fer fait peur, tant il est redoutable et craint dans la conscience sociétale collective. Selon Ifujumi Olabodé alias Tamiaga Omon-Iya, détenteur de Gu à Kétou, la divinité est « incontrôlable, infaillible et ne se trompe pas de cible ». « Il suffit de poser son problème au fétiche, de faire la prière qui convient devant lui et il se charge de le régler », confie son confrère Félix Babatoundé. « Si on lui donne ce qu’il faut, l’huile palmiste ‘’tchotcho’’, Gu réagit avec violence », avertit le féticheur et guérisseur traditionnel à Kétou. Phénoménologie de la rationalité 2020 est essentiellement sous la gouvernance du dieu Gu, selon Abdou Rahimi Amoussa, métaphysicien et plasticien, qui recommande la droiture et le pardon tout au long de cette année afin d’échapper aux représailles de la divinité. Gu a fait l’objet d’un colloque scientifique à l’occasion de la quatrième édition du Festival international de Porto-Novo (Fip 2020), les 6 et 7 janvier derniers, sur le thème « Ogun/Gu, l’emblème de l’innovation et de la technologie de la constellation des vodoun : pistes de réflexion et épistémologie pour un développement viable au XXIe siècle ». Il était question d’aller au-delà de l’hermétisme qui entoure le vodoun en général et le Gu en particulier, puisque les explications des spécialistes et gardiens de la tradition ne permettent pas toujours de saisir de manière cartésienne les principes des manifestations des divinités. « Dans l’imaginaire collectif au Sud-Bénin et au-delà où des cultes lui sont voués, les accidents liés au fer principalement seraient le fait de la colère de Gu », souligne Osséni Soubérou, doctorant en Sociologie du développement au Laboratoire d’analyse et de recherche : Religion, espace et développement (Larred) de l’Université d’Abomey-Calavi (Uac). A en croire le chercheur qui a présenté une communication sur le thème « Perceptions et représentations sociales du dieu Gu au Sud-Bénin à travers expressions, proverbes, contes », le Gu évoque d’une part la violence, les troubles, et de l’autre la justice, la vérité, la vengeance. « Grâce au rituel Olori, un objet volé pourrait ainsi être restitué par le voleur ou du moins ce dernier perdrait sa vie en cas de résistance à la restitution de l’objet volé », confirme, pour sa part, Barthélémy Idossou Babalao du Larred, au terme d’une étude entreprise en 2019 dans la ville de Dassa-Zoumè dans le centre du Bénin, et présentée lors du Fip 2020. Un individu qui jure le nom de Gu et, ou en touchant avec sa langue un objet métallique (bronze, cuivre, étain et fer surtout), entend prouver toute son innocence ou certifier qu’il est sincère et dit la vérité. Il n’est pas rare que la victime d’un vol ou d’une injustice promette de recourir au dieu Gu pour retrouver et châtier le coupable. « Gu punit les malfaiteurs, les criminels, surtout les voleurs ; il n’admet pas les esprits corrupteurs », affirme Rahimi Amoussa, présentant sa communication « Ogu ou la voie du guerrier martien » (Fip 2020). « Gu recherche et châtie les voleurs, les sorciers, les méchants en général », confirme Tamiaga. Cela traduit « une phénoménologie de la rationalité et permet d’avoir une société plus ou moins juste », dira M. Babalao. Un vodoun guerrier et bâtisseur Au cœur de Porto-Novo, la capitale du Bénin, un quartier est dédié à la divinité Gu : Goukomey. La situation de ce quartier à proximité du palais royal Honmè n’est pas anodine. Outre la fabrication des accessoires royaux par les Ayatô (littéralement pères du fer) qui forgent le fer dans un esprit d’art et de divination du Gu depuis la fin du XVIIe siècle, elle serait « liée à la quête de la paix, du bien-être social et du développement industriel dans le royaume de Hogbonou à