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La femme béninoise d’hier à aujourd’hui : un statut en mutation

Société

Assiste-t-on au passage de la « Yonnou Houessi » à la « Yonnou Glegbenou » ?

En Afrique, et particulièrement au Bénin, la tradition a longtemps assigné à la femme le rôle exclusif de gardienne du foyer et de la famille. En fon, langue du sud du Bénin, le dicton populaire oppose traditionnellement la « Yonnou Houessi » (la femme de la maison) au « Sounnou Glegbenou » (l’homme du dehors, pourvoyeur de ressources). Aujourd’hui, la réalité économique a fortement nuancé ce schéma. De nombreuses femmes travaillent et se retrouvent parfois seules à porter la charge du ménage face à certains événements douloureux de la vie, comme le chômage, l’abandon ou le décès du conjoint. À cette nécessité économique s’ajoute désormais une véritable quête d’accomplissement.

Par   Karimath Foumilayo LAWANI (Coll.), le 07 oct. 2026 à 14h49 Durée 2 min.
#tradition

L’avènement des réseaux sociaux, à travers les directs, podcasts et émissions d’immersion, met en lumière une transformation profonde : les femmes réalisent des exploits remarquables sur le plan professionnel. Elles brisent les codes, repoussent leurs limites et détruisent peu à peu le statut figé que la société leur avait imposé.

Aujourd’hui, la femme béninoise ose. Elle s’impose dans des secteurs autrefois réservés aux hommes, comme l’import-export, le bâtiment et les travaux publics, le transport, la logistique ou encore les technologies et l’ingénierie.

Comme le souligne Nadia FAGNISSE DÉLÉ, coach juvénile, thérapeute familiale et formatrice en parentalité positive :

« La femme d’aujourd’hui n’est plus uniquement définie à travers son rôle d’épouse et de mère. Elle peut être mère, épouse, professionnelle, entrepreneure, responsable communautaire, décideuse et actrice de son propre développement. Cette évolution est importante parce qu’elle traduit une transformation des aspirations féminines et des structures sociales. »

Que ce soit dans la sphère politique ou au cœur de la société civile, la femme fait entendre sa voix. Elle lutte contre les inégalités de genre et se bat pour léguer une société plus juste et équitable aux générations futures. Mais ce changement ne se fait pas sans heurts, hélas. Certains hommes peinent à accepter cette autonomie, allant parfois jusqu’au divorce par crainte d’une incompatibilité entre responsabilités professionnelles et vie de famille. Ils veulent des femmes disponibles et soumises.

Le véritable défi de la femme moderne est de trouver l’équilibre en conciliant une carrière ambitieuse et l’épanouissement familial.

Porter à la fois la casquette d’épouse dévouée, de mère à l’écoute et de professionnelle rompue à la tâche ne doit pas être chose aisée au quotidien et cette charge mentale pourrait devenir lourde à porter et rendre la femme peu à peu indisponible et inefficace dans l’une des nombreuses sphères où elle est attendue.

La question centrale n’est donc pas de savoir si la femme doit devenir la « Yonnou Glegbenou », mais de réfléchir à la manière dont les hommes et les femmes peuvent redéfinir ensemble leurs rôles au service du bien-être familial. Une famille épanouie n’est pas celle où chacun reste enfermé dans un rôle prédéfini ; c’est celle où les responsabilités peuvent être discutées, négociées, partagées et adaptées aux réalités de la vie, sans que la femme soit réduite à un rôle secondaire ni que l’homme soit enfermé dans celui d’unique pourvoyeur.

L’évolution des mentalités devient donc essentielle : dépasser une logique de rôles imposés à une logique de responsabilités partagées où chacun peut contribuer, être reconnu, se développer et trouver sa place dans une relation fondée sur le respect, la solidarité et le bien-être de tous.