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Ouvrage « Gouvernance et management du secteur de la jeunesse en Afrique francophone »: Le diagnostic de Djidjoho Michel Sounkpehoue

Société

Face à une jeunesse africaine toujours plus nombreuse mais insuffisamment intégrée aux politiques publiques, Djidjoho Michel Sounkpehoue livre un diagnostic sans détour et propose, dans Gouvernance et management du secteur de la jeunesse en Afrique francophone, une véritable feuille de route pour transformer ce potentiel en moteur de développement.

Par   Joël C. TOKPONOU, le 16 avr. 2026 à 10h04 Durée 2 min.
#politiques publiques

A l’heure où le monde entier est engagé dans une compétition accrue pour le développement, la question des ressources apparaît centrale. Si les richesses naturelles et les capitaux financiers demeurent des leviers importants, l’Afrique, en particulier francophone, dispose d’un atout majeur : sa jeunesse. C’est autour de cette conviction que s’articule l’ouvrage Gouvernance et Management du secteur de la jeunesse en Afrique francophone: fondements, bilan et ingénierie de performance, signé de Djidjoho Michel Sounkpehoue, expert reconnu et directeur de Youth Policy Lab.

Publié aux éditions L’Harmattan et préfacé par Louisette-Renée Thobi, l’ouvrage s’inscrit dans un contexte marqué par une urgence démographique. Avec près de 1,4 milliard d’habitants dont 60 % ont moins de 25 ans, le continent africain concentre aujourd’hui un potentiel humain inédit. L’Afrique francophone, forte de ses 29 pays et de ses quelque 400 millions d’habitants, compte à elle seule près de 200 millions de jeunes âgés de 15 à 35 ans. Une réalité qui constitue à la fois une opportunité historique et un défi majeur.

Car derrière ce potentiel se cache un paradoxe que l’auteur qualifie de « tragique ». Depuis les années 2000, les initiatives en faveur de la jeunesse se sont multipliées : adoption de la Charte africaine de la jeunesse, élaboration de stratégies nationales, création de conseils et de parlements de jeunes. Pourtant, malgré cette profusion de cadres et d’institutions, les résultats restent globalement décevants. Les politiques publiques peinent à produire les effets attendus, révélant des dysfonctionnements structurels profonds.

C’est pour comprendre cette contradiction que l’ouvrage s’organise autour de quatre grandes interrogations. La première, « Que valent les jeunes ? », met en lumière la valeur stratégique de la jeunesse comme capital humain. L’auteur y démontre que les jeunes représentent non seulement une force démographique, mais aussi un levier économique, social, politique et culturel déterminant pour le développement du continent.

Profond

La deuxième partie, « Que vivent les jeunes ? », propose un diagnostic critique du secteur. À travers une analyse fine des acteurs et des politiques, appuyée par des études de cas, l’auteur identifie sept défaillances systémiques. Parmi celles-ci figurent la faible implication des jeunes dans la conception des politiques, le manque d’intérêt de certains acteurs pour leur mise en œuvre effective, l’ignorance des droits par les bénéficiaires eux-mêmes, ou encore la fragmentation institutionnelle. À cela s’ajoutent un déficit de financement des organisations de jeunes et une absence de mécanismes efficaces de suivi et d’évaluation.

A travers la troisième question « Que veulent les jeunes ? », l’auteur donne la parole aux principaux concernés. Il en ressort dix priorités majeures, allant de l’éducation et l’emploi à la santé, en passant par la participation citoyenne, la culture, la justice ou encore la gouvernance. Cette approche participative constitue l’un des points forts de l’ouvrage, en ce qu’elle replace les jeunes au cœur des politiques qui les concernent.

Pour traduire ces priorités en actions concrètes, l’auteur propose onze programmes phares. Parmi les plus innovants figure le «Programme Label Jeunesse», destiné à professionnaliser les associations de jeunes à travers un système de certification et de mise en réseau. Autre initiative marquante : le « Programme d’Assurance Santé Jeunesse», qui vise à garantir un accès équitable aux soins pour tous les jeunes.

Le « Programme d’Immersion des Néo-Bacheliers » propose, quant à lui, une expérience citoyenne et professionnelle obligatoire, afin de préparer les jeunes à la vie active. De son côté, le « Système d’Information Intégré Jeunesse» ambitionne de centraliser les données pour une gouvernance fondée sur des preuves. À ces initiatives s’ajoutent des programmes dédiés au leadership, à la réhabilitation des maisons de jeunes ou encore à l’alphabétisation fonctionnelle.

Enfin, la dernière partie de l’ouvrage « Comment investir efficacement dans les jeunes ? » propose un cadre méthodologique structuré autour de trois axes : concevoir, piloter et maîtriser. Ce modèle, décliné en douze processus, offre une véritable ingénierie de performance pour les politiques publiques jeunesse. Il met l’accent sur la planification stratégique, la coordination des acteurs et l’évaluation continue des actions.

Au-delà de l’analyse, l’ouvrage se veut résolument pragmatique. Il s’adresse aussi bien aux décideurs publics qu’aux organisations internationales, aux chercheurs, aux acteurs de la société civile et aux jeunes eux-mêmes. Son ambition est claire : transformer le dividende démographique en moteur de développement durable.

En filigrane, Djidjoho Michel Sounkpehoue lance un appel à une refondation des politiques publiques jeunesse en Afrique francophone. Une refondation qui passe par une meilleure implication des jeunes, une coordination renforcée des acteurs et une approche intégrée des enjeux.

Dans un continent où l’avenir se joue largement dans les mains de sa jeunesse, cet ouvrage apparaît comme une contribution majeure au débat. Il rappelle, avec force, que le développement de l’Afrique au XXIᵉ siècle dépendra de sa capacité à mobiliser, former et accompagner ses jeunes. Autrement dit, pouvoir faire de cette jeunesse non plus un problème à gérer, mais une richesse à valoriser.