travers la divinité Gu », selon Jéronime Zanmassou de la faculté d’architecture de l’Université Libre de Bruxelles. « Dieu de la guerre, prédateur, destructeur mais aussi créateur, le Gu est à la fois éclaireur, chasseur et forgeron, militaire, bâtisseur d’empire et révolutionnaire, chauffeur, mécanicien, aviateur ou informaticien ; il est le progrès technique et ses ambivalences », soutient Cousin Saskia. Au-delà donc de son caractère redoutable, sanguinaire, insatiable, la divinité Gu est vénérée par ceux qui travaillent le fer ou avec les métaux en général (forgerons, chasseurs, cultivateurs, guerriers, bouchers, barbiers, menuisiers, charpentiers, sculpteurs). Dans l’entendement de ceux qui y croient, c’est le vodoun qui gouverne la transformation industrielle dans le monde. Il désigne « le principe exploiteur des mines de la terre », souligne Abdou Rahimi Amoussa. « C’est Gu qui nous donne à manger sur terre ; c’est la plus forte des divinités ; elle est partout », assure Félix Babatoundé. La divinité est liée à la connaissance de la forge et de la fabrication des outils métalliques qui revêtent une dimension surnaturelle et spirituelle. Au Danxomè, rappelle le métaphysicien, Gu est le précurseur des forgerons qui l’honorent en chômant le mardi, un jour qui lui est consacré : Guzangbé (littéralement le jour de Gu). Pour lui, Gu est un vodoun qui tire son énergie du dieu Mars des métaux, des pierres précieuses et de la guerre. « Cette énergie martienne est à l’origine des accidents de circulation, des blocages matériels, financiers, sociaux et professionnels de l’homme mais constitue également le seul rempart pour les éviter », pense Rahimi Amoussa. Il n’en veut pour preuve que cet adage goun qui dit : « Si une voie est fermée, c’est Gu qui l’ouvre ». Symboles et perceptions populaires du Gu Gu est présent partout au Bénin. Matérialisée généralement par une motte de terre surmontée d’objets métalliques divers et entourée de palmes effilochées, la divinité peut prendre plusieurs formes. A Agoué, une stèle du dieu Gu constituée de chaînes d’esclaves authentiques, érigée par le souverain local Toyi (1835-1844) aux temps de la traite négrière au sein de son palais, fait régulièrement l’objet de libations et de rituels. Dans la même localité, Joachim d’Almeida alias Azata (1835-1857), le plus fortuné des esclaves affranchis, revenu du Brésil et figure de la violence de l’esclavage, a construit un temple de Gu qui sert également de lieu de prière et d’invocation lors d’événements familiaux et des processions d’envergure à travers la ville. Mais tout amas de ferrailles ne constitue pas systématiquement le Gu. Le dieu du fer est consacré dans le panthéon des religions endogènes en Afrique et ailleurs. Dans des communautés au Sud du Bénin où les morts sont vénérés, des autels en fer représentent plutôt les défunts de la collectivité avec qui les vivants entendent garder contact ; les morts n’étant jamais complètement partis selon les croyances en Afrique. Erigés dans une salle dédiée à cet effet (Assen chez les Fon, Yôxômè chez les Goun et Oju-ori chez les Yoruba/Nago, les ancêtres divinisés y reçoivent les offrandes et les prières et intercèdent pour la réalisation des vœux. Gu est considéré comme intimement lié à Lègba, le dieu-gardien qui assure la protection et la paix et auprès de qui il est souvent érigé. Son frère, dans la mythologie Yoruba, est Shango (Hêviosso), le dieu de la foudre, informe Tamiaga, détenteur du Gu. « Le Gu fonctionne avec Lègba ; c’est lui qui donne toute la puissance du Lègba et les deux sont souvent érigés ensemble », ajoute ce guérisseur traditionnel d’ethnie Holli. Expressions langagières Les louanges au dieu Gu témoignent de ce que ses représailles sont sans appel et qu’il est protecteur du juste. Son propre détenteur peut en faire les frais s’il tombe sous le coup des interdits. A Agoué, il est décrit, entre autres, comme puissant, violent, intenable aussi bien pour le père que pour la mère, un couteau à double tranchant, rapporte Arcade Assogba, socio-juriste, réalisateur et producteur de cinéma, dans sa communication intitulée « La mise en espace de Gu dans la ville d’Agoué » (Fip 2020). Ce caractère violent et terrifiant de la divinité est encore plus perceptible chez les Yoruba/Nago dans les oriki ou salutations traditionnelles faites à Ogun. Il est magnifié comme un « violent guerrier ». « Ogun ayant de l’eau à la maison mais se lave pourtant avec du sang ; les plaisirs d’Ogun sont les combats et la guerre…Ogun qui est la peur dans la forêt et qui fait peur au chasseur ; il tue le mari dans le feu et la femme sur le foyer, il tue le voleur et le propriétaire de la chose volée qui critique cette action », traduit Osséni Soubérou. Chez les Goun, la divinité Gu-djannangbé est aussi perçue comme sans pitié : il ne connaît ni enfant, ni femme (vi jè mè héélou ! Assi jèmè, atchonkouin !). Elle est à l’origine de nombreuses expressions langagières. Ainsi Fongu (littéralement : réveiller Gu) signifie se révolter, se rebeller, se dresser contre ; Gufifon caractérise la révolution ou la rébellion. Le mardi est dit Guzangbé (jour de Gu) ou Bodizangbé (chez les Goun : jour par excellence où marchent les gris-gris). Il est recommandé une extrême prudence en ce jour où la divinité se manifeste le plus Le Gu et le Fâ Des seize principaux signes (du) du Fâ, sept sont liés au dieu Gu. Ce qui témoigne de la prépondérance de cette divinité aux côtés des autres. Woli-Mêdji, Losso-Mêdji, Guda-Mêdji, Ka-Mêdji, Tula-Mêdji¸ Tchè-Mêdji et Fu-Mêdji, sont les signes auxquels il se rattache. Lesquels évoquent globalement des difficultés, des complications, des obstacles, l’égoïsme, l’orgueil, la guerre, la mort, mais aussi la réussite, le succès, l’intégrité, la franchise, la justice, l’honnêteté, l’assurance, la connaissance, la renommée, la loyauté, selon les codes traditionnels du Fâ n Ce que ‘’mange’’ Gu Dans la louange à Ogun chez les Yoruba/Nago, il est dit que la divinité mange du chien et boit du vin de palme. Les mets préférés de Gu, à en croire le métaphysicien Abdou Rahimi Amoussa, sont le chien et l’escargot ; mais il peut réclamer comme offrandes un taureau ou un coq rouge, selon le cas. Pour invoquer le Gu ou ériger une stèle dédiée à la divinité, il faut également de l’huile rouge, un mouton, du haricot rouge (niébé), de l’igname, du vin de palme, des liqueurs, de l’huile tchotcho, du cola, suivant les indications de l’oracle Fâ qui dit ce que veut tout vodoun n Interdits Pour une offrande (vô) à un carrefour, le Lègba a sa part et le Gu, la sienne. Sinon, il y a problème, à en croire Tamiaga. « On ne s’amuse pas avec Gu, autrement vous vous retrouverez à la morgue », explique-t-il. « Comme interdits, détenteur du Gu, je ne peux pas voler ni chercher la femme de mon ami encore moins chercher à empoisonner ou à jeter un mauvais sort à quelqu’un ; si je le fais, les vodouns vont me frapper à mort », conçoit le détenteur du Gu. Comme tout vodoun, une femme en règles ne s’approche pas du Gu. De même, il est défendu de s’approcher du Gu après une relation sexuelle sans se doucher ou tout au moins se nettoyer avec de l’eau. Il est suggéré de ne pas démarrer un projet important un mardi (Guzangbé) dédié à la divinité, afin de ne pas subir les mauvais sorts et la colère de la divinité intransigeante et sévère quant au respect des lois de la nature.   Culture 30 janv. 2020


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